Le blog de Papa Lion

un blog de papa pour les jours de pluie

Le blog de Papa Lion - un blog de papa pour les jours de pluie

Arrêter la pluie – Blog de Papalion

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« On ne va quand même pas dormir avec toi dès qu’il pleut » lui a-t-on dit la première fois qu’il a plu et lui a plu de venir nous le dire, comme si nous pouvions arrêter la pluie. Elle dort sous un velux et n’y dort plus dès qu’il pleut dessus.

Cette nuit j’étais seul et bien au milieu du lit avec tous les oreillers pour moi, ce qui s’apparente au nirvana. Je bavais sur les oreillers et ronflotait sereinement, enfin j’imagine. La porte s’est ouverte timidement, on a opposé à mon grognement hostile deux yeux tout ronds et la tétine s’est agitée dans tous les sens pour me parler météo et velux. J’ai demandé à ce qu’on regagne sa chambre tout de suite tandis qu’on s’allongeait à côté de moi.

J’étais furax et repoussé vers le bord du lit. Le nirvana m’a semblé loin. Ma petite emmerdeuse a mis au moins deux minutes à se rendormir, je n’ai plus refermé l’œil.

Je l’ai regardée dormir. Elle ressemble à sa mère. C’est sa mère en tout petit. Je lui ai caressé les cheveux une partie de la nuit.

J’ai ouvert les volets quelques secondes avant que le réveille ne me serve à rien. La cour devait être détrempée et les pots que je dois remiser depuis le début de l’hiver et qui me servent de pluviomètres à défaut d’être rangés déborderaient sous peu.

La cour était pourtant parfaitement sèche.

J’ai regardé ma fille encore, je voulais la réveiller par vengeance, pour lui demander si ça la prenait souvent d’inventer la pluie et aussi parce qu’il était sept heures. Je lui aurais parlé avec une tétine pour qu’elle n’y comprenne rien et j’aurais fait l’exact contraire de ce qu’elle aurait grogné.

La reine des pièges était bien au chaud et déjà réveillée. Elle m’a souri et m’a sauté au cou.

J’ai un cœur mais pas celui de la gronder.

Forcer la nature aux forceps – Blog de Papa Lion

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S’il s’arc-boute à l’enfance c’est qu’elle lui est agréable. On lui recommande prudemment de prendre son temps et il freine des quatre fers : l’autre jour, des ratiches de requin dans sa mâchoire d’ourson et les dents de lait qui ne voulaient pas s’arracher. Il a fallu les arracher, on voit deux petites incisions en lieu et place des incisives et nous prions les dents nouvelles à présent que la voie est libre de sortir complètement. Ne pas faire comme les narcisses tout dégénérés du jardin (et qui nous remettent le couvert tous les ans).

Sa crédulité me laisse sceptique : pas la moindre question sur les origines de cette brave petite souris ni sur les raisons qui font que le chat lui laisse la vie sauve quand elle traverse notre chaumière. Cet enfant joue à l’enfant. Nous nous sommes posé la question des quenottes et les avons finalement cachées dans un tiroir du secrétaire. Saintes reliques au devenir incertain ! Un ménage aura raison d’elles, un jour, mais nous n’allons tout de même pas les fixer en pendentif.

On attendait les dents à racine depuis qu’on a appris en grande section qu’elles en auront et on finissait par s’inquiéter comme d’un printemps qui prend son temps. Il a fallu forcer un peu la nature.

C’est comme ça depuis le début : Grand Frère Lion grandit aux forceps. Tant mieux, ça me laisse davantage de temps pour le bader.

Parentalité positive, infantilité positive – Blog de Papa Lion

papalion1Je suis tombé sur un site consacré à la parentalité positive et j’ai mis du temps à me relever. Penser qu’ils moulent du blé sur le dos des enfants me donne la nausée. Ce sont des fiches pratiques à télécharger et on peut s’en procurer une première série gratuitement. Les autoproclamés « supers parents » (comment être en paix avec des gens qui accordent un adjectif invariable ?) dispensent avec le sourire et pas mal de suffisance un enseignement de bonnes intentions qui présente l’ignominie de se vouloir universel alors qu’il repose sur des raisonnements en creux et des portes grandes ouvertes. Gare aux courants d’air ! En outre, lorsque les parents parlent aux parents, il y a des relents de Révolution nationale qui piquent un peu l’esprit. En matière d’éducation, le « modèle » a encore le vent en poupe. Une certaine vision de la famille qui cache quelque chose et qui sent mauvais. Bizarrement, pas le moindre label pédopsychiatrique sur ce site de charlatans.

