Blog de Papa Lion – les paradoxes déconnent

Ca c'est un stylet stylé.
Ca c’est un stylet stylé.

Avant la réunion j’ai un moment d’intimité mais disons plutôt d’aparté pour qu’il n’y ait pas de malentendu car nul malentendu avec les parents de M., jamais de malentendu avec les parents de M, prenons nos gardes. Je les informe quand même : ce matin, mon stylet était en panne, impossible de faire fonctionner le tableau blanc interactif. Alors M. a analysé : ben ton stylo Maître il déconne alors je l’ai fait répéter et il déconnait encore le stylet alors j’ai appris à M. que déconner est un gros mot et qu’il valait mieux dire qu’il ne marchait pas ou mieux qu’il ne fonctionnait pas ou encore mieux qu’il dysfonctionnait. Et la maman de M. m’a rassuré : face à la stupéfaction tenace de M. le soir venu devant cette incohérence lexicale, le papa de M. a dit à M. que déconner était un gros mot à l’école et qu’il ne fallait l’employer qu’à la maison. Je ne déconne pas, c’est vrai, il le lui a vraiment dit. Je ne déconne pas.

J’ai un certain succès pendant la réunion avec mon tableau blanc interactif sur lequel je montre sans regarder ma montre à quoi ressemble une séance de lecture : le peuuu avec le aaaaa fait paaaaa et la plupart des élèves l’ont encapé sauf M. dont le père prend la parole, du coup ça sent un peu la bière et le tabac dans la salle de classe dans laquelle j’ai pris soin de ménager un courant d’air confère un précédent article.

« Et comment ben c’est pas à cause de votre tableau là ben comment que M., eh ben il arrive pas à déscotcher de sa tablette ? »

Je mords ma lèvre mais pas la poussière et ne lui réponds pas que c’est à cause de lui, la tablette, non, toujours professionnel je vante les mérites d’une pratique équilibrée des nouvelles technologies, j’utilise des mots simples sans illusion. Et puis je poursuis ma séance de lecture : avec le peuuu et le aaaaaaa on apprend à faire paaaaa et pa et pa ça fait papa, j’interprète des regards confiants, pas mal ce maître, et j’annonce fièrement que nous lisons les premiers mots : papa, papi, et fatalement pipe.

Le père et la mère de M. éclatent de rire. Pipe. Ils sont vraiment hilares, sourires gênés dans l’assistance. Bon. Problème de références, d’environnement social, intellectuel et là j’ai les fesses entre deux petites chaises de CP : on est l’institution et on aide car enfin ce n’est pas la faute de M. si ses parents boivent et fument à tel point que son cahier de liaison sent le tabac et la bière, il n’y est pour rien hein, et sans doute que ce n’est pas sa faute s’il insulte à tour de bras et qu’il parle sans cesse et que quand un stylo déconne ben M. le dit très fort dans la classe. « Maître il déconne ton stylo. ». C’est vrai moi j’ai été élevé sans gros mots parce que mes parents ont été élevés sans gros mots, dans les livres et la douceur, j’ai grandi avec des parents bien élevés et avec des livres et de l’attention et des rêves mais enfin y’a des moments où on craque et là j’ai envie de penser très très fort qu’ils pourraient faire un tout petit effort pour aider leur enfant. Mais non c’est mon boulot rien qu’à moi. Allez tous ensemble : ce n’est pas la faute des parents de M.

D’abord c’est un stylet, pas un stylo !

La réunion touche au but et donc à sa fin. J’oriente qui vers la responsable des activités périscolaires, qui vers l’orthophoniste, qui vers la sortie.

A peine plus tard je suis dans un bureau immense, trois salles de classe réunies, moquette blanche, bureau acajou, lampes design et bing je me mange une lampe design. Maître, elle déconne votre lampe. Enfin elle dysfonctionne. Enfin elle est trop basse quoi, on se fait mal ! Maman Lionne et moi signons une convention de divorce à l’aide d’un Bic bleu dysfonctionnant piqué à l’école. Je paraphe d’une main tremblante. Maître Truc, lui, montblante. Nous entérinons notre perte réciproque sans courir à notre perte et c’est là la magie du paradoxe et je me demande si un jour le paradoxe me foutra la paix.

