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Enfoncer les portes ouvertes – Blog de Papa Lion

Je m’ennuie pas mal pendant que le formateur nous accable de sa position hiérarchique et sa chemisette jaune. Nous sommes debout, il est assis. Je note : « penser à m’asseoir plus souvent face aux élèves ». Enfin bon je m’habille chez Jules c’est quand même plus la classe ! Son powerpoint est agrémenté de quelques erreurs d’orthographe qui modèrent mon assoupissement et font le sel de ces animations peu pédagogiques. Il y est question du sens : il faudrait insister davantage sur l’explicite. Rappeler aux élèves qu’on apprend à lire pour savoir lire, ce genre de trucs. Ma présence stagne pourtant dans l’implicite vaseux. On m’a dit de venir, je voulais rester avec mes élèves, on m’a dit de venir quand même. J’ai très envie de partir tout de même quand on nous recommande de bien observer les élèves pour identifier ceux qui sont en difficulté. Je suis en TRES GRANDE DIFFICULTE et demande à aller aux toilettes en joignant le geste à la parole, tellement je ne peux pas me retiendre.

Comme souvent et parce qu’il n’y a pas mieux je pense à mon fils, élixir de paix intérieure. C’était à Castorama et pendant qu’on configurait une cuisine pour moi qui ne suis pas capable de le faire, le petit d’émoi testait toutes les cuisines et s’extasiait devant les charnières électriques et les tiroirs à épices. La blague : il ne les supporte pas, les épices. Ma conseillère (pédagogique) mention cuisine avait un sein gauche énorme et tatoué à sa mesure. Je m’extasiais aussi tandis qu’elle m’orientait, pour la pose, vers un artisan « qui travaille bien ». J’ai cru comprendre qu’elle le connaissait vraiment, mais alors vraiment très bien. Je suis reparti avec son mail et un tube de colle forte parce que je suis un papa qui bricole.

C’est l’après-midi formatage et nous changeons de formateur pour ne rien gâcher du temps perdu. Le temps, c’est de l’argent : voilà pourquoi nous sommes si bien payés. La formation c’est précieux dans l’éduc à la con nationale. Je crois bien que c’est la femme de l’autre, ils ont le même nom et les mêmes Birk en stock. L’IUFM n’a pas changé sauf le nom, que je n’ai d’ailleurs pas bien retenu, faut dire qu’on s’en fout. Y’a dans l’assistance (publique) un conseiller que j’aime bien, ce qui en fait quand même un, faut dire qu’il a le café chantant et de l’humour. Sans lui je partais à la pause et la mienne est à 10 heures le matin. Ses bons mots font passer le mal et l’heure plus vite. Je lui dédie cette publication parce qu’on voit très vite que c’est un mec bien. Alors en parlant de mec bien je pense encore à mon petit qui doit errer dans la cour et se chercher des sympathies chez les copains de sa petite sœur. Il veut écrire un texte pour le Printemps des auteurs, parce que le thème lui parle. C’est « La tête dans les étoiles ». Ouais, ça me parle bien aussi. On écrira à deux plumes à friction.

J’observe la circonscription avec circonspection. Comme eux non plus ne voulaient pas que j’aille à la formation (ils ont tout compris ces petits gars, la voix de leur maître !), j’ai promis à mes élèves de revenir lundi avec plus de choses encore à leur apprendre. Mensonge ! Promesse de Gascon ! On essaie de m’apprendre qu’il faut les observer. Bon. Ils me manquent, là. S’ils savaient à quel point on se moque d’eux, à l’école des maîtres et des maîtresses. L’inspecteur s’est costardé façon Célio pour nous vendre des litotes et même que ce sont de pâles euphémismes. Il s’écoute parler pour ne pas être le seul. Y’a la conseillère pédagogique qui ne dit rien mais consent et c’est déjà beaucoup trop. J’en ai vraiment marre. J’exulte quand je lis qu’il faut palier à l’échec. Ca me donne deux ailes, ça doit être l’esprit d’escalier. Se faire donner la leçon par des dysorthographiques me donne envie de faire arts plastiques toute la journée, lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi. Je me rappelle la grammaire chancelante de mon dernier rapport d’inspection, que je ne publierai pas par seul souci de pouvoir payer ma cuisine.

Du coup je repense encore à Castorama. Y’a des portes à vendre, des portes qui ne donnent sur rien. C’est un magasin où y’a des

portes ! Mon fils s’est amusé à les traverser. Absurde et jouissif. La vie, la tête dans les étoiles.

Absurde et jouissif

Septembre, Maurice Carême et tableaux de conversion – Blog de Papa Lion

Bébé Lionceau porte des chaussettes à motifs et des crocs et je me fous un peu d’elle mais elle est habillée à l’italienne alors finalement je dis oui (j’aime bien l’Italie, tout le monde aime bien l’Italie) puis elle me demande ce que ça veut dire à l’italienne. Je lui recommande la lecture du penseur Barzotti. Je l’aime à n’importe quel pays et change d’idée sur les italiennes. Elles ne sont pas plus belles que les autres : elles portent en toute simplicité des crocs et des chaussettes. C’est tout. Nous apprenons la poésie de l’automne en zozotant que les feuilles rousses font un tapis d’or et vice-versa. C’est le cours préparatoire. On se prépare à apprendre des poésies à la con. Je la prie d’enlever ses chaussettes. Le CP c’est le début de toutes les emmerdes et Grand Frère Lion qui court moyennement deuxième année s’embourbe dans son tableau de mesures. Quand je pense que je fais ce métier, moi aussi. Il faudrait supprimer les devoirs, ça sert à pourrir les jolis week-ends, il faudrait avoir l’audace d’écrire pour les devoirs de profiter du week-end et de jouer à courir après son père mais il faut faire des tableaux de conversion et apprendre des poèmes de Maurice Poème. Y’a pas plus cons que les instites. Je me demande quelle tronche il pouvait avoir, Maurice Carême, bon allez je cherche et je trouve ça :