L’exaspération m’a pris dès que j’ai commencé à chercher les bonnes feuilles car tout est bon dans le cochon ; alors, au hasard des premières fiches gratuites :

« Je décris dʼabord ce que je vois ou ce que je ressens : pour commenter un dessin, au lieu de dire «oh, quʼest ce que cʼest beau !», il vaudrait mieux dire «Regarde toutes ces couleurs ! Et tous ces détails : le tube de crème et les lunettes de soleil…Ce me rappelle les vacances au bord de la mer ! Cʼest un bon souvenir ! »

Bon. Il faut bien des gogos. Mais laissez les enfants en dehors de tout ça ! (Mais il est exact qu’on ne dit pas « oh qu’est-ce que c’est beau ». On dit « oh, que c’est beau ».)

Comme les temps sont durs pour tout le monde, nous prévoyons nous aussi de mettre à l’encan notre savoir faire en matière d’éducation. Mais les bienheureux Coco et Cocotte de supers-parents.com sont déjà incontournables sur le secteur du conseil à la noix. Des glands qui vendent des noix, il suffisait d’y penser ! Nous allons du coup inverser le concept : nous nous adresserons aux enfants. Super-enfants.com (nous n’accorderons pas l’adjectif invariable car nous pensons que respecter les règles les plus élémentaires de grammaire est un premier geste bienveillant à l’attention des enfants). Le site de l’infantilité positive. Les fiches seront gratuites, sauf celles qui coûteront de l’argent. Pour peu qu’ils sachent lire, les enfants y apprendront que :

  1. Quand on n’a pas envie d’expliquer pourquoi, ben faut pas trop insister sinon on se fâche.
  2. Quand on dit que c’est parce que Papa ou Maman l’ont décidé, ben ça suffit comme raison.
  3. Quand on ne s’enthousiasme pas pour tel ou tel dessin foireux, ben c’est qu’il est foireux.

Je crois qu’à force de donner la leçon aux parents, on oublie de la donner aux enfants. C’est préoccupant.

La récréation – Blog de Papa Lion

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Je traîne des pieds et ma grande silhouette d’enseignant mal luné pour aller voir Rayan qui, selon Kevin, a tapé Lohan vers l’aine, ce qui expliquerait selon Sami les sanglots longs des violents de l’hiver sans pour autant justifier selon moi qu’on ait co-missionné pour la commission Kevin et Sami. Il y a les élèves qui observent la scène comme des badauds un accident de voiture au carrefour. Ou à Carrefour. Il y a aussi ceux qui s’en footent et je les envie de jouer plutôt de ce crochet là. Rayan me voit venir à mesure que je m’approche de lui. Ce matin, ma tête va comme un lundi. Sa tête à lui, j’en ai déjà marre, dis.

- Rayan, tu m’expliques pourquoi Kevin me dit que tu as tapé Lohan ?

- Parce que c’est une balance.

Je feins de ne pas de comprendre ce que ce lourdaud de Rayan veut aux pèse-personnes et le somme de ne pas se soustraire à mon interrogatoire multiple de commissaire divisionnaire. C’est tout le programme de calcul du CM1 en une poignée de secondes, il faudrait plus d’une vie pour Rayan. Il voudrait me choper par les sentiments, je le chope par le bras et simplifie la consigne :

 – TU M’EXPLIQUES POURQUOI T’AS TAPE LOHAN ?

Rayan réfléchit à moins qu’il essaie de se souvenir, en tout cas il fronce un peu les sourcils et puis, d’un ton à l’huile comme il sait faire pour me mettre en boîte, il m’explique enfin.

-Maître, j’étais tranquillement en train de jouer à la kalash, je visais Lohan…

J’ai les oreilles qui me piquent et l’on n’a jamais autant entendu le mot kalashnikov dans les cours de récré que depuis le 7 janvier dernier. Je me revois parler des attentats avec les élèves. Certains n’ont retenu que ce qui les a le plus intéressés.