Ben je suis triste et puis je m’égaye en pensant à vendredi. Je m’en fous de tout ça : je retrouve mes enfants vendredi.

Dans la rue je croise les parents de N. Attention à ne pas confondre M. et N. Tous ces parents-là picolent mais N. est roumain et ça c’est mon petit challenge parce que j’aimerais bien visiter Bucarest à l’œil. Ils ont rendez-vous devant le temple et c’est ça qui est magnifique dans une ville à tradition protestante peuplée de roumains à tradition templiste voire trappiste c’est qu’ils vont s’enquiller des bières devant le temple et qu’ils te le disent. Le père m’appelle Maître comme si j’étais son avocat à lampe trop basse et pourtant je ne suis que l’humble et incompétent Maître d’école de N., 1700 euros par mois, le nirvana pour les uns, Nirvana pour les autres. Alors je leur souhaite une bonne soirée, pourtant ils ne vont que boire des bières devant le temple et je ne suis pas sûr que N. saura ses voyelles demain. Je glisse quand même à son père que je prendrai N. en soutien et qu’il faudra signer un papelard, le père de N. signera tout ce que je voudrai. Je crois qu’il m’aime bien. Le temple me tend les bras mais non, je rentre chez moi et à demain, N.

Je m’en fous, je retrouve mes enfants vendredi.

La bienveillance – Blog de Papa Lion

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Lors de ma réunion parents-professeur de jeudi je promets sur la tête de mon tableau blanc interactif que le directeur fera court et qu’il y aura un courant d’air, de la fenêtre à la porte ou l’inverse.

C’est la réunion de grande section. J’y vais pour faire plaisir à ma fille et à sa maman parce que je sais déjà qu’on pratique la motricité tous les jours et la motricité fine tous les jours aussi. Au fait c’est quoi la motricité pas fine ? Ben la motricité large, la motricité bourrine, l’EPS, le sport quoi. Enfin on joue avec des cerceaux. Il fait chaud dans la classe et les deux maîtresses assurent qu’elles correspondent tous les mercredis (mon œil) et qu’elles entretiennent un cahier de liaison (mes fesses). Moi j’ai chaud je voudrais partir d’ailleurs je pars, présentant des excuses excessivo-maladroites à la maîtresse et demandant à un enfant passant par là où on peut se rafraichir un peu, voire s’asperger d’eau, foutue cagnasse, foutues salles exiguës, foutue situation. Je reprends ma place tout con tout confit tout confus, mon ex-femme qui n’est pas encore mon ex-femme me demande si ça va je dis ben oui, ça va. Mes genoux sont à l’étroit sous la table de maternelle, je préférerais une marelle avec Bébé Lionceau ou un baby-foot avec Grand Frère Lion mais ce ne serait pas bien vu d’autant que la directrice arrive. Elle nous parle de communication bienveillante mais elle n’est pas foutue d’ouvrir la fenêtre qui donne sur la rue, pourtant ça ferait un joli courant d’air bienveillant mais non, sans ouvrir le moindre carreau elle nous suggère de venir le samedi échanger. A propos de la communication bienveillante. Mais c’est pas vrai, ils tapent tous leurs enfants ou quoi ? Moi je suis bienveillant avec mes enfants, je les serre un peu fort parfois ça doit leur faire mal dans les côtes mais ils ne s’en plaignent pas. Je n’ai pas besoin de leçons de bienveillance, je suis bienveillant avec mes enfants et aussi avec mes 25 élèves et je suis même bienveillant avec leurs parents, et ça c’est méritant. Enfin l’autre jour dans la rue j’ai hurlé sur la mère d’A mais ils faut dire qu’elle n’était pas bienveillante avec le portail et qu’elle voulait appeler la police parce que son fils était à l’étude et qu’elle n’avait pas que ça à faire, attendre comme ça dans la rue. Je pense au contraire qu’elle n’a que ça à faire et comme ça l’ennuie que son fils étudie elle s’occupe en démontant le portail de l’école, bon d’accord je lui ai hurlé dessus, mais de façon bienveillante, après elle a juré dans une langue inconnue, j’ai juré aussi, on n’était plus très bienveillants mais et pour une fois ça m’a rendu service qu’elle ne parle pas français.

