Le blog de Papa Lion

un blog de papa pour les jours de pluie

Le blog de Papa Lion - un blog de papa pour les jours de pluie

J’aime le biogaz et les orthophonistes

Capture d’écran 2015-05-09 à 21.28.59Il arrive hélas que les Grand Frère Lion parle comme une mitraillette un peu grippée et c’est d’autant plus dommage que je boirais bien ses mots comme du petit lait bio mais il faut parfois interpréter ou s’aider du contexte. Or c’est souvent hors contexte, comme lorsqu’il profite du moment où je lui propose de se resservir de haricots verts pour m’adresser à tire l’haricot et avec des morceaux encore plein la bouche ce qui n’aide pas : « Tu savais que les déjections de porc pouvaient être transformées en biogaz ? ». Quand tout va bien je lui fais répéter mais à table on ne parle pas la bouche pleine alors je lui demande de la fermer, je ne lui dis pas comme ça mais c’est l’objectif, qu’il ferme sa bouche, pour manger et puis il dira après mais après en général après il ne se rappelle plus et nous ratons une bonne occasion de parler biogaz. Et lui de m’instruire.

Il faudra retourner voir l’orthophoniste, j’écrirai au sujet de l’orthophoniste et cette fois je serai moins farce que la dernière parce qu’on m’a reproché bien des choses, la dernière fois. J’ai promis que je dirais du bien des orthophonistes et je ne pointerai pas du doigt la maman qui donne une fessée à son enfant parce qu’il a fait dans sa couche et ne connaît pas à trois ans ses nombres à deux chiffres. Sans quoi on me reprochera de manquer d’humanité, de ne pas prendre en considération les troubles neurologiques de mes voisins de salles d’attente et de me croire plus intelligent. Pourtant c’est la vérité, je suis plus intelligent que cette maman qui tape son enfant parce qu’il a fait dans sa couche.

J’aime tous les orthophonistes, tous sans exception, voilà c’est dit.

Nous retournerons voir l’orthophoniste, enfin non sans doute une autre, et Grand Frère Lion articulera, dis-moi gros gras grand grain d’orge, quand te dégros-gras-grand-grain-d’orgeras-tu ? Nous en rirons ensemble de cette époque où l’enfant n’était pas complètement compréhensible. Il éveillera ma sensibilité aux biogaz et aux déjections de porc, ce sera fluide et enrichissant.

Mais ce ne sera plus comme avant. Con comme je suis, il est probable que je regrette le temps de la mitraillette. Mais enfin c’est comme ça.

Les choses qui ne s’oublient pas – Blog de Papa Lion.

papalion1On pensait en avoir fait le tour et Grand Frère Lion nous surprend encore, cet enfant ne faisant décidément pas les choses comme tout le monde, ce qui ne signifie en rien qu’il fait mieux, ça non, mais de façon plus bizarre assurément. Prenons l’adage qui dit que la nage c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas. Bon, la nage, Grand Frère Lion l’a oubliée. Pistoche printanière et humeur primesautière, la prime aux sauteurs qui font des bombes et qui, par conséquent, s’éclatent. Oui mais vient le moment où le papa relou veut un retour sur investissement : j’aimerais le voir nager puisque c’est cela qu’il est censé apprendre tous les mercredis après-midi avec ma copine Cloclo, la plus sympa des maîtresses nageuses.

Il rechigne et replonge, j’insiste : je veux qu’il nage, il n’entend pas car il est sous l’eau. Je le chope par le slipou et lui rappelle quand même que je consacre une heure de mon temps chaque mercredi (dix minutes en vrai) à le conduire jusqu’à la piscine, alors QU’IL NAGE.

Il consent avec largesse à m’offrir une longueur, je l’embrasse, cool eh ! Il est temps : brasse coulée.

Là, c’est le choc, le sketch, le scotch, le qu’est-ce : Grand Frère Lion nous fait une longueur de brasse coulée mais en ne sortant la tête pour respirer, enfin nous pensons que c’est pour cela, qu’à la fin de chaque série de cinq brasses. C’est violent, ça n’avance pas vite et le raffut à chaque fois qu’il se décide à reprendre de l’air fait penser qu’il pratique l’apnée. Roberto, mio palmo !

C’est n’importe quoi.

Cloclo, faut qu’on parle.