Je regarde avec mépris Rayan et lui demande de s’assoir et de réfléchir. Cette punition pourrait paraître laxiste. S’assoir et réfléchir constituent au contraire un impitoyable châtiment auprès de Rayan.

Et puis pour me récréer à mon tour, je pense avec tendresse à Grand Frère Lion. Ce matin, fi du lundi mais hérédité désoblige, mon fils s’est levé avec le sourire. Fini les récrés à regarder les CM2 jouer au foot : la maîtresse a autorisé une poignée d’élèves à apporter un petit jeu pour occuper le temps de récréation intelligemment. Alors je suppose qu’à la même heure Grand Frère Lion récrée à deux, à trois, à plusieurs, qu’il joue aux sept familles avec ses poteaux, adossé à un de ceux de la salle de musique où lui a été accordé le droit de jouer aux cartes. Loin des gars lâches à kalash.

Un droit bien accordé dans une salle de musique sonne forcément juste et ça, ça m’adoucit les mœurs.

Quel métier le dimanche soir ? – Blog de Papa Lion

danseuse-papalion1Comme le dimanche précède le lundi et que ça finirait bien par se vérifier semaine après semaine d’après les trente-sept années d’observations que j’ai consacrées au sujet au point d’en conclure que c’est la fatalité (on souffle à mon oreille que la fatalité n’existe pas), le dimanche, je ne suis pas dans mon assiette bien que mon nez soit dans ma soupe et mon esprit ailleurs : à hier. A y être je mens à mes enfants, leur vantant les vertus du travail et le vice du lundi. L’école les enfants, pour apprendre un métier. J’ai la tête de l’infirmier quand il dit que c’est juste une petite prise de sang et que ça ne fait même pas mal.

On dit que l’école c’est pour apprendre un métier comme on dit que le type du Nord est sympa, froid en apparence mais qu’une fois qu’il t’a adopté ben il t’a vraiment adopté. Que les fous (se) taisent !

Je saisis le pot à eau et l’occasion d’entretenir le culte de la pèresonnalité : regardez, les enfants, Papa exerce un métier utile et passionnant en saignant. Silence et déférence, déglutitions. Si je fais ce métier c’est parce que j’ai bien travaillé à l’école. Silence et déférence, déglutitions. Ce que je mens mal. Bébé Lionceau reprendrait bien un morceau d’emmental pour voir si j’ai la même tête à travers les petits trous.

J’insiste. Les enfants, il faudra penser à l’avenir, à l’avenir. Le débat s’anime et Grand Frère Lion est doublement embêté : pour Kevin et Rayan, les cas (d’école), parce qu’avec les notes qu’ils ramènent ils n’auront jamais de métier ; et pour lui-même parce qu’avec les notes qu’il nous ramène, il finira maître d’école.

Un ange passe, c’est Bébé Lionceau qui revient pour le dessert, bon, passons. Enfin non d’ailleurs tiens, puisqu’elle réapparaît pour la crème chocolatée, qu’elle taille avec nous la danette : et toi mon amour d’amour d’amour tu veux faire quoi plus tard ?

La princesse à fossettes n’est pas dupe, princesse à fossettes, ce n’est pas un métier. Quelle maturité ! Alors pourquoi pas danseuse.

J’ai envie de la prendre dans mes bras alors je la prends dans mes bras, je l’embrasse, danseuse, quel beau métier et d’ailleurs même pas besoin de bonnes notes, bravo l’amour, danseuse, c’est bien, quand ton instit de père aura mal à la tête et passera ses vacances chez lui, toi, t’auras peut-être mal aux pieds mais tu verras du pays.

Eh, las. Ma joie confine à l’effet mer. Quand elle monte, elle finit toujours par redescendre.

Parce qu’en fait non, finalement, pas danseuse.

Bébé Lionceau, maintenant qu’elle y pense, elle se verrait plutôt grenouille.

Je chante faux mais, là, je déchante juste. Je prie ma toute petite fille de s’essuyer l’assiette et de mettre ses moustaches dans le lave-vaisselle. Au lit, demain c’est lundi. Y’a école.