Il fait de plus en plus chaud, je sens la présence de la maman de mes enfants derrière moi, je sais qu’elle voudrait bien s’en aller elle aussi, on est cons aussi à y aller tous les deux.

Ca finit enfin, je m’offre une petite marelle avec ma fille, elle se marre, elle, elle a bien de la chance, elle, et moi aussi parce que son petit rire là, celui qu’elle a inventé pendant l’été ou qu’elle est allée pécher je sais pas où ben c’est pas qu’un rire, c’est de la bienveillance en barre pour son papa, je voudrais qu’elle rie de longue alors pour qu’elle rie un peu plus je demi-tourne sur « Ciel ». Si elle avait eu un élastique, je lui aurais appris la chaise. J’aurais inventé en tout cas parce que la bienveillance ça ne s’apprend pas le samedi matin avec la directrice, ça se passe par la main et par le rire.

Nous quittons l’école en pestant et en rigolant. C’est bon de pester et rigoler, c’est fédérateur. C’est malveillant pour la directrice mais c’est bon.

Il y a un fond de champagne sirupeux genre pas bon mais paraît-il bon quand-même alors je monte les escaliers et descends le champagne. On se reverra demain pour la réunion de Grand Frère Lion, on va se revoir alors je m’y revois un peu. Mais l’heure tourne, j’aurais bien aimé être bienveillant encore un peu. Mais non, je brise les côtes de mes deux enfants et puis  je pars.

 

Faire un métier sympa

Oh la belle école.
Oh la belle école.

J’ai dit que je ne voulais pas rentrer et on m’a ri au nez : deux mois de vacances et, jeudi, le marronnier auquel on n’échappe donc pas. Cette année je monte en première classe, celle où l’on apprend à lire, écrire et comptez pas sur moi pour oublier le fromage. Le CP c’est peu. J’espère que je ne vais pas leur marcher dessus.

Ben ils sont où les élèves ? Ah oui là devant moi. Je ne vous avais pas vus. Pourquoi vous avez tous le nez qui coule ?

Pendant ce temps, à l’autre bout de la ville, Bébé Lionceau et Grand Frère Lion, fourbus de vacances, fourbissent leurs armes avec leur maman. Ca doit coller de l’étiquette à tour de bras.  Si je n’ai pas les enfants à Noël, je me console en me disant que j’échappe aux étiquettes.

J’ai pensé ce matin qu’il fallait trouver un autre boulot, alors j’ai cherché. Y’a bien jardinier qui me plaît bien, jardinier c’est pas bien violent. La pression ? Oui alors peut-être la pression de l’échec, un peu comme au CP pour la lecture, on se demande si ça aura germé à temps. Bon. Je ne suis pas loin de penser qu’il ne se passe grand chose pour le jardinier s’il y a deux ou trois graines qui ne veulent pas « déclencher ». Ou fleuriste. Au moins ça a déjà poussé, le plus dur est fait, plus qu’à booker les bouquets. Il faut gérer les stocks ? Soit, ça ne doit pas être bien violent non plus ça, la gestion de stocks de fleurs, c’est pas comme un stock d’élèves de CP. Enfin je ne crois pas.

Ah oui mais le fleuriste n’est pas fonctionnaire et c’est quand même précieux la sécurité de l’emploi par les temps qui courent.

Quoi qu’il y a peut-être des fleuristes fonctionnaires ? Je me vois bien fleuriste fonctionnaire à l’Elysée, voilà, fleuriste de l’Elysée payé 10000 euros par mois.

Ou bien rien. Ne rien faire, tout en restant fonctionnaire. Tant qu’à rien faire, le faire à l’Elysée, tant qu’à faire. Voilà, j’aimerais être le mec qui ne fout rien de l’Elysée.

Bon. Il faut que je prépare mon casse-croûte pour demain midi.

(Bonne rentrée à tous les papas, les mamans, les enfants et les enseignants.)