Un peu plus tard dans l’après-midi, je vérifie quand même qu’il se rappelle le vélo. Ah ça le vélo, il se le rappelle. Nous partons en virée dans les vignes mais il faut auparavant traverser le village. C’est la première fois que je l’emmène à vélo faire une vraie, grosse promenade avec moi. Nous partons faire la balade que nous avons faite cent fois lorsque je pouvais encore l’asseoir sur le petit fauteuil jaune à l’arrière de mon vélo. Je m’abstiendrai pour une fois d’évoquer le temps qui passe.

Je me souviens qu’enfant, quand je faisais du vélo avec mon père, il se retournait toutes les trente secondes pour vérifier que j’étais toujours là. Je trouvais ça débile et dangereux. Bon, je me retourne toutes les trente secondes pour vérifier que Grand Frère Lion est toujours derrière moi. Il est super content. Je crois en vérité que je ne l’ai jamais vu aussi content. Je lui recommande de fermer la bouche, tout de même.

Nous sommes à présent dans les vignes, nous sommes les rois et slalomons entre les nids de poule et les crottins de cheval. La route est balisée, nous allons au pont romain, Grand Frère Lion s’exclame que c’est génial, le vélo. Il le répète une dizaine de fois : Papa, c’est génial, le vélo. Je le laisse filer devant moi : je crois que je n’ai jamais vu cet enfant aussi fier, et il faut reconnaître qu’il a fière allure, sur le petit vélo rose emprunté à sa cousine, avec son casque de travers et son bas de pantalon coincé dans sa chaussette.

Le salapin – Blog de Papa Lion

Sopalin - Blog de Papa Lion

Longtemps Bébé Lionceau a demandé du salapin et les grosses ficelles de la tendresse de répétition fonctionnent toujours, nous avons toujours trouvé ça mignon de nous entendre demander du salapin : nous n’avons jamais fini de nous attendrir, tous les trois, de la langue si bien pendue qui fourche. Un morceau de salapin pour la petite princesse pour s’essuyer le yaourt autour des lèvres, du yaourt un peu plus étalé autour d’un grand sourire et des tâches de rousseur.

On voudrait qu’elle dise salapin toute sa vie et la Société du papier de lin pourrait en faire un instant de vie publicitaire pour vendre du sopalin partout autour du monde avec ces mots d’enfant et cette tronche d’amour, le salapin c’est la plus belle des tronches de vie et c’est assumé avec de toutes petites dents blanches et un sourire yaourt jusqu’aux oreilles. Je lui déroulerais des rouleaux entiers de salapin juste pour le plaisir et tant pis si c’est gâcher : ce ne sera pas gâché.

Mais les mots d’enfants sont aussi éphémères que le printemps qui les tient, tiens, et le temps les avale à pleines dents : un jour, demain, Bébé Lionceau demandera du sopalin. Elle s’essuiera les faubourgs de sa toute petite bouche et puis elle ne demandera plus rien. Un jour, Bébé Lionceau cessera aussi de se tordre la chenille, elle ne transpirera plus de soif et elle aura cessé de demander qu’on lui laisse la lumière de l’électricité. Nous vivons sur nos réserves.

Mais enfin le temps prend parfois son temps. Ce matin, c’est du salopin qu’elle nous a demandé pour s’essuyer la bouche. Nous avons ri de ce petit sursaut de sursis.