Le mercredi à la bibliothèque – Blog de Papa Lion

je suis désabusé - papa lionCet après-midi nous allons à la bibioquette et rien que pour ça c’est fête, on cortège à trois sur les boulevards et les petits bonshommes passent au vert en nous voyant arriver. Des jeunes débattent encore devant la bibioquette : les journalistes ne l’avaient-ils pas un peu cherché ? Je passe mon chemin, « y’a plus d’jeunesse tiens ça m’déprime ». Nous empruntons la navette spatiale pour Mercure, ou l’étage de l’espace jeunesse, nous changeons de planète tous les mercredis, un jour j’ai proposé Pluton, Grand Frère Lion s’est foutu de moi : ce n’est pas une planète. Ah bon. Nous voilà dans l’espace jeunesse. Il y a surtout des mamans, il fait chaud, ça sent pas mal la chaussette. Nous rencontrons C, une copine de Bébé Lionceau. Les retrouvailles sont émouvantes, elles ne se sont plus vues depuis ce matin alors elle se font coucou de la main et s’échangent un sourire un peu niais pour qui n’est ni la grand-mère de l’une ni le papa de l’autre, un sourire chamallow tendre pour la grand-mère de l’autre et le papa dans la lune. Quand y’en a pour deux y’en a pour toi, dis-je à C. pour faire rire sa grand-mère qui me regarde un peu bizarrement du coup et me voilà à lire des histoires infantilisantes (je ne veux pas qu’ils grandissent) à trois enfants pour la gratuité de deux. Quand c’en est terminé de l’étude de mœurs (« Pénélope fait un gâteau »), j’ai cinq enfants autour de moi – les grands-mères abusent. Je renvoie les incrustes à leurs aïeuls ; adieu. Nous empruntons quelques livres que Bébé Lionceau et Grand Frère Lion ne liront peut-être pas et là, Grand Frère Lion scotche, c’est encore écrit Je suis Charlie. C’est vrai ça, c’est écrit partout : au mur, sur les présentoirs, au guichet. C’est encore pour les journalistes demande-t-il ? Il n’est pas agacé, moi un peu. Je lui explique que oui et non, que c’est pour le symbole, c’étaient des journalistes et ils sont morts alors à travers l’hommage qu’on leur rend, on soutient surtout la liberté d’expression et que c’est le ciment de notre République, je crois bien que mon petit bonhomme de sept ans comprend, merde, il est bien ce petit, il est sensible, il est intelligent, ciment et République ça coince un peu mais en tout cas il a tout compris aux événements, il serait même venu marcher dimanche si ça avait été un sitting. Et puis il me demande si je l’aime bien, moi, ce journal. Quoi, Charlie Hebdo ? Ben oui ! Je lui dis que non, que c’est un torchon gratté par des vieux anars aux cheveux sales et qui font des blagues de prouts en buvant de la bière, que d’ailleurs plus personne ne lisait Charlie Hebdo jusqu’à la semaine dernière mais que c’était quand-même le symbole un peu licencieux de la liberté d’expression et qu’ils se moquaient de la religion et qu’en France c’est important d’avoir le droit de se moquer la religion, parce qu’on est dans un pays libre et d’ailleurs laïque, il est bien mon fils parce qu’il est de mon avis, même si licencieux et laïque je vois bien que ça bloque un peu aussi, ses yeux disent qu’il préfère J’aime Lire à Charlie Hebdo et pourvu qu’on vienne pas massacrer les auteurs de J’aime Lire. Heureusement que ses yeux parlent, ils me coupent la parole : j’étais sur le point de lui dire ce que je pense de l’union nationale.

Nous rentrons. Le buraliste qui devait en avoir un peu marre de répéter la même chose à longueur de journée à posé un écriteau sur sa vitrine : « Plus de Charlie Hebdo, rupture de stock. » Grand Frère Lion me fait observer que je vois, j’avais tort : y’a plein de gens qui lisent Charlie Hebdo.

Je réajuste son écharpe, je sers bien fort sa main, je prie Bébé Lionceau d’accélérer un peu le pas, on pèle. Mais Papa, c’est l’été qu’on pèle. Nous chantons une chanson de Renaud, nous faisons la course rue machin et gare aux crottes de chien. Il n’y a pas à dire : les enfants et les bibioquettes sont parmi les dernières valeurs sûres.

La minute de silence – Blog de Papa Lion

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C’est mon fils. Un genre de flegme fait passer au même plan une minute de silence et une heure de cantine. Mais alors, elle vous a dit quoi la maîtresse ? Ben qu’ils avaient tué des journalistes. Et alors, vous avez mangé quoi à la cantine? Ben des haricots verts.