J’évite de montrer ça à Bébé Lionceau. Elle pourrait croire que c’est Picasso. On prépare l’apéro et puis pschitt, pas d’apéro, les enfants s’en vont et je m’enquille le sauciflard à moi tout seul. J’entretiens des relations privilégiées avec la CAF, Free, La Poste, EDF pour le gaz, GDF pour l’électricité, le courtier, l’ancienne propriétaire, l’autre ancienne propriétaire, la banque populaire et je me demande bien pourquoi. On a écrit une chanson avec les élèves, hier. C’est ou ce sera la chanson du vendredi. Vendredi on envoie danser les tubes de colle, un truc dans ce goût. Un tube décolle. On s’amuse bien.

Je voudrais juste apprendre à mes élèves à lire et à écrire des chansons mais faut que je les évalue parce que c’est le début d’année de fin de septembre. Je ne sais pas du tout pourquoi il faut faire ça.

On a déménagé, c’est chouette, le voisin ronchonne et le chat ronronne. On est dans les arbres, une cabane. C’est clafi de bonnes ondes et de moustiques. Je mets les fringues trop petites de ma fille de côté, pour ma nièce. Je mets les fringues toujours à sa taille de mon fils, pour l’hiver. C’est toujours un bel enfant en six ans. Il tire dessus ou c’est que les fringues grandissent avec lui. Il a repris le tennis, un copain qui n’en est pas vraiment un s’est foutu de lui. J’ai dit à mon fils de lui casser les dents, il n’en fera rien. La mère du copain m’a entrepris : il faudrait que je lui parle, à son fils, parce qu’elle ne s’en sort pas. Casser les pieds, casser les dents, elle me cassait tout.

La maman de Grand Frère Lion a insisté pour le tennis, elle avait raison. Qu’il s’y ferait des copains. C’est pas encore un échec mais ce n’est pas tout à fait un succès. Je me suis fait une copine : la mère du trublion casse-couilles. Elle ne me lâche plus. Elle échangerait bien son fils contre le nôtre. On entend des trucs, des fois. Ce matin j’ai entendu un papa dire à son fils qu’il fallait qu’il avance, sinon il allait le frapper. Ca m’a ébranlé. C’était un de mes élèves. J’espère qu’il m’apportera une feuille morte ou une bogue lundi matin. Pas un marron.

J’ai le moral au top avec mes enfants, et puis aussi avec mes élèves. Ils vont tous bien en classe, je crois. On se poile et on bosse et puis c’est des fois le bazar, je gueule et ça va. Je n’ai aucune envie des les évaluer nationalement. L’inspectrice m’a demandé d’aller chercher les évaluations à la circon, j’ai dit non. Elle me les a déposées, y’en a 22, j’ai 25 élèves. Je ne cherche plus à comprendre. J’ai très envie de les siphonner, les évaluations nationales de début d’année de la fin de septembre.

On a un beau jardin à présent. Grand Frère Lion fait de la pétanque et s’énerve. Bébé Lionceau court après le chat. Ils me courent après, quand on en a fini avec Maurice Carême et les tableaux de conversion.

Yourte, méchoui et Montessori – Blog de Papa Lion

On a tenté la yourte et on a appelé ça le yaourt. Ce n’était pas vraiment une yourte, du reste, selon des sources certaines qui ont dû parcourir la Mongolie dans une vie antérieure. C’était en Ardèche parce qu’on imagine mal une yourte en plein centre ville de chez moi et que chez moi c’est l’étuve et qu’il a bien fallu partir pour voir si, à défaut d’être plus verte, l’herbe est plus fraîche ailleurs. Elle l’était et du coup elle était plus verte. On s’est régalés, dans le yaourt et tout autour, en Ardèche. On a été accueillis par un grand type assez musclé mais bien coiffé, le genre qui a fui la vie citadine, vous voyez ? Il avait un sans-manche déchiré et ça n’a pas échappé à Grand Frère Lion qui portait en débarquant en Ardèche un joli t-shirt offert par ses grands-parents maternels, mais malgré le respect que j’ai pour les beaux t-shirts offerts par les grands-parents maternels, je lui ai enjoint de remiser le beau t-shirt pour son vieux marcel paternel. Qu’on n’ait pas l’air de trois cons. Y’avait aussi Carmen, c’est étonnant comme prénom, Carmen, en Ardèche, et ça sentait de plus en plus le citadin qui a tout plaqué pour l’Ardèche, Carmen, six ans, a pris le relais de son père et nous a fait découvrir le lieu. Un grand lieu avec pas mal d’animaux plus ou moins hospitaliers et plus ou moins bien enceints. Y’en avait une qui était bien enceinte pourtant, c’était la brebis, et y’avait aussi un agneau tout doux et tout juste et droit sorti du ventre de sa mère et qui attendait aux portes de la bergerie – les moutons semblent conjurer l’ennui, en Ardèche. Carmen avait prévu le biberon, elle l’a chauffé dans ses mains et a chauffé Grand Frère Lion : mets-y lui le biberon dans la bouche, toi qui viens de la ville. Mon fiston n’a pas eu tellement le temps d’hésiter, l’agneau tétait déjà, et quand il a fini de téter son lait il a tété un peu la main de Grand Frère Lion, qui a crié, alors on est partis. « Et la paille ? » a demandé Carmen. Quoi, il boit à la paille ? Ah, non : la paille, enfin le foin, Carmen était mignonne comme tout mais ça attendrait le lendemain: on devait investir la yourte dans laquelle son père avait investi. J’ai bien senti dans le regard de Grand Frère Lion qu’on pourrait éventuellement se recroiser en terrain moins hostile le lendemain, genre piscine ou toboggan.