Le 15 août – Blog de Papa Lion

cartable de rentrée

Nous devions mettre le cap sur la Grande Bleue et nous l’avons mis sur la rentrée comme joyeusement recommandé sur le dépliant que je n’ai même pas déplié et qui obstruait ma boîte aux lettres hier soir et mon esprit toute la nuit. Alors au carrefour on s’est arrêté au supermarché qui dégomme et détrousse, parmi lesquelles Bébé Lionceau a trouvé son bonheur, cylindrique et multicolore, tandis que Grand Frère Lion apprenait avec délectation qu’un critérium n’est pas qu’une course cycliste et absconse à Puy-les-3-Cabécou. Sont-ce des futurs élèves là qui chouinent pour une ardoise Lapins Crétins ? Alea jacaddie : on sort avant de se faire jeter, Jacques a dit fuis mon caddie ou je te casse les jambes avant que tu me casses les pieds. Grand Frère Lion repère la marque repère, je l’aime. Bébé Lionceau dégote un cartable décoté, je l’aime.

 

A Puy l’Evêque une psychologue m’a dit qu’après le 15 août c’était plus vraiment comme avant le 15 août, j’ai ri jaune mais elle avait raison, après le 15 août c’est plus comme avant le 15 août, ce ne sont plus des orages à mer. J’ai perdu mon Ju.

 

Mon fils entre au CM1 et dit des choses comme « on est chaud patate », « c’est la loose », « je suis en mode lecture ». Ma fille réclame du démêlant et mange le blanc de la salade. La famille ça grandit. Rien ne va plus et pourtant tout va bien. Il fait nuit trop vite, les enfants ont une peau magnifique, je les mange un peu. Il est interdit de sauter sur le lit de Papa, enfin quand Papa n’est pas là. On écoute du bon son et tant pis si le bon son de Bébé Lionceau fait mal dans l’oreille, on se couche encore un peu tard, on se lève toujours aussi tôt. On profite. On va se quitter dans 3 jours.

 

Il faut renouveler le stationnement résidentiel, reprendre le sport, acheter des cartes de bus, reprendre le sport, coller des étiquettes sur les classeurs, reprendre le sport, ranger le placard à culottes, reprendre le sport, venir à bout du calcaire sur les parois de la cabine de douche. Reprendre le sport.

 

Pendant les vacances on a vu la Bretagne on a eu froid puis chaud puis froid et c’était bon, les grands-parents ont essayé de faire manger du poisson papané, on a fait du manège en pull et on s’est grand-marré, j’ai vu le pays Basque c’était désert de Bretagne sans les gens du coup, avec plein d’Espagnols qui parlaient très fort à leurs pintxos, j’ai vu Tarbes, et mourir, ben plutôt mourir, j’ai appris à orthographier Guggenheim et constaté que ça pousse vite les bulbes à eau, on a fait des vannes bien loin du Morbihan, morts béants à Tarbes, alors autant tailler la zone, j’ai vu les Pyrénées et le meilleur aîné perdu dans les Cévennes, on a vu Puy-les-trois-Cabécou, son camping sa Gabare sa bistrotière corse, on m’a dit pendant deux fois quinze jours qu’on allait s’endormir vite et ça s’est pas toujours passé comme prévu.

 

Demain matin, je crois bien qu’on va mettre le cap sur la Grande Bleue.

 