Ma fille a trois ans et je ne pensais pas qu’on lui ferait observer la minute de silence. Pas tellement pour la difficulté que peut représenter ce genre de pédagogie auprès d’enfants de cet âge ; non, simplement parce qu’il n’est pas évident de faire taire une minute entière trente enfants de trois ans. M’est avis que la minute n’a pas duré soixante secondes. Nous étions satisfaits toutefois que Bébé Lionceau ait brandi son crayon et comme il est lapalissadement plus facile de faire parler les bavards, c’est auprès d’elle que nous avons su.

« Chérie, tu l’as faite la minute de silence à l’école ?

- Oui, et on a fait la statue. (pédagogie du recueillement)

- Et elle vous a expliqué la maîtresse pourquoi il fallait rester silencieux pendant ce petit moment ?

- Oui, parce que sinon on était punis. (pragmatisme du recueillement)

-Mais elle vous a parlé de ce qui s’était passé à Paris ?

-Oui, y’a des méchants qui ont tué des gens et si on les retrouve ils iront au coin pour toujours. »

Je ne sais pas si c’est lié mais elle n’a rien mangé à la cantine, Bébé Lionceau.

Foutue semaine à remiser au clou son sapin, sa playlist et ses résolutions. Et il a fallu sensibiliser en classe, parler et parler : une fusillade, les enfants, dans la vraie vie, ce ne sont pas des couillons miniatures qui se cachent derrière les pylônes du préau et qui clament et qui clamsent tacatac t’es mort (quand ça a sonné et qu’ils devraient être en rang c’est moi que ça tue). Je ne suis pas tout à fait rassuré quand je les vois se tirer dessus pour de faux après qu’on a parlé des attentats. Les petites personnes comprennent-elles vraiment les grandes ?

Pour être parfaitement heureux il faut s’en remettre à la religion ou aux enfants. C’est ce que je me dis souvent. La religion me fait la tête et les enfants me fatiguent.

Je repense à ce qu’on s’est beaucoup dit à la fin de l’année : « pourvu que l’année prochaine… » Bon.

« On verra ».

Pédiatrie, télévision, légumes – Blog de Papa Lion

telechatAlors là vraiment bravo aux deux papas blogueurs qui ont accepté de passer à la télévision ce soir. Le reportage qui vous a été consacré au j’y étais de France 2 m’a fait chaud au cœur, et je ne dis pas ça uniquement parce que Pujadas s’était fait remplacer par sa secrétaire qui est quand même bien meilleure speakrine que lui. Je vous ai trouvés beaux et flegmatiques, vous occupant de vos enfants devant la caméra quand, bon, c’est quand même aux femmes de jouer l’intendance dans un foyer. Alors pousser la poussette jusqu’à l’école des ainés zélés, passe encore, j’aurais pu le faire. Enfin non je n’aurais pas pu, les nôtres sont tous les deux à l’école mais j’aurais trouvé un stratagème pour faire le papa au top même sans poussette, genre les mains dans les poches, dégaine Rivaldi et crachat gras devant la porte de la maternelle (on habite le quartier qu’on habite). J’aurais pu aussi faire le papa qui fait faire les devoirs, parce que je fais faire les devoirs et ça va, ça se passe pas mal, merci. J’aurais pu donner le change et même des serviettes propres à l’heure du bain. Je ne me serais pas couché au moment de les coucher.

Mais les repas les gars ! Les repas ! Bravo ! Vous étiez au taquet.

J’ai été moi aussi contacté par la journaliste de France 2, charmante au demeurant et au téléphone aussi, une future speakrine c’est sûr. C’était juste avant les vacances, elle proposait de venir filmer mon quotidien de père au foyer, un jeudi. J’ai botté en touche : je ne suis pas père au foyer, je travaille à temps partiel et c’est surtout dans le but de ne pas travailler à temps plein. Même s’il est vrai que je m’occupe pas mal de mes enfants les deux jours où je néglige mes élèves (les jours où je ne suis pas à l’école, ndlr). Bon, ça ne la dérangeait pas : les papas qui ont aménagé leur temps de travail pour les enfants, ça l’intéressait autant que des PAF. J’ai voulu botter vers l’autre touche : j’habite à 700 kilomètres de Paris, y’a eu des inondations pas possible en décembre, le quartier n’est pas sûr. Ca ne la dérangeait pas davantage, de la famille à voir dans le Midi tout ça. Y’avait plus de touche pour botter et décidément mon quotidien la bottait, la journaliste, j’avais une touche. Comme je ne suis pas du tout influençable, j’ai dit d’accord et comme je ne suis pas non plus soumis j’ai précisé que j’en parlerais tout de même à ma femme.

