Les perles – Blog de Papa Lion

A part s’auto-féliciter par des « bavo » quelque peu prématurés tant il tend à rester des haricots dans l’assiette prétendument vide, à part claironner à tout va, à l’envi et à tire-larigot que son doudou est à elle ( « ama »,  « ama »), à part marteler à notre pauvre vieux chat un entêtant et existentiel message (« cha cha cha cha cha cha cha »), à part faire l’inventaire de tous les phonèmes de la Terre, des galaxies voisines et même de Navarre quand sa tétine devient introuvable, Bébé Lionceau n’a pas vraiment progressé dans ce que les pédopsys et les fonctionnaires du Ministère de l’éducation nationale appellent à l’unisson l’acquisition du langage.

Foutu langage, t’es vraiment le nerf de la guerre. Tenez, mon cher fils : ses mots sont chers. Il les cède à prix fort et au plus offrant pendant la journée. La maîtresse qui le connaît s’aligne ; Grand Frère Lion lui aligne tous les mots qu’il connaît. J’ai l’impression qu’il l’impressionne. Les pédopsys et les fonctionnaires du Ministère de l’éducation nationale appellent ça une relation duelle.

Je me revois l’autre vendredi expliquer à ma classe d’enfants joyeusement demeurés mais au demeurant joyeux que la maîtrise du langage est la première arme contre la tyrannie. Ils ont benoitement écouté, la bouche quand même un peu ouverte en guise de…vendredi après-midi. Casual friday, la classe s’improvise café philo. Je ne dois pas être si tyran car ma fille, elle, prend tout son temps pour l’acquérir, ce fameux langage. J’en profite pour la chérir, mon joli petit cœur de fille. On s’aime en silence.

Je n’arrive pas à m’impatienter. On voudrait qu’elle parle. Elle parlera. Elle parle déjà, à sa façon. Ses mots sont une jachère que je chéris déjà. Elle deviendra arable, une terre affable. Il y poussera des fables et des mots d’amour pour son papa et des noms d’oiseau, on lui demandera de répéter et de se taire. Si les noms d’oiseau sont pour Papa, il les arrachera.

De toute façon, les bons mots de son frère, je les entends, je les goûte, je les aime, je me les répète et je les raconte. Je me dis que je devrais les écrire pour ne jamais les oublier. J’oublie de les écrire et puis je les oublie. L’enfance de mes enfants est une série d’instantanés qui m’impressionnent et que je n’arrive pas à imprimer. Ils m’échappent en riant. Je ne pense pas que les pédopsys ni les fonctionnaires du Ministère de l’Education nationale appellent cela. Ca ne regarde que moi. Ca me pose un problème.

Et puis ma fille je la comprends. Soit elle montre du doigt, soit elle met à l’index. C’est tout pour ou tout contre, c’est oui ou non. C’est manichéen. Elle ne laisse pas le choix, elle est économe en parole. Qu’elle veuille la tétine : elle la montre et l’exige et l’a. Qu’elle repousse son bavoir et c’est une tornade dans la cuisine. Elle règne, le pouce vers le ciel ou bien vers le sol. Aux lions, Papa Lion !

Mon fils a cinq ans et joue quant à lui les équilibristes, entre la maturité d’un langage bien maîtrisé n’en déplaise aux zozotements et des réflexes régressifs dont je me fous bien de connaître l’interprétation des pédopsys, et encore plus des fonctionnaires de l’Education nationale. Grand Frère Lion joue le yoyo, calembours en haut et caprices paléolithiques en bas. Grand Frère Lion pèse ses mots en journée ; le langage fait relâche. A la maison, tout y passe. Les mots se bousculent, il y en a partout et jusqu’au coucher. La petite sœur encaisse et met de côté. Elle en a un stock ! C’est pour demain.

Quand Bébé Lionceau veut son papa, elle l’attrape, l’assoit, l’escalade et vole son épaule. Et puis l’autre. On rigole bien. On se regarde, on s’ébouriffe et on rigole de nouveau. Grand Frère Lion commente. Les deux lionceaux, c’est comme un duo de commentateurs sportifs. Il y a un technicien du jeu et un beau parleur. C’est Larqué et Roland. Et Larqué se mettra à parler !

Ma fille alignera très bientôt des mots comme des perles. Bye bye les babilles, il y en aura de toutes les couleurs et ça ne vaudra pas une bille, sauf pour nous. Des perles rares. Je serai fier. Ce sera  « ama ». Rien qu’ « ama ».

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5 commentaires qui en valent la peine

  1. mariegraindesel 16 février 2013 22 h 51 min Répondre

    J’ai l’impression que j’ai plein d’échos à ce texte dans le spectacle que m’offrent mes deux enfants au quotidien !
    Et j’ai fini par consacrer un carnet aux mots de mon fils ;-) (les bons, les drôles, les calembours dont il ne se doute même pas, etc.) et un jour ceux de sa soeur viendront s’y mêler. Mais comme toi, je ne m’impatiente pas : elle et nous, on se comprend à merveille, déjà ; alors pour les mots, il y a le temps !

    http://mariegraindesel.wordpress.com

  2. Catherine 17 février 2013 10 h 02 min Répondre

    c’est beau comme une dictée de Pivot. Elle a raison, pourquoi se perdre en discours inutiles puisque tout son petit monde comprend ce qu’elle veut, inutile de le dire. Elle assure tout doucement son règne : ses sujets obeissent au doigt et à l’oeil……. Tu as raison, tout viendra en son temps, il n’ya pas d’urgence et un jour, tout sortira d’un seul coup et elle déclarera à trois ans qu’elle n’aime pas les « zagrumes » ou autres merveilles qui te laisseront pantois te demandant d’où elle sort ces mots ….. C’est souvent l’apanage des cadets. Rien ne presse, tout passe si vite. J’adore. Encore merci et des bisous pour tout le monde.

    http://facebook

  3. Nanette 17 février 2013 12 h 19 min Répondre

    On dirait que tu parles de ma fille.
    C’est doux comme une père de charentaises ton billet.

    http://leshumeursdenanette.fr

  4. PP 18 février 2013 10 h 27 min Répondre

    Reine lionne commande au doigt et à l’oeil, soyons les sujets de cette verve !

  5. Emmanuelle 18 février 2013 12 h 33 min Répondre

    T’inquiète, tu risques d’en avoir toute une kyrielle, de perles, une rivière… au point que tu auras même envie de fermer le robinet une heure ou deux, dans un an ou deux… profite, profite, on a le silence qu’on mérite !

    (avec deux nénettes à la maison, le mieux que j’arrive à avoir, c’est 5 minutes de silence, et si leur petit frère l’ouvre, elles ont le culot de le trouver bruyant :-D )

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