Le journal intime – Blog de Papa Lion

Capture d’écran 2016-05-11 à 21.10.51Je lis le journal intime de mon fils, c’est mal. C’est bon ! J’y vois beaucoup de points d’exclamation et je lis en narration interne la vie qu’on mène. Du kayak en Ardèche, des loups dans le Gévaudan, des après-midis où l’on fait les devoirs et les sorties avec les amis. Ce journal ne durera qu’un temps mais il a le mérite de le coucher noir sur blanc et c’est plaisant. Grand Frère Lion se rencontre de plein de choses. « Papa, tu te rencontres que Bébé Lionceau ne s’est pas rencontrée que ? ». Je laisse faire, c’est la statue de l’erreur. Au Gévaudan, mon mini-trappeur redoutait de se faire dévorer. Sa sœur envisageait au contraire de caresser les gros chiens. On s’est contenté des meilleures places devant les enclos. La régalade. Je lis aussi que Papa a gardé les sacs pendant qu’il faisait de l’accrobranche, l’envie me prend d’annoter en rouge « et c’est qui qui a paniqué au parcours vert et s’est fait descendre en rappel ? ». Je ne me grille pas. Je reste froid. Des pas dans le couloir : je referme le calepin. Il lui suffirait de ranger ses affaires. J’arrange les miennes comme je peux, j’embrasse deux fois plus que d’habitude égale cent fois plus que nécessaire car demain soir c’est la semaine 20 et donc la semaine sans. Le petit sac bleu en provenance de la rue machin et à destination du boulevard truc est attendu devant la porte d’entrée de sortie. C’est lourd de remplir un sac lourd. C’est dur à porter même en bandoulière. On dit à la semaine prochaine mais on se dit vivement la semaine prochaine. Il faut que je trouve un endroit où accrocher l’affreuse peinture de Bébé Lionceau à l’épreuve du mélange des couleurs et c’est finalement assez marron. C’était le printemps, ça ressemble à l’automne son truc mais c’est quand même beau, à mettre sur le compte de la narration interne. En narration externe c’est plutôt marron. Il y a des légos kapla rangés celui qui les a sortis, je verrai ça demain. Des sillons de dentifrices roses sur le bord du lavabo et le bouchon ad hoc sans doute quelque part dans le petit coin. Pas trop envie de finir les petits suisses à la banane, je truquerai les dates de péremption. Et les courgettes, ben…je ne les ai pas faites. C’est blette. Je laverai les draps, ça sentira bon, ils se jetteront dedans. Tiens on dit des Journal de Mickey ou des Journaux de Mickey ? Les canards de Mickey ? Ah non les canards de Donald plutôt. En deux mots faut ranger.

 

Je me demande tiens si mon fils lira un jour mon journal intime. Quand on est un team on partage ses secrets.

 

La petite Josette et le grand malade – Blog de Papa Lion

thermomètre

Lundi c’était quoi de neuf sur le front, eh bien trente, trente-neuf et des brouettes bien lourdes à porter alors je l’ai porté jusque chez le médecin, il s’agrippait à moi et sa grippe à lui. Bébé Lionceau a singé l’enfant malade et je me suis fait avoir, son mal de gorge à elle était surtout hallucinatoire mais je l’ai gardée avec son frère puisque jamais deux sans trois et que plus on est de fous, plus on mange du riz. A propos, à table, à trois et à trente-neuf, on s’est ennuyé ferme et on a vomi son yaourt. Bébé Lionceau s’est indignée : quand même, du bio ! Logique. Blanc comme un cachet, mon cachou s’est couché, sa sœur l’a appelé « Petit chou malade », j’ai trouvé ça mignon et lui ça l’a fait pleurer. Quelle chiffe. Il nous a quittés. Nous étions quitte pour disserter et desserter en tête-à-tête, et quelle tête elle a, ma fille, quand elle fait semblant d’avoir mal. Elle m’a fait rire, j’étais fichu. Quelle chiffe. J’ai appris par exemple que L. ne voulait pas aller à son anniversaire, je me suis bien demandé pourquoi, je lui ai demandé « ben pourquoi ? » et elle s’est de nouveau indignée : la maman de sa copine a bonnement refusé de prendre des billets pour Paris. Mais pourquoi Paris ? Parce que Bébé Lionceau, son anniversaire, elle l’a organisé chez son Papi et sa Mamie, enfin chez mes parents. A 700 km de chez nous. Elle a invité pas mal de monde mais n’a eu pour l’instant que la réponse de L.

« C’est la petite Josette qui n’en fait qu’à sa tête… ». C’était le CD que le malade écoutait dans le salon pendant ce temps. Bébé Lionceau a jubilé et entonné à son tour « c’est la petite Chaussette qui n’en fait qu’à sa tête… ». J’ai soudain démissionné devant cette soudaine rémission. Elle n’avait plus mal à la gorge mais désignait quand même pour faire bonne figure une petite douleur sur sa belle figure, quelque part entre la joue et l’autre joue, au bout du nez ? Oui au bout du nez. C’est par là qu’elle me menait et j’ai décrété la sieste. Jamais mieux servi que par soi-même, j’ai été seul à dormir.

