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Vacances à Albi – Blog de Papa Lion

On n’a pas hyper marché car il ne fait pas beau. C’est notre alibi. Nous sommes au supermarché d’Albi, dans le rayon dont on veut connaître tout un rayon, celui de la culture. Quoique tout soit question de nuance quand on est à la fois chez Michel et chez Edouard. J’arrête mon char : y’a pas mal de Girac (c’est un nom du coin) et très peu des autres. Mais nous cherchons plutôt de la lecture. Au coin des bibliothèques multicolores, les stéréotypes ont la vie dure : l’émotion est toujours aussi bonbon, l’aventure plutôt mentholée. Quant à l’étalon, il est forcément noir. Le veinard. Bébé Lionceau se demande bien quoi se fader, du rose ou du vert. Je pense très fort mon frère ! Je suggère à mon grand bébé de l’aventure pleine d’émotion, ou bien de l’action plein d’humour. Elle choisit finalement un documentaire.

Emprunté au blog « Fille d’album »

 

 

 

 

 

 

 

Et mon grand, mon petit, mon fils prodige, prodigue, spirituel et biologique: toujours à parcourir les rangées avec son doigt ; lu, pas lu, pas voulu, lu, pas lu, pas voulu. Le retour des troisièmes vacances du petit Nicolas volume 4 ? T’es gentil mais j’entre en sixième. Harry Potter ? T’es gentil mais ça fait peur. (L’essentiel étant que je sois gentil.) Je le sens perdu entre Renart et les calamars géants (sa sœur salive discrètement à l’idée qu’ils puissent être à la romaine). Il nage entre deux zoos et repart avec un bon. Un très bon, un voyage au centre de la Terre, pourvu qu’il forme la jeunesse. Quant à moi à qui il reste tant à lire, je change de rayon et même de braquet pour me planter devant les coffrets Girac . C’est un best-of ou l’intégrale ? Ca me paraît en tout cas surdimensionné. Je vais me dire qu’il a une bonne tête de con, ce Girac, quand mon bébé rien qu’à moi le reconnaît. « C’est Kendji ! » Oui ben quel tête de con. Je lui bouge les épaules au bel espagnol. Derrière, il y a un coffret de Claude François. Je le bouscule, il ne se réveille pas, comme d’habitude. Encore derrière, c’est Bénabar. Y’a des journées comme ça. Le « best of ». Vivement le best-off.  Pas trop envie d’entendre rimer pizza avec chipolata, je le cache derrière Girac. Je prends un Gainsbourg et un Brassens. J’aime bien les petits nouveaux.

Nous marchons quand même dans Albi. Visitons la cathédrale. Plantons devant le Jugement Dernier. Devant les sept péchés capitaux, audioguide à la main, main à l’oreille, je sens que Grand Frère Lion réfléchit. La gloutonnerie, c’est pas bien. Sa sœur appuie sur Pause, enfin sur Play, c’est le même bouton, ça la fait marrer de pouvoir téléphoner dans l’église. Elle me demande ce que c’est, la luxure. Je cherche le contrôle parental sur l’appareil.

Au Musée Toulouse-Lautrec, les enfants me mettent à l’affiche : ils sont hilares. Il n’y a pourtant rien de drôle bordel !

Nous rentrons au camping car il se fait Tarn. Dans la voiture, ma fille commence et termine son documentaire. Faudra y retourner. Mon fils choisit le CD de Gainsbourg, qui va et qui vient entre des reins et qui manifestement s’y sent bien. Il me demande pour chaque chanson ce qu’elle signifie, exactement. (Je regrette un quart de seconde l’immédiateté de Bénabar). Nous roulons, le ciel est lourd, la route est très belle.

Et puis Bébé Lionceau demande à son frère : « elle y est sur le CD Quand la musique est bonne ? », ; je me marre tant que j’en loupe l’entrée du camping.

C’est facile finalement de faire du pédalo sur la vague en rêvant.

Le plus grand des petits – Blog de Papa Lion

Ca y est il nous la fait sa poussée de croissance. Il s’est resservi de pâtes l’autre jour, il ne s’était jamais resservi, sauf au goûter mais ça ne compte pas. Dix ans de bolognaise et enfin ça paie. Du coup je l’ai vu grandir d’un coup là, pschiit, oh le grand garçon. Plus tard, alangui allongé à croquer au niveau de ses Lego, toujours petit comme un Lego mais il m’avait l’air d’être une grande saucisse pré-adolescente, et vroum et vroum le policier Lego qui arrête les voleurs, comme quand il avait six ans sauf que les voleurs sont plus récalcitrants, dans son caleçon six ans, son pull huit ans, ses chaussettes Cars et son moi intérieur à lui qui, vu de l’extérieur, pousse bien un peu quand même. Faut pas pousser, faut qu’il pousse un peu !

 

Il est bien dans son format petit garçon, le plus petit de la classe mais la grande classe. Il se fait respecter parce qu’il a de bonnes notes, même si mon baby est nul au baby et qu’on ne lui fait pas trop la passe au hand. On le met dans les cages. Comme un animal sauvage mec ! Il a bien aimé cette blague. J’ai aimé qu’il l’aime.