« Et au fait, tu lui as donné un nom à ton agneau ?

– Méchoui.

– Ah. »

Pour une yourte, et Dieu sait que j’en ai vues (aucune, c’était ma première fois), cette yourte était confortable : lits, draps, ventilateur, électricité. Pour l’inconfort on repassera mais qui part en vacances pour de l’inconfort ? Non, le clou du spectacle, le nirvana bien grunge, le Graal sans odeur ou presque, c’étaient les toilettes sèches. Impossible à prononcer pour ma fille : les toilettes chèches. Je crois que Grand Frère Lion les a redoutées autant qu’il a redouté la boum pendant sa classe découverte. On a fait le tour du propriétaire locataire, je leur ai montré la chasse d’eau – sèche – et Bébé Lionceau a baptisé les lieux. Elle les a baptisés le pot de yourte. Mignon, non ? Son frère, lui, a décrété qu’à y être, là, dans le bad trip dad trip nature et découvertes, autant faire à la fraîche. Ce qu’il a fait pendant trois jours. Il se l’est joué bouquetin le petit ! Mignon, non ? Non.

C’était cuisine collective, à ne pas confondre avec la cuisine centrale, ça n’a RIEN à voir. Chacun fait son frichti, bio de préférence pour ne pas avoir d’emmerdes avec les proprios, on s’assoit autour d’une grande table et on se demande d’où on vient. Enfin, on le demande aux autres, même si l’on ne sait pas soi-même d’où on vient. Le premier soir c’était tendu, on s’est retrouvés avec un couple de médecins qui a tout plaqué pour ouvrir une école. « Ouvrir une école ? » ai-je fait répéter parce que ça me paraît fou d’ouvrir des écoles, surtout au mois de juillet, et l’ex-doc m’a expliqué qu’il ne s’agissait pas de n’importe quelle école. Non Monsieur : ce serait une école Montessori. Ah d’accord, donc, qu’on se comprenne bien, à défaut de s’entendre : tu as fait neuf années d’études pour ouvrir une école Montessori, c’est bien ça ? C’était bien ça.

Bon, je vous dresse le tableau pas du tout interactif : deux gosses très mal élevés vifs et sales nature, un papa malingre monté sur un t-shirt Banana Republic XXL décroissant, une maman névrosée enthousiaste. Alors, pour bien comprendre comment on peut plaquer des briques pour en faire des caisses, j’ai posé une question simple, après avoir longuement cherché les mots adéquats et le moyen de ne pas rire : « Pour quoi faire ? ». C’était limpide : ils prévoyaient de monter une école Montessori pour que les élèves parlent plusieurs langues. Je répète : ils veulent monter une école Montessori pour que des enfants parlent plusieurs langues. I say it again : they plan to create a Montessori school so that the pupils speak several languages.

Je me suis cru un instant dans un dîner de cons. Je dînais juste avec des cons. Preuve à la pluie (foutu climat ardéchois) : « Machine, tu as vu un tracteur tout à l’heure, mais tu n’as pas appelé ça un tracteur. Tu as dit quoi quand tu as vu le tracteur ?

– Un tracteur.

– Non non, ma chérie épanouie, tu as appelé ça autrement, tu as dit un autre mot. Tu as dit quoi quand tu as vu le tracteur ?

– Ben, un tracteur.

– Non, tu l’as dit en anglais. Comment on dit tracteur en anglais, petit ange dégourdi ?

– Ben, un tracteur. »

Nous aurions dû souper avec Méchoui.

Mais le séjour s’est bien déroulé parce qu’ils sont partis rencontrer la vierge Maria à Tatahoune. Ils ont cédé leur yourte à trois nanas raggamuffin flanquées d’une péquelette à tresses et là, on s’est enfin marrés. On a péché des carpettes à la rivière, on a fait du feu et on a joué au Scrabble. Grand Frère Lion s’est illustré pendant que sa sœur illustrait. Pas de wons ni de wus ni de coups de Trafalgar (nom propre, dommage) : le petit instruit cherchait le mot le plus long ; il ferait un malheur aux Chiffres et aux Lettres, à Les Chiffres et à les lettres, je ne sais pas comment il faut dire. La Chance aux chansons, tout ça. Bref, il est moderne, mon petit. On a téléchargé le Scrabble sur mon smartphone et on en a acheté un de voyage avec des lettres microscopiques. On va se poiler dans les Alpes !