Après l’école – Blog de Papa Lion

crayon1Faire le pied de grue devant la porte de l’école me fout le vertige autant que le bourdon, bref on finit par ouvrir et j’entends une voix suraigüe qui clame « Pistermaaaan, le roi des bananes », je me dis que les gamins sont vraiment atteints de nos jours quand je reconnais ma fille qui singe l’araignée, bras en l’air façon Mandela volant, spider power, je maudis le comique qui a inventé les comics et le carnaval. Nous patientons : Grand Frère Lion aura oublié son pull quelque part. Il a en effet oublié son pull quelque part et d’ailleurs ne l’a pas retrouvé du reste il dit que ce n’est pas grave, il prend cela par dessus l’épaule et moi son cartable sous le bras, c’est habituel alors c’est égal, nous longeons le trottoir en nous racontant nos journées respectives et ça, par contre, c’est inégal, leur journée d’école terrassant la mienne dans ce qu’elle présente d’intérêt pour celui ou celle qui la raconte autant que pour celui qui l’écoute. Machin et machin se sont cognés dessus à la récré et Grand Frère Lion n’a pas compris pourquoi, Trucmuche a tiré la langue à Bébé Lionceau et ça Bébé Lionceau sait pourquoi : c’est parce qu’elle lui avait tiré les cheveux et je suppose qu’elle avait une bonne raison de le faire enfin j’espère enfin je m’en fous puisqu’elle a le droit puisque c’est ma fille. Nous posons les manteaux et passons au goûter, mon fils et moi ne disons plus grand chose car nous avons la bouche pleine mais Bébé Lionceau, elle, continue de parler, ce n’est pas très joli, nous distinguons parmi ce qui sort de sa bouche des bribes d’histoires de Pisterman et pas mal de brioche alors Grand Frère Lion invite sa sœur à faire descendre tout ça dans son œsophage, je leur demande de sortir de table et se laver les mains, je leur dis de se laver les mains, je leur dis de se laver les mains, je leur dis de se laver les mains, je finis par leur crier de se laver les mains et j’emmerde la parentalité positive. J’interroge le cahier de liaison mais lui aussi est resté à l’école, peut-être avec le pull, enfin bon, du coup je fais mon devoir qui est de faire faire les siens à Grand Frère Lion pendant que sa sœur me demande sans vraiment dire s’il-te-plaît un coloriage Pisterman. Je redescends lui en imprimer un, je taille une bavette avec le chat et un costard de taille au taille-crayon qui me taille des croupières à mesure que s’y coincent des éclats de mines. Les crayons, je les rends tout petits à ma toute petite qui oublie de me dire merci. Mais comment les parents éduquent-ils leurs enfants ?

Je respire un peu pendant les devoirs et prends le temps de rêvasser. Grand Frère Lion récite une fable affable selon laquelle on a toujours besoin d’un plus petit que soi. J’observe mes deux petits rats. Je lirais bien tout La Fontaine, je regarderais bien l’intégrale de Spiderman, mais c’est déjà l’heure du bain.

L’écharpe – Blog de Papa Lion

hello-kittyIl se trame de ces grands drames dans la vie de la petite dame. A son grand dam et son corps défendant descendant les escaliers, en larmes, du petit bois dans le petit doigt, la fillette en rajoute un peu : c’est horrible à l’en croire. On avait promis de lui faire partir son écharpe et on a oublié ; elle, non.

« Vous aviez promis de m’enlever mon écharpe. »

Nous vérifions : elle est en chemise de nuit, flanquée de sa Kitty floquée à l’endroit, petits pieds nus, gambinettes dodues et doudou au taquet, l’entêtée de la tétine est sapée pour la nuit. L’écharpe échappe à notre vue. Nous faisons répéter.

« Vous aviez promis de m’enlever mon écharpe. »

Mon petit doigt me dit que le petit doigt qu’elle nous montre est le théâtre d’un tempêtant et intempestif accès de douleur. C’est cette fameuse écharde dont on a parlé pendant tout le petit-déjeuner puis plus du tout jusqu’à là et qui, visiblement, n’est pas partie tout seule dans la journée, contrairement aux prédictions de son papa maugréant la bonne parole et bottant en touche de bon matin.

On voit en cherchant fort et en voulant bien le voir pour faire plaisir un petit bout de quelque chose dans le doigt. On met de l’eau chaude, on savonne, on prend un instrument de torture et la fillette s’arme de tout son courage car on prévoit que cela fera mal même pour les grandes filles. On feint d’extraire le corps étranger du petit corps familier et c’est à la poubelle que finissent l’écharde microscopique et les kleenex.

Soignée, rassurée, régénérée, heureuse, triomphante, Bébé Lionceau remonte dans sa chambre. Ma grande m’en fait prendre pour mon grade : « tu vois Papa, elle n’est pas partie toute seule pendant la journée, l’écharpe ».

Je reprends mon travail mais pas bien longtemps car des petits pas se font à nouveau entendre en haut des escaliers. Je pense à Paul Valéry (ça ne m’arrive pas souvent) : Personne pure, ombre divine, / Qu’ils sont doux, tes pas retenus ! Je ne pense pas très longtemps à Paul Valéry tout de même car ce sont vite des pas d’hippopotame. Il faut dire que c’est urgent, comme tout ce qui vient de Bébé Lionceau passé 8 heures le soir quand elle se sait non grata et qu’on peut se gratter pour avoir la paix, passé 8 heures le soir ou au milieu de la nuit quand il faut bien trouver une bonne raison de ne pas dormir juste pour voir s’il y a encore du monde en bas, que ce monde tourne rond et que ce monde l’aime encore, alors je pense à Muriel Robin (ça m’arrive plus souvent de penser à Muriel Robin) : Moi, à quatre heures du matin, je n’aime personne : JE DORS.