 

Je l’ai toujours rassuré à propos de sa taille. Je lui ai dit que moi aussi j’étais petit quand j’étais petit. Ca l’a fait rire. Je lui ai dit que les petits, c’est les derniers qui sont mouillés quand il pleut. Ca l’a fait rire. Je lui ai dit que Lionel Messi aussi, il est tout petit. Il m’a demandé qui c’était. Il m’a demandé si Jules Verne aussi, il était petit. J’en sais rien moi. Même sur Wikipedia ils n’en savent rien.

 

Moi je suis grand. On est grand dans la famille. Je voulais le rassurer mais ça lui a mis la pression. Ca me fait penser depuis dix ans que je ne l’ai plus réécoutée à cette chanson d’un petit groupe français qu’on aimait bien : « ils m’font marrer bébé à dire que t’as grandi et qu’est-ce que t’as changé alors que t’es toujours tout petit ». Dans la cour, les copines de sa sœur aiment jouer avec lui. Elles jouent avec un grand, et en plus il est petit. L’aubaine. Il pourrait les envoyer bouler, mais il aime bien jouer avec elles aussi. Il aime bien être petit.

 

N’empêche, il s’est resservi de bolognaise. Faut dire que c’est bon la sauce bolognaise. Et puis ça fait manger des légumes. Un peu. Il mange aussi des poireaux, de la courge, des carottes, des courgettes pas de saison et des haricots toute saison. Merde, il fait tout ce qu’il faut, alors ça va venir, il va pousser, là, d’un coup.

 

J’aime bien les petits, ceux de ma classe je les protège, ceux qui sont tout minus, pas les bébés hein, les juste petits, je fais en sorte qu’il ne leur arrive rien. Ils me le rappellent. L’autre jour, on les a pris pour des jumeaux. Ils ont trois ans et demi d’écart. Faut dire qu’elle est grande, pour ne rien arranger, sa petite sœur. C’est mal fichu la vie. Faudrait pas qu’elle le dépasse, enfin on verra.

 

Il est tanqué en plus ! Mais petit. J’étais maigre et grand. Les chiens font des chats. Mon chat est espiègle et câlin, les chats sont des chats. C’est un chaton.

 

Je ne vais pas tirer dessus pour l’allonger, c’est comme ça. Je n’aurais pas aimé avoir une tige, ça fait con sur les photos de classe. Et puis je l’explose quand on fait la bagarre mais c’est pas souvent parce qu’il déteste les bagarres. Ca ne dure jamais longtemps et après il faut gérer sa sœur et là je n’ai pas toujours le dessus. « C’est nous qui font ce qu’on nous veut » jure-t-elle en l’air et en lançant l’assaut, genoux par devant, ma tête par dessous. Je la soupçonne de le défendre dans le cour. Au collège ça va donner. Il faudra briller aussi par les épaules mon gars. Le petit pianiste parmi les Soprano. T’as beaucoup lu mais t’as pas beaucoup poussé. Il va falloir te resservir un peu, l’été prochain. On s’apprête à manger pas mal de bolognaise.

Endémique – Blog de Papa Lion

J’aime davantage encore l’intimité de l’habitacle depuis que Grand Frère Lion s’assoit à la place du fort. Ca peste à l’arrière : on ne parle pas assez fort, on fait des blagues sans elle et s’il faut on fait des blagues sur elle. On réplique en parlant très fort pour la dame âgée à l’arrière qui rigole en général ou se met parfois à pleurer. Elle a hâte d’avoir dix ans pour se radiner à l’avant elle aussi. Elle se radinera et on sardinera, dans 3 ans, à l’avant.

Dans le Paradis Blanc qui n’a pas de lien de parenté avec Michel Berger, je bave devant les nems mais je prends des pizzas. Ils vendent du vin maintenant. Du vin picard et surgelé. Le monde déconne. J’achète pour trente balles de pizzas et on repart avec les macarons cadeaux.

Au retour, ça bouchonne pas mal avenue Jean Jaurès. On parle bien fort parce que j’aime pas quand elle pleure dans les embouteillages : les gens me regardent méchamment. Grand Frère Lion me demande quel est l’animal qui tue le plus de personnes en France, chaque année. Je ne m’appelle pas Google, je demande plutôt son avis à la spécialiste du monde animal. Spontanément, elle cite l’éléphant. Son frère la taille en pièces : des éléphants en France ! J’arbitre : il y en a bien dans les zoos, et si une paire d’entre eux a peut-être écrasé des petits enfants intrépides, ça ne caracolera pas en tête des statistiques. Je suggère que l’on cherche des animaux endémiques, alors Monsieur Je-sais-tout explique très approximativement ce que c’est, des animaux endémiques. Sa sœur rectifie le tir et pense aux lions, aux crocodiles, aux tigres. Nous stagnons, avenue Jean Jaurès.

Nous intermédons chérie FM, puis elle a trouvé et le dit très fort dans la voiture, nous sursautons. Comment ça s’appelle déjà, là, cet animal ? Ben, nous ne savons pas. Qu’elle développe un peu, qu’on sache enfin quel est l’animal qui tue le plus en France, chaque année. Mais si là, celui qui croque les fesses des gens ! Qui croque les fesses des gens ? On a dit endémiques, ma chérie. Mais si mais si, il est endémique : il croque les fesses des gens avec ses dents et il est endémique. On a dit pas les crocodiles ! Mais non pas les crocodiles : le gros là, comme un canard ! Comme un canard ? Ben oui mais avec des dents.