J’en ai parlé à Maman Lionne. Elle m’a parlé des repas. J’en ai reparlé à la journaliste. Je lui ai dit que le jeudi, j’avais piano. Elle m’a dit tant pis. J’ai surtout eu peur qu’on me recontacte pour le programme Super Nanny.

Hier nous étions à table. Enfin, les enfants étaient à table car nous avons décidé de ne plus manger avec eux. Mais il faut bien les surveiller. Alors pour avoir la paix nous ne sommes plus à table avec eux, mais à côté. Debout, pour l’autorité que ça représente. On n’est pas en paix du tout et puis on est debout le ventre désespérément vide, quand ils sont assis, l’assiette inexorablement pleine.

Nos enfants sont gentils, faciles, ils sont cools. Mais à table, ils schizophrénisent.

Alors hier nous étions debouts, coupette à la main pour fêter la nouvelle année et surtout pour oublier nos enfants qui étaient assis juste devant nous. Bébé Lionceau avait une couronne sur la tête, parce qu’elle a eu la fève et aussi parce que c’est la chérie de son papou, de là à crier haro sur l’enfant roi. Pour une couronne ! Elle avait aussi deux doudous à proximité d’elle sur la table, qu’est-ce que c’est deux doudous ? Nous avons été fermes, sévères, le cadre, ah ce vieux cadre : deux doudous, pas plus. Elle a choisi les plus gros, ils sont à table avec elle. Mais nous tenons à ce qu’elle ne fasse pas sa petite princesse, la reine. Qu’elle ne se prenne pas pour la préférée. Du coup nous avons aussi autorisé son frère à manger avec son bus. Celui avec les portes en soufflet, comme à Paname. Mais ils n’ont pas le droit de toucher leurs joujous. Enfin, tant qu’ils n’ont pas fini leur assiette. Enfin, sans compter les légumes. Enfin, ils ont un peu le droit.

Hier soir il n’y avait pas de légumes. C’est pas bien. Ben non, mais c’est pas bon. La vérité sort de la bouche des enfants ? Ben voilà, c’est ce qu’ils ont dit. Il n’y avait pas de légumes et pourtant, pour une raison que j’ignore, Bébé Lionceau dont la couronne dépassait à peine derrière les deux gros doudous est descendue de table, l’air décidée. Comme elle était déjà debout, je lui ai dit que j’étais d’accord pour qu’elle descende de table, histoire de lui montrer qu’elle était sous contrôle. Je crois qu’elle n’a pas entendu, elle était déjà dans le couloir. Je lui ai dit que non hein, deux doudous, c’était bien assez. Elle a ri (l’humour ! c’est important l’humour chez un petit d’homme). Ce n’était pas un doudou, c’était une poupée !

Je lui ai dit qu’elle n’aurait pas de dessert si elle ramenait sa poupée. Et puis je me suis souvenu d’un pédiatre, enfin non, un pédiââââtre qui nous avait dit de ne jamais priver un enfant de dessert. Du coup, j’ai levé la punition. Elle avait déjà la tête dans le frigo : deux yaourts pour la miss !

Je me rappelle un autre pédiatre qui nous avait recommandé de ne pas brusquer les enfants à table : le goût s’éveille à force de proposer des aliments variés, chaque jour. Les enfants refusent dans les premiers temps puis ils finissent par goûter et manger cinq fruits et légumes par jour. Chez nous, c’est la mode des légumes oubliés.

Alors le JT, c’était le bêtisier assuré.

L’orthophoniste – Blog de Papa Lion

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On attend chez l’orthophoniste comme tous les mercredis puisque Grand Frère Lion dit z’ai qu’une saussette quand la deuxième est pourtant sous son nez. C’est une dame entre deux âges mais plus proche quand même du deuxième, une grosse dame souriante et pleine de papiers sur son bureau. Elle appelle chaque mercredi mon fils Raphaël qui n’est pourtant pas son prénom. Elle l’attend le jeudi alors qu’il y a école, le jeudi. Parfois, elle oublie complètement d’être là quand nous avons rendez-vous, je l’appelle et elle présente des excuses éculées. Une vraie professionnelle.