Et puis on est rentrés parce que l’Ardèche, c’est cool, mais je n’y élèverais pas des agneaux, même pour le plaisir de porter des sans-manche déchirés. On est rentrés et les enfants m’ont reparlé de Méchoui. Mes deux agneaux m’ont demandé si on pourrait retourner le voir, l’an prochain. Je me suis demandé si c’était du lait de riz, dans le biberon. A Nîmes, on s’est fait du mouron. En Ardèche, ils se font du mouton.

10 jours à l’ouest – Blog de Papa Lion

On est partis en Bretagne et même si c’est plus tout à fait la Bretagne c’est quand même mon far west, at last, c’est à l’ouest et c’est très far de chez nous, far breton cela va de soi, poke Mamie Lion, Tonton Lion et tous les amateurs de flan aux pruneaux. C’est si loin qu’on est partis en avion et rentrés en train, les grèves c’est bien mais seulement sur le temps scolaire. « Dommage que Tonton soit pas  » ont dit les enfants, eh oui, l’amuse-cadet a raté le muscadet. On a crevette de froid puis de chaud, la Bretagne est une terre de contrastes. On s’est mis au bulot le cœur léger et à la palourde le beurre salé, palourde à propos de laquelle Grand Frère Lion s’est autorisé quelques bonnes blagues pas lourdes du tout. On s’est régalette complète et c’était bon.

Quoique c’était l’année des méduses et ça a quelque peu compromis les baignades du rejethon. Je ne sais pas quel sac plastique a glissé entre ses jambes de surfer à J+4, mais passé J+4, il n’a plus fallu lui parler de baignade. La faute aux méduses. Il en voyait partout, des méduses : dans l’eau, sur le sable, dans sa serviette, je lui ai dit qu’il y en avait sous son oreiller et il a jeté un œil. Il nous a demandé si ça nageait à la verticale ou à l’horizontale, les méduses. A J+9 qui était J-1 avant le départ, il a pris le taureau par les cornes et la planche sous le bras et est allé se baigner, surtout pour faire plaisir à Papi Lion qui commençait à se demander qui lui avait refourgué un petit fils pareil et vu que c’est à moitié moi j’étais bien content qu’il y aille, à la baille, vaille que vaille.

Façon Hossegor mais désireux de garder le cap breton, le surfait a décrété l’absence de vagues. Pas de vagues, pas de planche. Sans planche, il repasserait, mais plutôt l’an prochain. La fière sœur du surfer ne boudait pas son plaisir : elle s’est bien amédusée dans les vagues, Ponyo la méduse, hilare et la manière avec. Une vraie Bretonne de Nîmes en Loire-Atlantique. La Bretagne était toute bleue, c’était beau.

On fait des canaux quand ça caille, hac ! On fait des châteaux de sable émouvants, qu’on maquille à la truelle et on se marre à la pelle. Les grands-parents sont des maîtres nageurs, ma poule à la chair qui lui sied le mieux, mon poulet est d’un blond bronzé qui me fait chavirer. Beau, gosse, un muscadin avec un grain, de sable dans la croc, c’est la Bretagne, c’est tous les ans depuis dix ans. Je crois que c’est la vie !

(Il y a quelques années il était déjà question de Croc’s et de sable qui gratte. J’ai cherché ce qui y était écrit mais c’est perdu. Une histoire de grain de sable dans le Croc’s. Peu importe, rien n’a changé.)

 

La fusée et le hibou – Blog de Papa Lion

Il suffit que Mickey titre « Spécial vacances » sur son numéro spécial vacances pour que je m’y voie un peu, je pars faire un tour de ville avec les enfants, au terme de notre rotation nous revenons plein d’emplettes et de projets pour l’après-midi : nous allons peindre, comme les jours où il pleut, pas grave, nous allons peindre deux tirelires. Une pour chacun et nous répartirons la somme accumulée dans feu la tirelire commune (une commune boîte en plastique) entre les deux petits épargnants. Ce cochon de cochon nous réserve une bien mauvaise surprise : l’usufruit pourri est estimé à 14 euros et 25 centimes. L’aîné pas de la dernière pluie propose d’en garder 7 euros et 13 centimes, abandonnant 13 euros et 12 centimes à la frangine. Je trouve ça injuste donc j’acquiesce. Nous arnaquons l’ingénue de Génie.

Il s’agit d’une fusée et d’un hibou, ou peut-être s’agit-il d’une chouette, moi je dis chouette, mon grand dit hibou, ma petite dit chouette, un hibou. Ca ne loupe pas : la fusée du grand sera aussi celle de Tintin. J’orthogonalise en ellipse, je me démerde plutôt pas mal, je dirais même plus : je me démerde plutôt pas mal. Je dis qu’on aurait dû acheter du vernis, mon paresseux me dit que ce n’est pas la peine, ma dernière qui n’est pas la dernière suggère qu’on appelle sa maman : du vernis, elle en a de toutes les couleurs.