Nous cherchons mais elle trouve toute seule : l’oie ! L’OIE !

Ah oui, l’oie.

Avec ses grosses dents.

C’est pas la prunelle de mes yeux, la prunelle de mes yeux je m’en fous.

Nous nous foutons un peu d’elle. Pour dire vrai nous nous foutons beaucoup d’elle. Elle rit, et puis elle se met à pleurer, nous y sommes sans doute allés un peu fort.

Et puis ça roule enfin, nous rentrons, j’enfourne une pizza et ça roule enfin.

Premiers secours et compassion – Blog de Papa Lion

On peut crever tranquille.

Ma fille me dit que je peux tomber dans les pommes et qu’elle saura quoi faire, je n’ai pas très envie de claquer mais on insiste, alors avant de me laisser convaincre je me renseigne tout de même, t’inquiète me fait-elle comprendre, tombe dans les pommes et tu verras, je ne suis pas sûr de bien voir en tournant de l’œil mais c’est urgent alors je m’étale de tout mon poids sur un carrelage un peu froid et il faut reconnaître qu’ils les ont bien formés à l’école parce qu’elle garde son sang froid et me demande instantanément de faire le un-un-deux ; comme je ne suis pas en état de répondre, mon premier secours me prodigue les premières secousses : papa, réveille-toi, il faut vraiment que tu fasses le un-un-deux. Elle se fait du mouron à mesure que je me fais mourant : Papa, allez, fais le un-un-deux !

C’est perfectionnable.

C’est bien qu’ils apprennent ça ces petits, ils sauveront des vies c’est sûr. J’espère que ce ne sera pas la mienne. Mais si ça devait l’être j’aimerais que ce soit elle.

Depuis sa formation aux premiers secours ma petite infirmière est persuadée que je peux mourir à tout instant. Pas faux. Mais tout de même : mets ton casque, range le couteau, tourne le manche de la poêle vers le mur et sèche bien tes mains avant de brancher le mixeur. (Roule prudemment sur la piste recyclable). Faudrait pas porter la scoumoune gros bébé !

Dans la poêle dont le manche est dorénavant puni face au mur cuisent des lardons. C’est dégueulasse les lardons, plein d’antibiotiques et de colorants et de conservateurs et de gras. On y aurait décelé du porc. Mais les carbonara sans lardons c’est fade, ma secouriste veut bien les essayer, les pélardons dans les pates, elle confond tout, tout fond c’est con mais c’est bon. On carbone à ras. Le grand frère qui sait tout se met en évidence : Papa, tu savais que le Nil…ouaouh, il va m’en mettre plein la vue…ben le Nil…quand même, quelle tronche ce gosse…ben le Nil, est-ce que tu savais que c’est le plus grand fleuve…punaise il est bon…ben le Nil c’est le plus grand fleuve de France. Tu le savais ça Papa ? Le Nil, le plus grand fleuve de France ? Punaise, il est vraiment bon.

Ushuaia est encore au stade du gel douche. Mon intello déguisé en Kirikou chausse du 33 mais l’orteil touche le bon bout.

J’enlève les pélardons des pâtes à la plus rien du tout pour ma fille. Je géographise mon fils. J’éduque à la Dusnek, les sages sauront.

Nous jouons au ping-pong avec des balles couleur kaki qui depuis peu est orange. Ca doit être plein de vitamines ça, mais c’est dégueu. Je sors le tube d’acérola, je confonds tout moi aussi et nous rigolons beaucoup.

Mon fils va avoir dix ans. C’est là, demain, une semaine, dix jours et ça fera dix ans qu’il est tout petit. Paf. Je cours après le tant qu’il est petit. Comme il est encore tout petit il me reste du temps, à dix ans il sera mon grand et pas tant. Ma fille b-a-bate, je suis béat. L’enfance s’ébat.

Je me suis à présent ouvert le bras en bricolant. Ca pisse le sang. C’est un scénario à deux balles, ma fille pense que je peux pisser le sang quand je bricole avec un pauvre tournevis. Ma fille panse car je pisse le sang : elle appuie et rit. Quel sang froid. Je suis mort, deux rires. Je n’ai pas à m’inquiéter : elle a appris à faire une compassion, à l’école. Moi qui allais bien, je me sens déjà mieux.

Enfoncer les portes ouvertes – Blog de Papa Lion

Je m’ennuie pas mal pendant que le formateur nous accable de sa position hiérarchique et sa chemisette jaune. Nous sommes debout, il est assis. Je note : « penser à m’asseoir plus souvent face aux élèves ». Enfin bon je m’habille chez Jules c’est quand même plus la classe ! Son powerpoint est agrémenté de quelques erreurs d’orthographe qui modèrent mon assoupissement et font le sel de ces animations peu pédagogiques. Il y est question du sens : il faudrait insister davantage sur l’explicite. Rappeler aux élèves qu’on apprend à lire pour savoir lire, ce genre de trucs. Ma présence stagne pourtant dans l’implicite vaseux. On m’a dit de venir, je voulais rester avec mes élèves, on m’a dit de venir quand même. J’ai très envie de partir tout de même quand on nous recommande de bien observer les élèves pour identifier ceux qui sont en difficulté. Je suis en TRES GRANDE DIFFICULTE et demande à aller aux toilettes en joignant le geste à la parole, tellement je ne peux pas me retiendre.