Dans son cabinet, je crois que Grand Frère Lion fait un peu tchou tchou avec la bouche et qu’il lit beaucoup de Bibliothèque rose. Quand il dit saussette, la dame lui dit chaussette, alors il dit chaussette. Ca dure une petite heure. De retour à la maison, Grand Frère Lion redit en général saussette.

Et moi du coup z’attends dans la salle ad hoc et attenante. J’ai pour me distraire des évaluations à corriger, des Maisons à décoration et des Tchoupi. Je me contente en général de rêvasser.

Mercredi dernier je ne suis pas seul : un défaut d’organisation aura conduit la grosse orthophoniste à recevoir ensemble Grand Frère Lion et un autre enfant dont la maman attend avec moi, du coup. Cette dernière est accompagnée de son autre enfant, je devine derrière de grandes mèches un petit garçon, en tout il ressemble beaucoup à sa mère, tous les deux très souriants. C’est bien d’être souriant, mais eux sont très, très souriants. Trop souriants.

L’enfant transgenre doit avoir 3 ans et véhicule une lourde odeur de crotte. J’essaie de croiser le regard de sa mère mais l’odeur semble n’indisposer que moi. Je prendrais bien le parti de partir, hélas mon fils n’a pas fini de faire tchou tchou. Je prends celui de respirer avec la bouche.

Pour occuper le temps et conjurer la malédiction du sourire qui pèse sans doute sur sa famille depuis des générations, la maman se met en tête d’instruire son enfant. C’est d’abord une leçon de numération : « combien ça fait 3 plus 5 ? ». Ambitieux pour un enfant de cet âge. Nous nous plaignons souvent, nous les enseignants, que les parents ne stimulent pas les apprentissages de leurs enfants une fois la classe finie. L’addition dès 3 ans, c’est fort. L’enfant baragouine un truc, « gneu gneu », peut-être se plaint-il d’en avoir plein le derrière, ce qui est le cas à vue de nez. La mère s’énerve : « bon, combien ça fait 3 plus 5 ? ». Il baragouine encore. « Ca fait 35, je te l’ai déjà dit ! » La mère n’est pas satisfaite, son petit cacatoès ne connaît pas ses dizaines. Je continue dans mon très for intérieur de penser que 3 et 5 font 8.

Malheureuse avec les chiffres, la mère digne tente sa chance ou plutôt celle de son enfant avec les lettres – il fera un bac littéraire. « C’est quoi cette lettre ?  – Gneu gneu. – Non, c’est un A ! Et celle-là, c’est quoi ? –  Gneu gneu. – Oui, un E ! »

Cette femme devrait se dispenser de dispenser de l’intelligence mais elle tient à sa revanche – c’est à présent une leçon de couleurs. Les couleurs, à 3 ans, là, facile. La maman tend à son enfant de plus en plus souriant un livre à la couverture jaune. « Il est de quelle couleur ce livre ? » L’enfant cherche, cherche encore, c’est une attente pesante comme une odeur malvenue et bien placée.

Le verdict tombe : « gneu gneu ».

Alors la mère change de méthode. Que 3 + 5 ne fassent pas 35, passe encore, que les consonnes sonnent con, bon, mais là c’est la goutte de je ne veux pas savoir quoi qui fait déborder tout le reste et, d’ailleurs, c’est la fessée. C’est la pédagogie freinée.

En général mais ce n’est que mon avis, les fessées font pschiit. Là, elle fait splash, je vois du soulagement dans les yeux de cet enfant comme on voit midi à sa porte : sa mère va peut-être enfin changer sa couche.

Mais il n’y a pas pire qu’un pédagogue en défaut. La maman ne sourit plus du tout. Nous basculons fatalement dans un tout autre registre.

« Quoi ? T’as ch…? Tu te fous de moi ? Tu fais ch… »

Voilà, ils s’en vont, la mère tire l’enfant épanoui par le bras, il m’adresse un dernier sourire. Et puis l’autre porte du cabinet s’ouvre. Mon fils sort, l’air égal.

Nous rentrons main dans la main. Je lui raconte cette histoire : le petit garçon qui avait fait dans sa couche, sa maman qui lui posait des questions qu’il ne comprenait pas, la fessée.