Quand je pense à Muriel Robin je pense à mon frère et quand je pense à mon frère je souris. Alors je souris.

Je m’enquiers quand même de l’urgente urgence. Cette fois, Bébé Lionceau transpire de soif. Je cours chercher un verre d’eau. Il était moins une.

Neuf heures moins une. Allez, cette fois-ci, goodbye Kitty.

L’hippocampe – Blog de Papa Lion

hippocampeGrand Frère Lion faisait une drôle de tête en descendant le perron de l’école et je me suis dit que c’était quand même joli les perrons devant les écoles et qu’il devait bien il y avoir une raison à cette drôle de caboche alors je lui ai demandé ce qui n’allait pas et ça a pris du temps. Sa petite sœur a voulu lui changer les idées en partageant celle qu’elle a fixe depuis quelques jours et qui prend de l’envergure à mesure que l’échéance approche : « demain j’ai quatre ans, demain j’ai quatre ans ». Ca n’a rien changé à la tête de celui qui faisait la tête. Sur le chemin du piano, je répétais en ostinato ma question : qu’est-ce qui ne va pas ? Je voulais qu’il me dise, pour lui, parce qu’on ne joue pas « J’ai mis de l’eau dans mon cerveau » avec une idée noire dans la tête, et aussi pour moi parce qu’il me faisait de la peine et que s’il y avait eu un problème à la récréation avec un tel ou un autre tel il était encore temps de régler la question avec un père ou un autre père devant le fameux perron de l’école.

Ca a mis du temps à sortir, un problème à l’école ? avec un copain ? un souci avec Papa ? avec Maman ? avec Bébé Lionceau ? Ni l’un ni tous les autres. J’étais partiellement rassuré, mais alors ?

Nous arrivions au piano et j’ai enfin su : c’était au sujet de la médiathèque où ils sont allés chercher des livres. Il lui fallait impérieusement un ouvrage sur les hippocampes. Il n’en a pas trouvé et la bibliothécaire s’est un peu foutue de lui. C’était ça, la grande contrariété. Je l’ai laissé à sa peine et sa prof de piano après avoir expliqué à cette dernière que son petit élève serait probablement moins performant aujourd’hui en raison d’une humeur d’hippocampe. J’ai promis à mon fils que je trouverais à la librairie un documentaire sur l’étrange poisson cheval. Ca tombait bien car Bébé Lionceau attend un livre sur les chats pour son anniversaire.

A la librairie, on s’est un peu foutu de moi. Pléthore de livres sur les animaux domestiques et rien sur les animaux d’eau mystiques. J’aurais dû taper mon scandale mais j’ai remercié poliment.

J’étais dans mes petits souliers en récupérant mon petit soliste qui n’a pas manqué de me demander vivace si j’avais trouvé. Je n’avais pas trouvé et nous en serions quitte pour une recherche sur Internet. Nous sommes allés sur un site pour le moins documenté et ça a fait la farce. « Ah tiens comme c’est drôle on peut cliquer sur habitat », « oh dis il a une queue préhensile, l’hippocampe, mais c’est quoi une queue préhensile ? ». J’ai recommandé de chercher préhensile dans le dictionnaire et Grand Frère Lion est enfin parti à la douche avec des milliers d’autres questions sans réponses ; j’ai commencé à me demander pourquoi on me dit si souvent qu’il me ressemble, parce que moi, franchement, les hippocampes, je n’en ai rien à faire.

A table, Bébé Lionceau a reparlé à son frère de son livre sur les chats qu’elle aurait sans doute pour son anniversaire, il était assez intéressé parce que lui aussi il a eu quatre ans et ça a l’air d’être un chouette souvenir. Il a voulu lui parler des hippocampes mais ça n’a pas intéressé sa sœur. J’étais tout ouïe à leur dialogue de sourds : les préoccupations des uns et des autres rythment notre petite vie, j’ai gardé les miennes pour moi et leur ai assuré en les couchant qu’ils étaient décidément des gentils petits animaux.

Arrêter la pluie – Blog de Papalion

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« On ne va quand même pas dormir avec toi dès qu’il pleut » lui a-t-on dit la première fois qu’il a plu et lui a plu de venir nous le dire, comme si nous pouvions arrêter la pluie. Elle dort sous un velux et n’y dort plus dès qu’il pleut dessus.