Comme souvent et parce qu’il n’y a pas mieux je pense à mon fils, élixir de paix intérieure. C’était à Castorama et pendant qu’on configurait une cuisine pour moi qui ne suis pas capable de le faire, le petit d’émoi testait toutes les cuisines et s’extasiait devant les charnières électriques et les tiroirs à épices. La blague : il ne les supporte pas, les épices. Ma conseillère (pédagogique) mention cuisine avait un sein gauche énorme et tatoué à sa mesure. Je m’extasiais aussi tandis qu’elle m’orientait, pour la pose, vers un artisan « qui travaille bien ». J’ai cru comprendre qu’elle le connaissait vraiment, mais alors vraiment très bien. Je suis reparti avec son mail et un tube de colle forte parce que je suis un papa qui bricole.

C’est l’après-midi formatage et nous changeons de formateur pour ne rien gâcher du temps perdu. Le temps, c’est de l’argent : voilà pourquoi nous sommes si bien payés. La formation c’est précieux dans l’éduc à la con nationale. Je crois bien que c’est la femme de l’autre, ils ont le même nom et les mêmes Birk en stock. L’IUFM n’a pas changé sauf le nom, que je n’ai d’ailleurs pas bien retenu, faut dire qu’on s’en fout. Y’a dans l’assistance (publique) un conseiller que j’aime bien, ce qui en fait quand même un, faut dire qu’il a le café chantant et de l’humour. Sans lui je partais à la pause et la mienne est à 10 heures le matin. Ses bons mots font passer le mal et l’heure plus vite. Je lui dédie cette publication parce qu’on voit très vite que c’est un mec bien. Alors en parlant de mec bien je pense encore à mon petit qui doit errer dans la cour et se chercher des sympathies chez les copains de sa petite sœur. Il veut écrire un texte pour le Printemps des auteurs, parce que le thème lui parle. C’est « La tête dans les étoiles ». Ouais, ça me parle bien aussi. On écrira à deux plumes à friction.

J’observe la circonscription avec circonspection. Comme eux non plus ne voulaient pas que j’aille à la formation (ils ont tout compris ces petits gars, la voix de leur maître !), j’ai promis à mes élèves de revenir lundi avec plus de choses encore à leur apprendre. Mensonge ! Promesse de Gascon ! On essaie de m’apprendre qu’il faut les observer. Bon. Ils me manquent, là. S’ils savaient à quel point on se moque d’eux, à l’école des maîtres et des maîtresses. L’inspecteur s’est costardé façon Célio pour nous vendre des litotes et même que ce sont de pâles euphémismes. Il s’écoute parler pour ne pas être le seul. Y’a la conseillère pédagogique qui ne dit rien mais consent et c’est déjà beaucoup trop. J’en ai vraiment marre. J’exulte quand je lis qu’il faut palier à l’échec. Ca me donne deux ailes, ça doit être l’esprit d’escalier. Se faire donner la leçon par des dysorthographiques me donne envie de faire arts plastiques toute la journée, lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi. Je me rappelle la grammaire chancelante de mon dernier rapport d’inspection, que je ne publierai pas par seul souci de pouvoir payer ma cuisine.

Du coup je repense encore à Castorama. Y’a des portes à vendre, des portes qui ne donnent sur rien. C’est un magasin où y’a des

portes ! Mon fils s’est amusé à les traverser. Absurde et jouissif. La vie, la tête dans les étoiles.

Absurde et jouissif

10 jours à l’ouest – Blog de Papa Lion

On est partis en Bretagne et même si c’est plus tout à fait la Bretagne c’est quand même mon far west, at last, c’est à l’ouest et c’est très far de chez nous, far breton cela va de soi, poke Mamie Lion, Tonton Lion et tous les amateurs de flan aux pruneaux. C’est si loin qu’on est partis en avion et rentrés en train, les grèves c’est bien mais seulement sur le temps scolaire. « Dommage que Tonton soit pas  » ont dit les enfants, eh oui, l’amuse-cadet a raté le muscadet. On a crevette de froid puis de chaud, la Bretagne est une terre de contrastes. On s’est mis au bulot le cœur léger et à la palourde le beurre salé, palourde à propos de laquelle Grand Frère Lion s’est autorisé quelques bonnes blagues pas lourdes du tout. On s’est régalette complète et c’était bon.

Quoique c’était l’année des méduses et ça a quelque peu compromis les baignades du rejethon. Je ne sais pas quel sac plastique a glissé entre ses jambes de surfer à J+4, mais passé J+4, il n’a plus fallu lui parler de baignade. La faute aux méduses. Il en voyait partout, des méduses : dans l’eau, sur le sable, dans sa serviette, je lui ai dit qu’il y en avait sous son oreiller et il a jeté un œil. Il nous a demandé si ça nageait à la verticale ou à l’horizontale, les méduses. A J+9 qui était J-1 avant le départ, il a pris le taureau par les cornes et la planche sous le bras et est allé se baigner, surtout pour faire plaisir à Papi Lion qui commençait à se demander qui lui avait refourgué un petit fils pareil et vu que c’est à moitié moi j’étais bien content qu’il y aille, à la baille, vaille que vaille.