L’ambiance redescendue, la fièvre est remontée. Les remontants pris il n’y avait plus rien de bon à prendre dans cet après-midi fébrile. A y être j’ai allumé la télévision et nous sommes tombés sur du football que ma fille a continué d’appeler tennis. Elle a trouvé le gardien de but très nul parce qu’il tombait tout le temps. Nous avons déployé les grands moyens et la banquette du canapé pour regarder un bon film de malade, autrement dit un Astérix, j’avais la Petite Josette à la gauche et Petit Chou Malade à l’agonie. Nous avons cherché sans succès le numéro d’un druide dans les pages jaunes.

Et puis ce n’était même pas quatre heures et le paracétamol c’est toutes les six heures alors pas le choix il a fallu choyer. Mais la petite sœur de moins en moins malade entonnait à présent : « c’est la petite Zézette qui n’en fait qu’à sa tête. ». Elle commençait à me prendre la tête, la petite Josette. Comme elle m’énervait et que je suis très sévère je l’ai chatouillée, je l’ai crapoutée, je l’ai fricassée et je l’ai même fripipoutée, on s’est bien marrés et il me semble même avoir vu son frère sourire.

J’ignore si c’est lié : le lendemain, elle avait 39 de fièvre. Je l’ai gardée.

Les élections au CE2 – Blog de Papa Lion

Urne blog de Papa Lion

Son programme est simplissime, qu’on vote pour lui puisqu’il est poli, sage et qu’il respecte les adultes. Ca peut prêter à sourire et j’avoue me tordre de rire et de plaisir en voyant son affiche. Je fais chauffer la photocopieuse pour la campagne électorale mais c’est inutile: cette campagne, elle est qu’orale, m’explique-t-il.

Puis je réalise qu’une personnalité politique polie, sage et qui respecte les adultes, on n’en a jamais vue. Quel génie. Alors je soutiens sa campagne en mettant mon petit QI au service de son petit QG. Si j’étais en CE2, je voterais pour lui, lui dis-je. Il lève les yeux au ciel : non Papa, il faudrait que tu votes pour Anna. Mais pourquoi ? Parce qu’elle était déjà députée au CE1.

Bon je m’énerve et je lui explique qu’on voit toujours les mêmes en politique et qu’il n’y en a pas un pour rattraper l’autre et que le changement ce ne sera décidément jamais pour maintenant si on ne confie pas les responsabilités à des petits gars polis, sages et qui respectent les adultes mais je lis dans son regard quelque chose du goût de « je vous demande de vous arrêter » alors j’arrête. Je reprends un peu quand j’apprends que lui-même ne votera pas pour lui-même. « Mais tu voteras pour qui banane ? – Ben pour Eliott, parce que lui personne ne le connaît et il risque de finir bredouille. »

La semaine passe et la campagne électorale aussi. J’imagine la campagne électorale de Grand Frère Lion, je pense très fort à Edouard Balladur dans le métro parisien. Je suis en 1993.

C’est vendredi et nous y sommes. Mon fils n’a pas l’air particulièrement nerveux. Il enfile un jogging, je trouve ça classe et inédit.

Et puis comme c’est vendredi nous nous disons au revoir à l’école le matin, un au revoir de sept jours, ceux-là qu’on se promet de faire passer mais qui ont du mal à passer et qui font paraître bien lourde la grande porte en métal. « Clang », je pars en courant me cacher dans ma voiture. Avant cela la bonne humeur est un peu exagérée dans la voiture et je suppose que les enfants comprennent que quand la musique est encore plus forte que d’habitude, qu’on monte sur les chaises et que Papa regarde beaucoup le rétroviseur, c’est que c’est vendredi dans ma tête.

La soirée électorale bat son plein mais mon député en herbe est chez sa maman. J’appelle. « Bon alors coco t’es député ? ».

Ben non, il n’est pas député. Pas dépité non plus, plutôt l’air de s’en foutre. Il se dit toutefois étonné de ne pas avoir été élu, en toute humilité. Anna a été élue avec quatre voix. Mon fils n’en a obtenu qu’une.