Cette nuit j’étais seul et bien au milieu du lit avec tous les oreillers pour moi, ce qui s’apparente au nirvana. Je bavais sur les oreillers et ronflotait sereinement, enfin j’imagine. La porte s’est ouverte timidement, on a opposé à mon grognement hostile deux yeux tout ronds et la tétine s’est agitée dans tous les sens pour me parler météo et velux. J’ai demandé à ce qu’on regagne sa chambre tout de suite tandis qu’on s’allongeait à côté de moi.

J’étais furax et repoussé vers le bord du lit. Le nirvana m’a semblé loin. Ma petite emmerdeuse a mis au moins deux minutes à se rendormir, je n’ai plus refermé l’œil.

Je l’ai regardée dormir. Elle ressemble à sa mère. C’est sa mère en tout petit. Je lui ai caressé les cheveux une partie de la nuit.

J’ai ouvert les volets quelques secondes avant que le réveille-matin ne me serve à rien. La cour devait être détrempée et les pots que je dois remiser depuis le début de l’hiver et qui me servent de pluviomètres à défaut d’être rangés déborderaient sous peu.

La cour était pourtant parfaitement sèche.

J’ai regardé ma fille encore, je voulais la réveiller par vengeance, pour lui demander si ça la prenait souvent d’inventer la pluie et aussi parce qu’il était sept heures. Je lui aurais parlé avec une tétine pour qu’elle n’y comprenne rien et j’aurais fait l’exact contraire de ce qu’elle aurait grogné.

La reine des pièges était bien au chaud et déjà réveillée. Elle m’a souri et m’a sauté au cou.

J’ai un cœur mais pas celui de la gronder.

Forcer la nature aux forceps – Blog de Papa Lion

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S’il s’arc-boute à l’enfance c’est qu’elle lui est agréable. On lui recommande prudemment de prendre son temps et il freine des quatre fers : l’autre jour, des ratiches de requin dans sa mâchoire d’ourson et les dents de lait qui ne voulaient pas s’arracher. Il a fallu les arracher, on voit deux petites incisions en lieu et place des incisives et nous prions les dents nouvelles à présent que la voie est libre de sortir complètement. Ne pas faire comme les narcisses tout dégénérés du jardin (et qui nous remettent le couvert tous les ans).

Sa crédulité me laisse sceptique : pas la moindre question sur les origines de cette brave petite souris ni sur les raisons qui font que le chat lui laisse la vie sauve quand elle traverse notre chaumière. Cet enfant joue à l’enfant. Nous nous sommes posé la question des quenottes et les avons finalement cachées dans un tiroir du secrétaire. Saintes reliques au devenir incertain ! Un ménage aura raison d’elles, un jour, mais nous n’allons tout de même pas les fixer en pendentif.

On attendait les dents à racine depuis qu’on a appris en grande section qu’elles en auront et on finissait par s’inquiéter comme d’un printemps qui prend son temps. Il a fallu forcer un peu la nature.

C’est comme ça depuis le début : Grand Frère Lion grandit aux forceps. Tant mieux, ça me laisse davantage de temps pour le bader.

Parentalité positive, infantilité positive – Blog de Papa Lion

papalion1Je suis tombé sur un site consacré à la parentalité positive et j’ai mis du temps à me relever. Penser qu’ils moulent du blé sur le dos des enfants me donne la nausée. Ce sont des fiches pratiques à télécharger et on peut s’en procurer une première série gratuitement. Les autoproclamés « supers parents » (comment être en paix avec des gens qui accordent un adjectif invariable ?) dispensent avec le sourire et pas mal de suffisance un enseignement de bonnes intentions qui présente l’ignominie de se vouloir universel alors qu’il repose sur des raisonnements en creux et des portes grandes ouvertes. Gare aux courants d’air ! En outre, lorsque les parents parlent aux parents, il y a des relents de Révolution nationale qui piquent un peu l’esprit. En matière d’éducation, le « modèle » a encore le vent en poupe. Une certaine vision de la famille qui cache quelque chose et qui sent mauvais. Bizarrement, pas le moindre label pédopsychiatrique sur ce site de charlatans.

L’exaspération m’a pris dès que j’ai commencé à chercher les bonnes feuilles car tout est bon dans le cochon ; alors, au hasard des premières fiches gratuites :

« Je décris dʼabord ce que je vois ou ce que je ressens : pour commenter un dessin, au lieu de dire «oh, quʼest ce que cʼest beau !», il vaudrait mieux dire «Regarde toutes ces couleurs ! Et tous ces détails : le tube de crème et les lunettes de soleil…Ce me rappelle les vacances au bord de la mer ! Cʼest un bon souvenir ! »

Bon. Il faut bien des gogos. Mais laissez les enfants en dehors de tout ça ! (Mais il est exact qu’on ne dit pas « oh qu’est-ce que c’est beau ». On dit « oh, que c’est beau ».)