Façon Hossegor mais désireux de garder le cap breton, le surfait a décrété l’absence de vagues. Pas de vagues, pas de planche. Sans planche, il repasserait, mais plutôt l’an prochain. La fière sœur du surfer ne boudait pas son plaisir : elle s’est bien amédusée dans les vagues, Ponyo la méduse, hilare et la manière avec. Une vraie Bretonne de Nîmes en Loire-Atlantique. La Bretagne était toute bleue, c’était beau.

On fait des canaux quand ça caille, hac ! On fait des châteaux de sable émouvants, qu’on maquille à la truelle et on se marre à la pelle. Les grands-parents sont des maîtres nageurs, ma poule à la chair qui lui sied le mieux, mon poulet est d’un blond bronzé qui me fait chavirer. Beau, gosse, un muscadin avec un grain, de sable dans la croc, c’est la Bretagne, c’est tous les ans depuis dix ans. Je crois que c’est la vie !

(Il y a quelques années il était déjà question de Croc’s et de sable qui gratte. J’ai cherché ce qui y était écrit mais c’est perdu. Une histoire de grain de sable dans le Croc’s. Peu importe, rien n’a changé.)

 

La fusée et le hibou – Blog de Papa Lion

Il suffit que Mickey titre « Spécial vacances » sur son numéro spécial vacances pour que je m’y voie un peu, je pars faire un tour de ville avec les enfants, au terme de notre rotation nous revenons plein d’emplettes et de projets pour l’après-midi : nous allons peindre, comme les jours où il pleut, pas grave, nous allons peindre deux tirelires. Une pour chacun et nous répartirons la somme accumulée dans feu la tirelire commune (une commune boîte en plastique) entre les deux petits épargnants. Ce cochon de cochon nous réserve une bien mauvaise surprise : l’usufruit pourri est estimé à 14 euros et 25 centimes. L’aîné pas de la dernière pluie propose d’en garder 7 euros et 13 centimes, abandonnant 13 euros et 12 centimes à la frangine. Je trouve ça injuste donc j’acquiesce. Nous arnaquons l’ingénue de Génie.

Il s’agit d’une fusée et d’un hibou, ou peut-être s’agit-il d’une chouette, moi je dis chouette, mon grand dit hibou, ma petite dit chouette, un hibou. Ca ne loupe pas : la fusée du grand sera aussi celle de Tintin. J’orthogonalise en ellipse, je me démerde plutôt pas mal, je dirais même plus : je me démerde plutôt pas mal. Je dis qu’on aurait dû acheter du vernis, mon paresseux me dit que ce n’est pas la peine, ma dernière qui n’est pas la dernière suggère qu’on appelle sa maman : du vernis, elle en a de toutes les couleurs.

Nous peignons. Mets de la matière, asséné-je, mets de la matière. Mon fils me demande quel aurait été le prix de sa tirelire si il s’y était trouvé 2000 euros dedans. Pour la première fois de ma vie, donc de la sienne, je trouve qu’il dit un truc idiot. Je lui fais remarquer que c’est idiot, elle aurait valu 2000 euros. Ben non, c’est sans compter le prix de la tirelire. C’est pas idiot. Je lui dis de remettre un peu de matière.

Nous sommes interrompus par des hurlements émanant d’éminents manants. Une maman hurle après son fils : « Quand on aime sa mère on dit pas qu’elle est grosse, si tu m’aimes tu me dis pas que je suis grosse ». Faut reconnaître qu’elle ne laisse pas beaucoup de place sur le trottoir, nous on s’en fout on est au balcon, quel spectacle que ce bal con. La rue est à eux, ils sont à leur déplaisir, nous ricanons, ce qu’on est bien là-haut. Refermons la parenthèse et la fenêtre, il faut de tout pour faire immonde, remettons un peu de matière.

La fusée est fuselée. On est à bout du hibou. Mon cadet cadeau regrette que ce ne soit pas plus lourd : j’essaie de lui expliquer que l’argent, c’est du temps. On en a (du temps), ce sont les vacances. Ca joue avec la fusée, « vvvvvou ! », mieux vaut pré-vernir que guérir : la peinture rouge s’épaillette un peu partout dans l’appartement, un coup de Frank Wolff ? Un coup d’éponge, je ne suis pas verni.

Salaud.

Nous sommes en vacances ou presque. On boit frais, on mange cru. L’ainé fin regrette que les jours diminuent déjà, je ne sais pas de qui il tient ça. Tiens, aujourd’hui en classe, nous avons rechanté toutes les chansons que nous avons apprises depuis le début de l’année. Un élève que je n’imaginais pas si sentimental m’a dit avec un grand sourire que ça lui donnait envie de pleurer tellement c’était bien, le début de l’année. Je me le suis rappelé en début d’année, quand il me donnait envie de pleurer tellement c’était pas bien quand il mangeait sa colle. Cours ministral sur la nostalgie. Je leur ai dit qu’ils me manqueraient. C’était très exagéré.