« C’est bien, t’as un copain qui a voté pour toi. »

Non plus, parce qu’il a finalement voté pour lui-même. Dans un éclair de lucidité façon BVA Harris , Grand Frère Lion m’informe que personne d’autre n’a voté pour lui, du coup.

J’ai envie de lui dire qu’ils sont tous cons, qu’Anna est corrompue, que la France va mal. Pour ne pas l’embarrasser je me contente de l’embrasser puis je raccroche en me félicitant d’avoir un petit bonhomme poli, sage et qui respecte les adultes.

J-2 Blog de Papa Lion

J-2 avant ça et si Jil is Lucky ben il a bien de la chance et j’en ai un peu parce que j’ai les graines du fruit bien mort et ça va semer, oh punaise c’est spirituel ce soir au 63 rue J-2 avant les je te donne la langue au chat et les pisrographes et aussi les je vais te manquer ben attends un peu avant que tu me je te manque(s), t’es pas encore arrivée. A la banque t’étais belle et le banquier très moche et tu faisais des yeux en coin et moi ça m’a fait rire alors y’a pas que Jil qui est lucky, on va chatouiller le chevalier rouge et on ira voir les loups de Gévaudan et on n’aura pas peur. Les grands c’est pour les grands, les petits c’est pour que les grands redeviennent un peu petits, même avec les très très très grands puisque y’aura mes grands à moi et on ira à Collias t’aimeras pas forcément mais on jettera des cailloux pour compter les ricochets tu vas voir j’en ferai au moins un. On sera les pyjamasques dans ma voiture de pyjamasques et dans mon canapé de pyjamasques on aura des super pouvoirs. On va se poiler. On va manger de la soupe enfin je vais manger de la soupe et tu mangeras des pâtes pour que je te gronde « ouaaah faut manger de la soupe pour grandir » : tu t’en fouteras puisque tu grandis même sans soupe, la preuve c’est bientôt ton anniv de 5 ans et oui, oui, tu l’auras, ton déguisement, mais pourquoi tu veux te déguiser en princesse ? T’es déjà une princesse ma petite gardoise magique, des diadèmes en cartons y’a qu’à en découper j’ai des supers ciseaux et ça je te le dis pas mais je t’aime même si tu bouffes pas ma soupe. Enfin des pois chiche quand même c’est super bon, merde ! Je t’ai pris des musiques qui endorment et des livres qui éveillent, j’ai un amour monoparental qui déborde et dans mon cœur y’a plus que toi et lui et on va couper en deux, trancher doux le cœur à Papa, faudra aller à l’école quand même mais tu sais on est dans la même galère (j’aime autant que tu sois dans la tienne et pas dans la mienne, un jour je te raconterai comme ils sont cons). J-2 ! L’attente fait vivre quand on n’attend plus grand chose ! C’est le creux de l’hiver mon tout petit immense amour et dans le creux ça tombe plutôt pas mal, y’a juste la place pour toi.

Vendredi – Blog de Papa Lion

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Y’a des jours dont on a manqué la nuit d’avant il semble alors que les élèves parlent très fort sous le préau, on a froid, on cherche le radiateur et ses mots et quand c’est à leur tour ils racontent des trucs qui n’ont rien à voir. On pense alors à partir et qu’il faudrait gagner au loto, au moins le droit de rejouer, et c’est à la récréation que ça fait le plus mal à la tête, une histoire de ballon quillé qu’il s’agirait de déquiller et faudrait bien arrêter d’inventer les mots. On rentre dormir chez soi et on oublie de manger, du coup on a faim et on boit un thé, on se souvient qu’on disait « sans rapport fils unique » sans se souvenir d’où ça venait ; comme quoi… On file l’après-midi, un long fil tout noueux qui fait la blague et ça tombe bien car on n’en fait pas beaucoup, on colmate les brèches tandis que les brêles comatent. On trouve à certains moments que les murs tapent quand même un peu fort sur la tête et ça soulage de ricaner en pensant au cholestérol que les charognards à marcel promènent sur les parois de ma vie. L’effet mère des sentiments fait penser qu’on dit et qu’on entend un peu n’importe quoi et que ça peut durer des années. Le ciel est bleu, les idées noires, l’atmosphère glaciale. On se convainc que les jours rallongent puisque Collado l’a dit, ah non il est parti à la retraite et même ça c’est triste, pourtant on devrait s’en foutre de Collado, ben on trouve ça quand même triste. Ils écrivent les devoirs. Aucun d’eux n’a inventé le soleil mais on les aime bien, à peu près tous, même les très crétins. Ils nous apaisent même, parfois.