Nous peignons. Mets de la matière, asséné-je, mets de la matière. Mon fils me demande quel aurait été le prix de sa tirelire si il s’y était trouvé 2000 euros dedans. Pour la première fois de ma vie, donc de la sienne, je trouve qu’il dit un truc idiot. Je lui fais remarquer que c’est idiot, elle aurait valu 2000 euros. Ben non, c’est sans compter le prix de la tirelire. C’est pas idiot. Je lui dis de remettre un peu de matière.

Nous sommes interrompus par des hurlements émanant d’éminents manants. Une maman hurle après son fils : « Quand on aime sa mère on dit pas qu’elle est grosse, si tu m’aimes tu me dis pas que je suis grosse ». Faut reconnaître qu’elle ne laisse pas beaucoup de place sur le trottoir, nous on s’en fout on est au balcon, quel spectacle que ce bal con. La rue est à eux, ils sont à leur déplaisir, nous ricanons, ce qu’on est bien là-haut. Refermons la parenthèse et la fenêtre, il faut de tout pour faire immonde, remettons un peu de matière.

La fusée est fuselée. On est à bout du hibou. Mon cadet cadeau regrette que ce ne soit pas plus lourd : j’essaie de lui expliquer que l’argent, c’est du temps. On en a (du temps), ce sont les vacances. Ca joue avec la fusée, « vvvvvou ! », mieux vaut pré-vernir que guérir : la peinture rouge s’épaillette un peu partout dans l’appartement, un coup de Frank Wolff ? Un coup d’éponge, je ne suis pas verni.

Salaud.

Nous sommes en vacances ou presque. On boit frais, on mange cru. L’ainé fin regrette que les jours diminuent déjà, je ne sais pas de qui il tient ça. Tiens, aujourd’hui en classe, nous avons rechanté toutes les chansons que nous avons apprises depuis le début de l’année. Un élève que je n’imaginais pas si sentimental m’a dit avec un grand sourire que ça lui donnait envie de pleurer tellement c’était bien, le début de l’année. Je me le suis rappelé en début d’année, quand il me donnait envie de pleurer tellement c’était pas bien quand il mangeait sa colle. Cours ministral sur la nostalgie. Je leur ai dit qu’ils me manqueraient. C’était très exagéré.

Revenons à mes moutons : Michel Delpech et sa fusée hergiaque, Shakira qui bout. Quand je les dépose à l’école, le grand me tient la main et la petite à l’écart. L’un génie, l’autre génue. Le bédéphile et le bébé file. La boule à mimiques ne mange rien, l’autre affamé bouffe dans ses pantalons. Les aimants m’attirent.

Le week-end touche à sa fin. Je dépose et je dispose. Demain les vacances.

le CP – Blog de Papa Lion

 

Bébé Lionceau entrera l’an prochain au CP et l’an prochain c’est cette année, du coup elle veut déjà lire et comme je ne lui apprends pas à lire elle s’impatiente et se demande bien ce que je peux faire dans ma classe de CP si je suis incapable de lui apprendre à lire, mais en fait je ne veux pas lui apprendre à lire, je voudrais qu’elle profite à mort de ses dernières semaines de maternelle parce que c’est la belle vie et que ce sont aussi les miennes et que je n’aurai plus d’enfant en maternelle, elle ne se rend pas compte ce que c’est, ça, pour un papa, plus d’enfant en maternelle, c’est un siècle pour elle, du sable pour moi, ça lui tarde, je lambinerais bien, les devoirs l’appellent, les devoirs à la pelle, ma poule, ne me font pas très envie. Elle lira et quand on lira tous les trois je ne servirai qu’à mettre le ton.

Elle voudrait bien aller dans mon CP.  Oh malheur ma poulette, si tu savais. Elle voudrait que je sois son Maître, mais je suis ton pèèère, comme il paraît qu’on dit dans un film qu’il paraît qu’il faudra bien que je regarde un jour. D’ailleurs elle a eu un Maître cette année, genre mon âge selon elle, genre dix ans de moins selon moi, genre taillé comme une saucisse selon elle, genre taillé comme moi selon moi, genre génial selon elle, genre un peu pas terrible selon moi. Mais je ne la prendrai pas chez moi parce que ça bouge un peu trop ma poulette, et puis il faudrait m’appeler Maître et je n’ai pas très envie qu’elle m’appelle Maître, ni qu’elle m’appelle Papa devant les copains. Ceci dit j’ai des élèves qui m’appellent Papa, le lundi matin quand ils n’ont pas bien fait la coupure, j’en ai aussi qui m’appellent Maman, ça fait rire tout le monde, moi je trouve ça chouette, je joue la Maman du coup, mais c’est rien, rien comparé à ce que m’a dit un jour mon pote Julien : un jour, ben y’a un élève qui l’a appelé Mamie. Ca c’est magique et ça, on me l’a jamais fait. Mais j’en rêve la nuit et je trouverais ça drôle que ça m’arrive tant que je ne suis pas trop vieux.

Chez moi mon cœur, quand les élèves sont polis, c’est en général qu’ils espèrent récupérer leur spinner ou qu’ils veulent retourner dans leur classe dont ils ont été bannis. On dessine des bonshommes patates parce que les bonshommes c’est rien que des patates. Enfin je sais pas, j’imagine que c’est pour ça. En même temps Grand Frère Lion en est encore aux bonshommes patates, et pourtant il est intelligent, enfin ça c’est un autre sujet. Dans mon école ma petite patate, peu d’élèves savent que la patate, c’est pas loin d’être une pomme de terre. Je leur apprends des trucs incroyables.