Revenons à mes moutons : Michel Delpech et sa fusée hergiaque, Shakira qui bout. Quand je les dépose à l’école, le grand me tient la main et la petite à l’écart. L’un génie, l’autre génue. Le bédéphile et le bébé file. La boule à mimiques ne mange rien, l’autre affamé bouffe dans ses pantalons. Les aimants m’attirent.

Le week-end touche à sa fin. Je dépose et je dispose. Demain les vacances.

le CP – Blog de Papa Lion

 

Bébé Lionceau entrera l’an prochain au CP et l’an prochain c’est cette année, du coup elle veut déjà lire et comme je ne lui apprends pas à lire elle s’impatiente et se demande bien ce que je peux faire dans ma classe de CP si je suis incapable de lui apprendre à lire, mais en fait je ne veux pas lui apprendre à lire, je voudrais qu’elle profite à mort de ses dernières semaines de maternelle parce que c’est la belle vie et que ce sont aussi les miennes et que je n’aurai plus d’enfant en maternelle, elle ne se rend pas compte ce que c’est, ça, pour un papa, plus d’enfant en maternelle, c’est un siècle pour elle, du sable pour moi, ça lui tarde, je lambinerais bien, les devoirs l’appellent, les devoirs à la pelle, ma poule, ne me font pas très envie. Elle lira et quand on lira tous les trois je ne servirai qu’à mettre le ton.

Elle voudrait bien aller dans mon CP.  Oh malheur ma poulette, si tu savais. Elle voudrait que je sois son Maître, mais je suis ton pèèère, comme il paraît qu’on dit dans un film qu’il paraît qu’il faudra bien que je regarde un jour. D’ailleurs elle a eu un Maître cette année, genre mon âge selon elle, genre dix ans de moins selon moi, genre taillé comme une saucisse selon elle, genre taillé comme moi selon moi, genre génial selon elle, genre un peu pas terrible selon moi. Mais je ne la prendrai pas chez moi parce que ça bouge un peu trop ma poulette, et puis il faudrait m’appeler Maître et je n’ai pas très envie qu’elle m’appelle Maître, ni qu’elle m’appelle Papa devant les copains. Ceci dit j’ai des élèves qui m’appellent Papa, le lundi matin quand ils n’ont pas bien fait la coupure, j’en ai aussi qui m’appellent Maman, ça fait rire tout le monde, moi je trouve ça chouette, je joue la Maman du coup, mais c’est rien, rien comparé à ce que m’a dit un jour mon pote Julien : un jour, ben y’a un élève qui l’a appelé Mamie. Ca c’est magique et ça, on me l’a jamais fait. Mais j’en rêve la nuit et je trouverais ça drôle que ça m’arrive tant que je ne suis pas trop vieux.

Chez moi mon cœur, quand les élèves sont polis, c’est en général qu’ils espèrent récupérer leur spinner ou qu’ils veulent retourner dans leur classe dont ils ont été bannis. On dessine des bonshommes patates parce que les bonshommes c’est rien que des patates. Enfin je sais pas, j’imagine que c’est pour ça. En même temps Grand Frère Lion en est encore aux bonshommes patates, et pourtant il est intelligent, enfin ça c’est un autre sujet. Dans mon école ma petite patate, peu d’élèves savent que la patate, c’est pas loin d’être une pomme de terre. Je leur apprends des trucs incroyables.

Elle me croit sévère mais je ne suis pas si terrible. Elle me croit bon Maître mais je ne suis pas si terrible.

Chez moi petite caille, les élèves se battent dans la cour, c’est leur récréation parce qu’en classe ils n’ont pas le droit. A les entendre, les mamans feraient toutes le même métier et on n’entend pas beaucoup parler des papas. On prête du matériel à longueur d’année, t’y crois ça ma grande ? On prête des crayons à longueur d’année. Et même, des fois, souvent, il y a des élèves qui embarquent le matériel de la classe. Ils disent que c’est à eux, même quand c’est écrit CP dessus et que c’est moi qui l’y ai écrit.

Elle fera sa lecture et dira B-A et puis BA. Elle comptera jusqu’à 100 et apprendra quelques trucs qu’elle sait peut-être déjà. Elle ne fera plus motricité parce qu’elle fera sport. Elle produira de l’écrit bien que je la trouve un peu jeune pour déjà produire. Mais elle ne fera pas de sciences, ah ben non, au lieu de ça elle questionnera le monde. C’est con ça, « questionner le monde ». Mais ce que c’est con ! Oh les programmateurs, vous n’avez rien d’autre à foutre ? Quand je pense qu’ils sont payés. Quand je pense qu’ils sont mieux payés que nous.

Elle pourrait faire tout ça dans mon école mais bon, c’est un peu dommage et pas très républicain, mais elle en ferait beaucoup moins que dans la sienne. Alors elle restera dans la sienne.

Elle joue à l’école avec son frère dans leur chambre, ils font une belle paire d’instits et je consens à jouer le rôle de l’Inspecteur. Je frelate des cordes vocales et des grands principes, je condescende, je bureaucrate. Je prends dans ma chambre les doudous qui ne se tiennent pas bien, bon ce n’est pas vraiment le rôle d’un Inspecteur, un Inspecteur serait bien emmerdé avec un enfant qui se tient mal, mais pour leurs doudous pas si vilains je fais l’effort.