Comme les temps sont durs pour tout le monde, nous prévoyons nous aussi de mettre à l’encan notre savoir faire en matière d’éducation. Mais les bienheureux Coco et Cocotte de supers-parents.com sont déjà incontournables sur le secteur du conseil à la noix. Des glands qui vendent des noix, il suffisait d’y penser ! Nous allons du coup inverser le concept : nous nous adresserons aux enfants. Super-enfants.com (nous n’accorderons pas l’adjectif invariable car nous pensons que respecter les règles les plus élémentaires de grammaire est un premier geste bienveillant à l’attention des enfants). Le site de l’infantilité positive. Les fiches seront gratuites, sauf celles qui coûteront de l’argent. Pour peu qu’ils sachent lire, les enfants y apprendront que :

  1. Quand on n’a pas envie d’expliquer pourquoi, ben faut pas trop insister sinon on se fâche.
  2. Quand on dit que c’est parce que Papa ou Maman l’ont décidé, ben ça suffit comme raison.
  3. Quand on ne s’enthousiasme pas pour tel ou tel dessin foireux, ben c’est qu’il est foireux.

Je crois qu’à force de donner la leçon aux parents, on oublie de la donner aux enfants. C’est préoccupant.

La récréation – Blog de Papa Lion

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Je traîne des pieds et ma grande silhouette d’enseignant mal luné pour aller voir Rayan qui, selon Kevin, a tapé Lohan vers l’aine, ce qui expliquerait selon Sami les sanglots longs des violents de l’hiver sans pour autant justifier selon moi qu’on ait co-missionné pour la commission Kevin et Sami. Il y a les élèves qui observent la scène comme des badauds un accident de voiture au carrefour. Ou à Carrefour. Il y a aussi ceux qui s’en footent et je les envie de jouer plutôt de ce crochet là. Rayan me voit venir à mesure que je m’approche de lui. Ce matin, ma tête va comme un lundi. Sa tête à lui, j’en ai déjà marre, dis.

– Rayan, tu m’expliques pourquoi Kevin me dit que tu as tapé Lohan ?

– Parce que c’est une balance.

Je feins de ne pas de comprendre ce que ce lourdaud de Rayan veut aux pèse-personnes et le somme de ne pas se soustraire à mon interrogatoire multiple de commissaire divisionnaire. C’est tout le programme de calcul du CM1 en une poignée de secondes, il faudrait plus d’une vie pour Rayan. Il voudrait me choper par les sentiments, je le chope par le bras et simplifie la consigne :

 – TU M’EXPLIQUES POURQUOI T’AS TAPE LOHAN ?

Rayan réfléchit à moins qu’il essaie de se souvenir, en tout cas il fronce un peu les sourcils et puis, d’un ton à l’huile comme il sait faire pour me mettre en boîte, il m’explique enfin.

-Maître, j’étais tranquillement en train de jouer à la kalash, je visais Lohan…

J’ai les oreilles qui me piquent et l’on n’a jamais autant entendu le mot kalashnikov dans les cours de récré que depuis le 7 janvier dernier. Je me revois parler des attentats avec les élèves. Certains n’ont retenu que ce qui les a le plus intéressés.

Je regarde avec mépris Rayan et lui demande de s’assoir et de réfléchir. Cette punition pourrait paraître laxiste. S’assoir et réfléchir constituent au contraire un impitoyable châtiment auprès de Rayan.

Et puis pour me récréer à mon tour, je pense avec tendresse à Grand Frère Lion. Ce matin, fi du lundi mais hérédité désoblige, mon fils s’est levé avec le sourire. Fini les récrés à regarder les CM2 jouer au foot : la maîtresse a autorisé une poignée d’élèves à apporter un petit jeu pour occuper le temps de récréation intelligemment. Alors je suppose qu’à la même heure Grand Frère Lion récrée à deux, à trois, à plusieurs, qu’il joue aux sept familles avec ses poteaux, adossé à un de ceux de la salle de musique où lui a été accordé le droit de jouer aux cartes. Loin des gars lâches à kalash.

Un droit bien accordé dans une salle de musique sonne forcément juste et ça, ça m’adoucit les mœurs.