Elle me croit sévère mais je ne suis pas si terrible. Elle me croit bon Maître mais je ne suis pas si terrible.

Chez moi petite caille, les élèves se battent dans la cour, c’est leur récréation parce qu’en classe ils n’ont pas le droit. A les entendre, les mamans feraient toutes le même métier et on n’entend pas beaucoup parler des papas. On prête du matériel à longueur d’année, t’y crois ça ma grande ? On prête des crayons à longueur d’année. Et même, des fois, souvent, il y a des élèves qui embarquent le matériel de la classe. Ils disent que c’est à eux, même quand c’est écrit CP dessus et que c’est moi qui l’y ai écrit.

Elle fera sa lecture et dira B-A et puis BA. Elle comptera jusqu’à 100 et apprendra quelques trucs qu’elle sait peut-être déjà. Elle ne fera plus motricité parce qu’elle fera sport. Elle produira de l’écrit bien que je la trouve un peu jeune pour déjà produire. Mais elle ne fera pas de sciences, ah ben non, au lieu de ça elle questionnera le monde. C’est con ça, « questionner le monde ». Mais ce que c’est con ! Oh les programmateurs, vous n’avez rien d’autre à foutre ? Quand je pense qu’ils sont payés. Quand je pense qu’ils sont mieux payés que nous.

Elle pourrait faire tout ça dans mon école mais bon, c’est un peu dommage et pas très républicain, mais elle en ferait beaucoup moins que dans la sienne. Alors elle restera dans la sienne.

Elle joue à l’école avec son frère dans leur chambre, ils font une belle paire d’instits et je consens à jouer le rôle de l’Inspecteur. Je frelate des cordes vocales et des grands principes, je condescende, je bureaucrate. Je prends dans ma chambre les doudous qui ne se tiennent pas bien, bon ce n’est pas vraiment le rôle d’un Inspecteur, un Inspecteur serait bien emmerdé avec un enfant qui se tient mal, mais pour leurs doudous pas si vilains je fais l’effort.

Dans mon vrai métier j’ai un élève un peu pénible et un peu débile aussi, entre nous on peut se le dire, franchement il est débile, c’est pas parce que c’est la fin de l’année hein, dès le début je savais qu’il était débile, et qui me réclame encore, à la fin de son année de CP, de chanter les petits poissons dans l’eau qui nagent nagent nagent nagent. Pas trop dur à accompagner à la guitare, mais terriblement aquatico-niais. Je voudrais qu’elle ne le croise jamais dans sa vie. Alors oui, je ferai l’impasse et me résigne à n’avoir toute ma vie que les enfants des autres, dans ma classe. Et dans ma chambre, les doudous malins.

Chambre – Blog de Papa Lion

Le bordel dans leur chambre – si un chat est un chat alors un bordel dans leur chambre est un bordel dans leur chambre – est une trace qu’il est pénible d’effacer, pénible parce qu’il faut ranger à leur place, et que leur place n’est pas toujours ici, pénible parce que ranger c’est déranger et que je n’aime pas beaucoup les déranger quand ils ne sont pas là alors je fais traîner et quand je vais pisser la plante des pieds pique un peu sur les petites pièces mal assemblées. J’ai fait le ménage de printemps hier vu que c’est déjà l’été mais je ne suis pas allé jusqu’à ranger leur chambre. Quand c’est le bordel dans leur chambre je les entends jouer, l’autre jour je réparais le vélo de mon fils dans la cour et par la fenêtre je l’entendais jouer, au pompier, au vétérinaire, au spectacle de Livi Star, c’est leur microcosme et mon macroplaisir, s’il y a bien un truc que je ne leur aurais pas inculqué c’est le rangement, un vrai bordel. Mon fils a été chouette : avant de partir pour ne revenir que dans une semaine, il a bien voulu ranger les Kapla, la mort dans l’âme parce que les Kapla c’est surtout les tribunes pour le spectacle de Livi, du coup y’a un peu relâche pendant une semaine. C’est l’absence et ranger en leur absence c’est une double peine mais il faut bien marcher jusqu’aux chiottes alors je balaie un peu du pied, je maugrée mal gré et plutôt bon gré parce qu’ils sont un peu là quand même au milieu de ce bazar foutraque et comme ils me manquent, je rechigne à ranger. Sanctuaire. Je range finalement le jeudi en général, c’est logique, pour que le vendredi en maréchal du logis je les mette en garde, sans vraiment y croire, que cette semaine ben ils auront intérêt à ranger.

 

Je crois que j’ai du plaisir à mettre les Légo dans les casiers à Légo et les Playmobil dans les casiers à Playmobil et les innombrables jeux indéfinissables dans les casiers indéfinis.

 

Nous déménagerons à la fin de l’été dans une grande maison qui est vérité plutôt petite mais ils auront chacun leur chambre et une nouvelle page sera tournée, celle de la chambre partagée, de leur petit monde à l’apparence apocalyptique où pourtant, dans la tête de mon fils, chaque figurine à sa place. Ce sera le bordel dans leurs chambres après le bordel dans leur chambre, j’aurai deux fois plus à ranger. J’ai posé mon préavis, contracté un prêt à vie, ils continueront de grandir chacun de leur côté, revendication de l’aîné, résignation de la cadette. Il y en aura de partout fois deux. Les toilettes ne seront plus au fond de leur chambre. Au fond de leur chambre, il y aura des rangements.