Dans mon vrai métier j’ai un élève un peu pénible et un peu débile aussi, entre nous on peut se le dire, franchement il est débile, c’est pas parce que c’est la fin de l’année hein, dès le début je savais qu’il était débile, et qui me réclame encore, à la fin de son année de CP, de chanter les petits poissons dans l’eau qui nagent nagent nagent nagent. Pas trop dur à accompagner à la guitare, mais terriblement aquatico-niais. Je voudrais qu’elle ne le croise jamais dans sa vie. Alors oui, je ferai l’impasse et me résigne à n’avoir toute ma vie que les enfants des autres, dans ma classe. Et dans ma chambre, les doudous malins.

Le super marché. Blog de Papa Lion.

Un bien bel article. De supermarché.

J’ai perdu les gamins dans le supermarché et je leur en veux un peu parce que je ne voulais pas y aller au supermarché, mais nous étions pas loin et nous devions acheter une paire de ciseaux de cuisine, modèle ciseaux de cuisine qu’on ne trouve qu’au supermarché. Je me promets à moi-même que je n’y retourne pas et j’y retourne, jamais seul sinon je me perds tout seul, alors accompagné des enfants j’y consens, ils me tiennent la main pour ne pas que je me perde. Mais j’ai viré à la parapharmacie pour acheter un shampoing que j’aurais trouvé moins cher à la pharmacie et je leur ai dit « on se retrouve là, trouvez-moi des ciseaux de cuisine ». Ils ont trouvé les ciseaux de cuisine mais leur papa n’était plus là, pas ce là-la en tout cas, j’ai commencé à transpirer un peu et à bousculer des gens avec mon caddie où il n’y avait que du shampoing, je me suis dit que ce serait bien la honte si l’annonce annonçait et l’annonce a annoncé. « Grand Frère Lion et Bébé Lionceau attendent leur papa à l’accueil du magasin ». La honte, surtout qu’il a fallu le trouver, l’accueil, plus difficile à trouver qu’une paire de ciseaux de cuisine, j’ai demandé au vigile de m’indiquer, il m’a indiqué de passer par les caisses, à cause du shampoing dans le caddie, je lui ai laissé mon shampoing et j’ai foncé à l’accueil.

Point de larmes mais deux enfants rigolards qui se foutaient un peu de moi et la gentille dame s’y est mise aussi. Ce n’était pas fini : il fallait régler le problème des ciseaux de cuisine, régler les ciseaux de cuisine pour être en règle, alors il a fallu choisir : laisser les enfants à l’intérieur, avec les ciseaux, c’est-à-dire rentrer dans le magasin, repasser devant le vigile, faire le tour par l’intérieur, se perdre, passer aux caisses, récupérer les enfants, rentrer de nouveau dans le magasin pour finir les courses. Ou bien récupérer les enfants sans les ciseaux et repartir bredouille, sans les ciseaux de cuisine. La gentille dame m’a proposé d’encaisser les ciseaux en passant devant tout le monde et de partir dignement, son regard suggérait que je ne remette plus les pieds dans cette officine (dédicace à mon Paternel). J’ai pris les enfants, laissé les ciseaux, on a fait le tour pour retrouver l’entrée, ce que c’est con un supermarché, on a baissé les yeux devant le vigile, les enfants m’ont montré le rayon des ciseaux de cuisine et on ne s’est plus quittés. Ils sont marrant mes gosses : ils savent que s’il ne faut pas me lâcher, dans les supermarchés, c’est surtout pour ne pas que je me perde. La pagaille à tous les rayons, on a mis une heure et ce drôle de sentiment que tout le monde nous regardait.

J’ai acheté des acras de morue et de supermarché. L’hiver est passé mais je ne passerai pas la nuit.

La vie poursuit son trop court : ma fille fait la bombinette dans son legging dont je ne suis pas sûr de l’orthographe et mon fils se pose des questions à propos du collège dont je ne suis pas sûr de l’orthographe non plus. Je lui réponds CM2. Le monsieur de l’agence me dit qu’on peut transformer le rez-de-chaussée en studio indépendant des fois que ça arriverait vite. Ils se marrent quand je les perds dans le supermarché. Une pensée pour une belle Espagnole et pour un Chinois pas terrible : « Ma mère m’oubliait régulièrement dans les caddies de supermarché. Alors, pour retourner l’attention sur moi j’ai cherché des moyens de me faire remarquer. J’ai fait du théâtre. »

Le temps viendra où il faudra bien leur parler du théâtre. J’espère que ça les fera marrer. C’est tous les jours de toute façon, le théâtre.

La classe découverte – Blog de Papa Lion

C’est l’Aven d’Orgnac et ça brille comme à la boum.

Grand Frère Lion qui part en classe de découverte c’est un événement dans une vie alors pour sa production d’écrit du lundi il a écrit dans son cahier qu’il n’était pas très motivé et que la perspective de partir une semaine loin de sa maman de son papa et de sa petite sœur, « ça ne lui allait pas trop ». Puisque c’était écrit sans erreur, dans la marge, la maîtresse a noté « TB ». Très bien, très bien, fallait le dire vite : nous n’étions pas rassurés.