 

On décolle d’école en école et la journée commence enfin.

 

Parce qu’à 16:30 y’a ma fille qui est assise toujours à la même place et qui fait toujours la même tête en attendant de me voir et jamais la même tête quand elle me voit, aujourd’hui elle sourit bon elle sourit à chaque fois quand elle me voit mais là elle fait un sourire qui veut dire un truc du style c’est la remplaçante elle est sévère je ne peux pas me lever mais attends, Papa, attends, alors j’attends mon tour, c’est vrai que la remplaçante a l’air strict mais enfin c’est pas facile comme métier, surtout à 16 :30 le vendredi et surtout avec des pères qui disent à peine bonjour tellement ils sont contents de revoir leur fille, alors je la regarde fixement jusqu’à ce que ce soit son tour, enfin le mien enfin le nôtre, on s’entreregarde avant de se rentrer et de se garder et la maîtresse me demande enfin qui je viens chercher, ben ma fille, enfin, Bébé Lionceau, elle me dit qu’elle travaille bien mais qu’elle n’a pas beaucoup d’amis, on voit qu’elle est remplaçante elle, bien sûr qu’elle travaille bien, bien sûr qu’elle n’a pas beaucoup d’amis mais elle prend son petit sac Barbapapa et son sac de chez Maman à chez Papa et elle se paie mon cou et comme j’ai encore un peu de dignité j’arrête là.

Les moustiques – Blog de Papa Lion

Moustique hors saison

Les rougeurs m’ont mis la puce à l’oreille : ma puce à l’oreille pleine de moustiques. Elle a des moustiques partout et j’en conclurais bien qu’il n’y a plus de saison mais je suis las d’enfoncer les portes ouvertes alors je ferme les fenêtres, c’est moins violent, et j’écrase violemment. Les moustiques. Mais ça dérange et ça démange des anges ces foutus moustiques de début d’hiver qui a l’air fin d’été, ce temps. J’ai l’air fin, détestant les crèmes, moi qui n’aime pas passer la pommade aux pharmaciens et qui n’en ai donc pas à passer à ma fille. Elle veut de la crème, je n’en ai ni en tube ni en glaise, rien que des huiles essentielles et le grand frère se bouche déjà le nez. Bon, j’y vais de mon tea-tree for two, tea-tree for you, my love, je m’applique, enfin je la lui applique. Elle aurait aimé que le bouton disparaisse fissa, Papa, alors le fils à papa rit : c’est pas la potion magique d’Obélix !

Un massage gommant à ma sage gamine et j’essuie mes mains puis ses larmes tsunami. Le moustique s’est noyé dans la tempête. Dans ce cas-là le câlin fait la blague, peut-être pas aussi drôle que celle du frangin mais sous les franges y’a un sourire, et sous le bouton épavé la plage. J’embrasse et d’un pas mûr me redirige vers le salon, satisfait que le tea-tree ait eu son petit effet sur ma petite fée.

L’accalmie est brève, il y a un autre moustique sur le bout du nez. Elle me réclame à présent de l’arbre à thé apaisant. Sur le nez ? Non ! J’apaise le pour et le contre, et j’explique qu’on huile essentiellement le corps, mais pas le visage. Nez en moins l’enfant accepte de me laisser aller. Ma grande spécialité.

Je pourrais penser à demain ou à hier mais on me réclame encore. Mon petit chat a un grain. Je suis indispensable. Un indice pensable me met sur la voie du moustique et la voix de ma fille résonne dans l’appartement, dans l’immeuble, le quartier. Je rapplique, je ré-applique, je console. En fait non, j’hurle « quoi encore ? ».

Alors bon, encore un tigre sur mon petit lion ? Non, cette fois il y a une munuscule mouche dans la chambre. Et Bébé Lionceau en a marre de se faire manger. Jamais las mais toujours là, je m’en ressers une munuscule louche.