 

Une fête arrosée, du rosé, une copine qui me dit que ça doit être sympa de ne pas avoir ses enfants à surveiller, le temps d’une fête. Ce serait l’apanage de la garde alternée. Je dis oui je pense non, ils me manquent et ce n’est que samedi. J’aime bien les avoir sous le coude quitte à les avoir sur le dos. Je me réjouis très rarement de ne pas les avoir. C’est égoïste et préoccupant.

 

Dans cette maison il y aura un figuier et un chat. Le figuier donnera de temps en temps. Le chat se barrera. Et les enfants seront parfois là.

 

Il y a un petit Playmobil fermier qui pourrait me ressembler, c’est en tout cas ce que me dit ma fille : il me ressemble. Bon. Il est un peu barbu, short bleu maillot rayé, pas forcément toujours à sa ferme, je l’ai vu l’autre jour donner le coup de main sur le plateau de Livi Star, il est ingé son quand ça arrange les enfants, on ne sait pas bien qui veille au grain dans ces cas-là. Un jour il a même pris sa douche avec ma fille. En tout cas c’est le moi de substitution, le type qui fait plein de trucs, c’est flatteur et plutôt inattendu, en tout cas depuis qu’ils sont partis il est sur le toit de la caserne. Je me demande vraiment ce qu’il fout sur le toit de cette caserne. En plus c’est une caserne Légo. Le type irresponsable et pas à sa place.

 

Depuis qu’ils sont partis il est là. Il y restera jusqu’à ce qu’ils reviennent.

Les Pifises – Blog de Papa Lion

Je lui ai pris Pif un peu au pif et aussi parce que les unes macronisantes ne le tentaient pas plus que ça et à sa sœur le dernier numéro de Schtroumpfs parce que ça la schtroumpfait pas mal avec les gommettes en plus tu m’étonnes. Je lui ai fait l’article, faut dire que y’en a de bons dans Pif, en tout cas dans mon souvenir car Placide ne m’amuzo plus depuis longtemps. Je lui ai dit que les gadgets c’était de la crasse, il m’a cru et du coup il l’a pris. J’ai pour ma part choisi la Une macronisante. La Une à Nîmes qui ne m’a pourtant pas tellement convaincu.

Quand j’étais gosse mes parents ne voulaient pas que je prenne Pif parce que les gadgets étaient foireux. Ils craignaient aussi que l’hebdo m’adhère au Parti communiste. Il faut reconnaître que Georges marchait pas droit. En tout cas mes pièces de 10 francs n’auront pas suffi.

Je lui ai parlé du passé mais pas du PC. Il avait le pif collé dessus, mon sympathique sympathisant, alors il l’a pris. Pour l’avion, et pour les Pifises.

Je lui avais bien dit que c’était de la crasse. J’ai ricané quand il a versé sa poudre de Perlimpinpin dans l’eau, pourtant Perlimpinpin est un Dieu toujours vivant. Il s’attendait à voir plein de petits copains apparaître, tendre enfant solitaire, des petits Pifises dans l’appartement, nous voilà bien. On est partis en voyage et ça nous a fait l’avion puis tout le séjour : quand on reviendra, les Pifises…si ça se trouve, y’en aura partout des Pifises…on ne pourra peut-être même pas ouvrir la porte, tellement y’aura de Pifises…ils auront peut-être descendu les bières de Papa, les Pifises…ils auront éventuellement croqué tes doudous, les Pifises. Là c’était moins drôle d’un coup.

Ben c’est pas de la blague, en rentrant chez moi quatre jours plus tard, je me suis quand même demandé s’il n’y aurait pas une ou deux larves dans l’eau. Mais non, rien. Les enfants étaient déçus.

On est passé à autre chose mais il ne fallait surtout pas vider l’eau, au cas où, et on a quand même versé la deuxième poudre magique, au cas où aussi, la poudre qui alimente les Pifises mais qu’il ne fallait surtout pas verser dès le premier jour mais seulement une semaine après, d’ailleurs ça ne faisait pas tout à fait une semaine et Grand Frère Lion commençait à se demander si allait marcher et je commençais à me dire qu’il était temps qu’il se pose véritablement la question. J’ai gardé la flotte avec rien dedans, les enfants sont partis, je suis resté avec mes Pifises parce que je n’arrive pas toujours à passer à autre chose. Et que les enfants sont « trop petits pour être malheureux », comme dit la chanson chérie.

J’ai vu plein de trucs depuis qu’ils sont partis : des gamins jouer du piano sur Facebook et ils jouent super mal, des gamins dans les parcs et ils crient très fort, des gamins des autres que j’aime beaucoup et que je ne suis pourtant pas allé voir, finalement, et je m’en suis voulu parce que ce sont les seuls gamins que j’accepte de faire rire quand les miens ne sont pas là. Et aussi des gamins en photo, c’étaient les miens.