Ils ont constitué les chambrées en classe, chaque élève devant proposer deux copains. Grand Frère Lion a indiqué qu’il voulait bien dormir avec E. et L., mais comme L. a préféré être avec S. et que E. a souhaité partager une chambre avec Y., notre petit garçon s’est retrouvé avec quatre copains qui n’en étaient pas. Mais il avait l’air de s’en foutre un peu. Je crois qu’il n’a pas vraiment de copain, alors du coup ça n’avait pas d’importance.

Il s’est montré finalement plutôt partant à l’idée de partir. Je lui ai sorti une valise, sa maman l’a remplie. Il a glissé un doudou dedans, un koala qu’on a naïvement nommé John et qu’on a toujours affublé d’une origine australienne, du coup il parle avec un accent australien, mais je ne connais pas bien l’accent australien alors disons qu’il a un accent british et qu’il ne connaît pas tous les mots, on le fait souvent parler ce doudou, depuis que Grand Frère Lion est né et maintenant qu’il a neuf ans ce doudou continue de lui parler, souvent, avec son accent mal bricolé et les mots qui lui manquent. J’ai dit à mon fils qu’il serait sans doute le seul à avoir un doudou et qu’il fallait peut-être le laisser dans le rabat de la valise et ne le sortir qu’en cas de chagrin mais non, à ce moment-là autant ne pas l’emmener, et comme ne pas l’emmener c’était ne pas partir, ben John serait du voyage et resterait pendant la journée sur son oreiller, comme à la maison, comme à les maisons.

Il y a eu un blog de classe, c’était sympa, on a pu voir notre fils en virée avec ses copains, enfin avec ses camarades de classe. Pas de photo de John, mais plein de photos de tous ces mômes bientôt grands qui prennent la pose en faisant le V de la victoire. Des mamans bizarres ont laissé des messages bizarres et un peu culpabilisants : « tu me manques Machine », dans ce goût-là. J’ai eu envie de commenter les commentaires mais j’ai fermé ma tronche et mon ordi. Pourtant mon fils me manquait. J’ai croisé une maman un matin en déposant ma fille, je lui ai demandé si ça allait, elle m’a dit que sa fille lui manquait, et qu’une semaine sans elle c’était dur. J’ai bafouillé que tout cela  était question d’habitude.

Le jeudi, c’était boum. Un événement de la plus haute importance pour la plupart des enfants, plus important en tout cas que l’Aven d’Orgnac ou la grotte de la Salamandre. Pour notre petit grand garçon, la boum, c’était plutôt la corvée. Comme la maîtresse avait informé les familles qu’on pouvait s’y déguiser, Grand Frère Lion a emmené son déguisement de pompier. Je ne suis pas sûr qu’il ait fait beaucoup de conquêtes à la boum. En tout cas, d’après ce que j’ai compris, c’était le seul enfant déguisé. C’est pas une préadolescence qu’il nous fait : c’est une post-enfance. Ca me touche beaucoup, ce manque d’appétence profond pour l’adolescence. Je suis fier de lui, de son doudou australien et de son costume de pompier. Et puis des fois ça me fait de la peine. Je m’en fous parce qu’il est beau comme un astre et que le Soleil, il aurait pu l’inventer, mais il y a comme un décalage et les gens décalés ne sont pas toujours très heureux. Je ne suis pas certain qu’avoir Michel Delpech comme idole à neuf ans soit très rassurant.

Je trouve ça séduisant, être précoce et en retard à la fois.

Alors heureux, l’a-t-il été cette semaine ? Il est descendu du bus assez fatigué, il s’est plaint du bruit mais il avait passé une bonne semaine. Nous lui avons demandé si les autres enfants avaient emmené un doudou, mais non, il était le seul. Et qu’est-ce qu’il s’en foutait ! Doudou s’en fout, au mois d’août on mettra les bouts, peut-être à l’Aven d’Orgnac, il se souviendra de tout et ce sera chouette.

Hier soir j’ai taquiné un collègue ami au prénom composé et j’espère qu’il ne l’a pas mal pris, il était le seul déguisé pour le film d’école et j’ai trouvé ça mieux que tout, puisqu’il m’a fait penser à mon fils.

Ma semaine, je l’ai passée seul avec sa sœur, donc pas tout seul. On a passé une chouette semaine, on est allé au jardin mercredi, on le fait souvent mais c’était extraordinaire parce que Grand Frère Lion n’était pas là. Mais enfin il était bien temps qu’il rentre et sa sœur l’a serré très fort, quand il est descendu du bus.

J’aime beaucoup qu’il ait l’air indifférent alors que tout cela le touche énormément. J’aime bien qu’il ait l’air indifférent et qu’il soit si différent. Sa maman m’a raconté une anecdote que j’espère garder en mémoire toute ma vie : quand elle l’a déposé au bus, lundi dernier, un de ses camarades avait une valise énorme. Maman Lionne a demandé à cet enfant pourquoi sa valise était si imposante et le camarade de mon fils lui a expliqué qu’il avait pris plein de pantalons de jogging, un par jour parce qu’il aimait bien se rouler dans l’herbe et qu’il avait bien l’intention de se lâcher sur le jogging boueux pendant cette semaine, ça servait à ça une semaine de classe de découverte. Alors notre fils lui a répondu que c’était un peu pareil pour lui : il avait mis un boxer en plus dans sa valise, au cas où il avait un accident.

Il faut que je me souvienne de m’en souvenir toute ma vie.