Comme Grand Frère Lion ne répond pas, je lui demande ce qui le tracasse. Il s’agit des séances d’orthophonie. Il ne veut plus y aller. Passer une heure à faire tchou tchou, ben lui aussi, ça lui fisse le moral dans les saussettes.

Le calendrier de l’Avent – Blog de Papa Lion

Le poète si classe de la classe en face suggère qu’il y ait un Avent et un après, je l’aime beaucoup mais comment aller de l’Avent quand on est malgré soi et à père pétuité porté par le vent de face de la nostalgie ? Dans ce métier, il faut bien trouver une petite musique douce quand les notes sont si mauvaises. Je regarde en face ces regards de l’enfance, je m’enfonce. Ils sont las, là, attendant là qu’on leur serve de la connaissance en échange d’un moindre effort. La fatigue me fait confondre la bêtise et certains enfants. La nuance est ténue : à ses souhaits je m’évertue à trouver des circonstances atténuantes et ne pas les mélanger.

Mes enfants, mes enfants à moi, ceux dans ma maison, je leur lis ça, tous les soirs de l’Avent :

Le gamin avec les cheveux bleus c'est Tilipop. Le gros barbu, en revanche, jamais vu.

Le gamin avec les cheveux bleus c’est Tilipop. Le gros barbu, en revanche, jamais vu.

Ca m’adoucit. C’est une bonne vieille histoire de Noël avec un garçon aux cheveux bleus, ce qui n’est pas courant, et qui porte un prénom bizarre, ce qui tend à le devenir. Il est tout seul abandonné et y’a un type avec un nom bizarre aussi qui le recueille chez lui, c’est un type très seul qui a eu la drôle d’idée d’habiter au dernier étage d’un immeuble très haut et qui contient 25 appartements, vous voyez le genre ? Le genre d’Avent, gaz à tous les étages, j’ai essayé d’expliquer ça à mes élèves aujourd’hui, les immeubles haussmanniens, ils m’ont dit qu’ils s’en foutaient puisqu’ils n’habitent pas à Paris, j’ai trouvé ça bête alors je leur ai fait lire Le Dormeur du val puisqu’on est globalement dans cette époque, ils m’ont dit qu’ils s’en foutaient puisque la guerre est finie, je leur ai dit que c’était l’heure. Ils étaient intéressés. Je ne vois pas le rapport, pardon : l’immeuble de M. Papo c’est encore avent Haussman, l’immeuble tient encore à peine debout, il ne tardera pas à se faire exproprier ce pauvre Papo. Je pense qu’il tiendra jusqu’au 25. S’il se fait virer avant, Tilipop sera à la rue et, ça, Bébé Lionceau ne le supportera pas.

Chaque soir depuis lundi dernier nous lisons l’épisode du jour. Le sujet est entendu, bon, hein, c’est Noël : par la grâce de cet enfant arrivé de nulle part (je n’ai pas dit tombé du ciel, c’est Bayard mais tout de même), Monsieur Papo qui n’est pas habitué aux enfants se voit contraint et contrit à taper à la porte de ses voisins. Lesquels lui apprennent la musique, le tricot, la peinture, le chocolat. C’est Noël.

Y'a pas que moi qui marchande le sommeil : voyez plutôt l'état de cet immeuble.

Y’a pas que moi qui marchande le sommeil : voyez plutôt l’état de cet immeuble.

Alors chaque soir avant l’extinction des feux mon petit amour ouvre les cases du calendrier fourni avec et qui, punaisé dans le couloir à parfaite équidistance de la chambre du grand et de celle de la petite, représente l’immeuble fable de ce monde affable et dont on ouvre les fenêtres et les portes, comme Monsieur Papo, jour après jour. Bébé Lionceau monte pour bien y voir les deux marches de l’escabeau que son grand frère lion lui tient obséquieusement. Les enfants voyagent dans cet immeuble fantastique pourvu de cases à tous les étages. Chaque détail à deux de cette illustration A3 compte : le grand escalier calimaçonnant, l’écharpe interminable de Papi Tricotin. La boîte à lettres bien mystérieuse de la case 12, plus que quatre jours à présent.

Finalement c’est un peu comme Monsieur Papo : ils me font du bien, les enfants dans ma maison.