Alors j’ai fait le ménage. Les Lego dans la boîte à Lego. Le Pif Gadget dans l’étagère ad hoc. Le capitaine Haddock dans les tas « G.R. ». Les prospectus dans la pochette à souvenirs et les dessins dans la pochette à dessein. J’allais vider l’eau mais j’ai vu un Pifise mort né, enfin un Pifise quoi, je n’allais pas le foutre en l’air, faut pas foutre en l’air, faut foutre en l’eau, vite la deuxième poudre magique, fantasme néonatal ou délire prélétal je ne savais pas bien, je n’ai pas tout versé parce que je me suis souvenu que lui non plus il ne finissait jamais ses biberons, et là fallait reconnaître qu’il y avait bel et bien un copain qui flottait.

J’ai quelques amis qui flottent en ce moment.

Je l’aurais volontiers pris en photo pour l’envoyer à mon gamin, petit ami des larves, mais c’est con un Pifise : c’est translucide.

En transe mais lucide j’ai dû faire un choix : garder le Pifise, le nourrir, et avoir enfin un petit copain sympa pour mon gamin, ou bien l’abandonner au tout à l’égout. Le garder c’était bien parce que pour une fois, un gadget Pif aurait duré plus d’une semaine, mais le garder c’était s’attendre à le voir claquer (voir la taille de l’ersatz de pseudo crevette) et imposer un deuil difficile à mon fils. Mon p’tit fils, son Pifise, quitter l’un, garder l’autre, je n’y comprenais plus rien.

Alors j’ai reversé un peu de poudre dans l’eau, en attendant le lendemain.

 

 

 

 

Le super marché. Blog de Papa Lion.

Un bien bel article. De supermarché.

J’ai perdu les gamins dans le supermarché et je leur en veux un peu parce que je ne voulais pas y aller au supermarché, mais nous étions pas loin et nous devions acheter une paire de ciseaux de cuisine, modèle ciseaux de cuisine qu’on ne trouve qu’au supermarché. Je me promets à moi-même que je n’y retourne pas et j’y retourne, jamais seul sinon je me perds tout seul, alors accompagné des enfants j’y consens, ils me tiennent la main pour ne pas que je me perde. Mais j’ai viré à la parapharmacie pour acheter un shampoing que j’aurais trouvé moins cher à la pharmacie et je leur ai dit « on se retrouve là, trouvez-moi des ciseaux de cuisine ». Ils ont trouvé les ciseaux de cuisine mais leur papa n’était plus là, pas ce là-la en tout cas, j’ai commencé à transpirer un peu et à bousculer des gens avec mon caddie où il n’y avait que du shampoing, je me suis dit que ce serait bien la honte si l’annonce annonçait et l’annonce a annoncé. « Grand Frère Lion et Bébé Lionceau attendent leur papa à l’accueil du magasin ». La honte, surtout qu’il a fallu le trouver, l’accueil, plus difficile à trouver qu’une paire de ciseaux de cuisine, j’ai demandé au vigile de m’indiquer, il m’a indiqué de passer par les caisses, à cause du shampoing dans le caddie, je lui ai laissé mon shampoing et j’ai foncé à l’accueil.

Point de larmes mais deux enfants rigolards qui se foutaient un peu de moi et la gentille dame s’y est mise aussi. Ce n’était pas fini : il fallait régler le problème des ciseaux de cuisine, régler les ciseaux de cuisine pour être en règle, alors il a fallu choisir : laisser les enfants à l’intérieur, avec les ciseaux, c’est-à-dire rentrer dans le magasin, repasser devant le vigile, faire le tour par l’intérieur, se perdre, passer aux caisses, récupérer les enfants, rentrer de nouveau dans le magasin pour finir les courses. Ou bien récupérer les enfants sans les ciseaux et repartir bredouille, sans les ciseaux de cuisine. La gentille dame m’a proposé d’encaisser les ciseaux en passant devant tout le monde et de partir dignement, son regard suggérait que je ne remette plus les pieds dans cette officine (dédicace à mon Paternel). J’ai pris les enfants, laissé les ciseaux, on a fait le tour pour retrouver l’entrée, ce que c’est con un supermarché, on a baissé les yeux devant le vigile, les enfants m’ont montré le rayon des ciseaux de cuisine et on ne s’est plus quittés. Ils sont marrant mes gosses : ils savent que s’il ne faut pas me lâcher, dans les supermarchés, c’est surtout pour ne pas que je me perde. La pagaille à tous les rayons, on a mis une heure et ce drôle de sentiment que tout le monde nous regardait.

J’ai acheté des acras de morue et de supermarché. L’hiver est passé mais je ne passerai pas la nuit.

La vie poursuit son trop court : ma fille fait la bombinette dans son legging dont je ne suis pas sûr de l’orthographe et mon fils se pose des questions à propos du collège dont je ne suis pas sûr de l’orthographe non plus. Je lui réponds CM2. Le monsieur de l’agence me dit qu’on peut transformer le rez-de-chaussée en studio indépendant des fois que ça arriverait vite. Ils se marrent quand je les perds dans le supermarché. Une pensée pour une belle Espagnole et pour un Chinois pas terrible : « Ma mère m’oubliait régulièrement dans les caddies de supermarché. Alors, pour retourner l’attention sur moi j’ai cherché des moyens de me faire remarquer. J’ai fait du théâtre. »

Le temps viendra où il faudra bien leur parler du théâtre. J’espère que ça les fera marrer. C’est tous les jours de toute façon, le théâtre.