Dilili à Paris – Blog de Papa Lion

Dilili
Dilili est heureuse de faire de la corde à sauter.

On a vu Dilili à Paris, à Montparnasse pour être précis. J’étais avec mon fils et nous visitions la grande ville, devisions de la Belle époque et des verrières Art nouveau, alors je lui ai dit « allons voir le dernier Ocelot ».  Surtout, il avait bien aimé Kirikou nous avions deux heures à perdre ;  nous avons décidé de les gagner. Il ne confondrait plus Montparnasse et Montmartre, mon sacré petit cœur.

J’ai peu de souvenirs de Kirikou sinon qu’il n’est pas grand mais vaillant ça oui. Les élèves l’adorent. A mon avis c’est parce qu’il est toujours tout nu. Je me rappelle une grande sorcière qui lui cherchait des noises. J’ai vu plus récemment Ivan Tsarévitch et la princesse changeante, avec mes enfants puis avec mes élèves puis de nouveau avec mes enfants. Il y avait quatre contes en un et comme j’y suis allé trois fois j’ai vu douze contes en trois. C’était formidable, pas du dessin animé pour les gens qui rient fort et qui ruminent le pop-corn, oh ça non, c’était plutôt de l’artisanat, du home made, du man made, et même du self-made-man made à en croire Michel Ocelot qui avait eu la bonne idée d’assister à une des représentations à Nîmes pour nous en expliquer les ficelles en fin de projection : des bouts de ficelle, justement et, à l’en croire, trois chutes de papier, une paire de ciseaux, une chambre noire, un peu d’imagination, de bonne volonté, du talent, un cousin éloigné de Kirikou et paf, dans la boîte.

Nous venions de monter à l’arc de Triomphe, mon fils était de plus en plus titi, à la nuance près qu’un gamin qui colle son visage à la lunette avant des rames de métro automatique est forcément touriste. Mais je cultive sa culture. Dilili : j’étais enchanté, j’étais heureux de vous rencontrer. J’ai beaucoup aimé que Monsieur de Toulouse-Lautrec soit de la partie : cet été, ces deux-là n’avaient pas été très copains.

Réconcilier mon fils avec Monsieur de Toulouse-Lautrec

Dilili n’est pas grande, mais elle est polie. Avec les grands d’il y a cent ans et avec les petits triporteurs. C’est fin. La kanak n’est pas canaille. La caldoche en a plein la caboche. Nous visitions Paris et nous l’avons revisité avec Dilili, Paris revisité au goût du cinéaste : l’inconfortable triporteur faisant office de bus touristique et cahotant sur les pavés nous a bien promenés. Double lecture, pour les pas grands et les plus grands, et des procédés ciné confondant l’image et la photographie. C’était mieux que Paris, c’était la très Belle époque.

Mes enfants sont retournés voir Dilili, à Nîmes, avec leur maman. Mon fils l’a donc vu deux fois. Il aimerait y retourner. Il est amoureux de Paris. Il est amoureux du cinéma de Michel Ocelot. Je crois qu’il est amoureux de Dilili.

Depuis, ma fille est heureuse de me rencontrer dix fois par jour. Sa licorne aussi, son ours pareil. Ils sont tous heureux de se rencontrer et font la révérence. Monsieur Ocelot : « C’est extraordinaire. Quel bonheur d’être avec toi dans ton triporteur. »

Padam Padam Paname – Blog de Papa Lion

On a passé trois jours pleins en plein Paris, on ne va pas se plaindre. On a laissé la voiture près de la gare, Bébé Lionceau était inquiète, elle avait peur qu’on lui pique ses vignettes de supermarché, il en faut 52 pour avoir pas cher (à vérifier) un couteau aztèque, elle avait peur qu’on se fasse braquer la caisse pour des vignettes donnant droit à un couteau aztèque, alors elle a caché les vignettes dans le vide-poches qui contient eu égard à sa fonction tout ce qu’ont contenu toutes les poches de mes proches depuis 10 ans.

Le voyage, allez, s’est plutôt bien passé. Nous voilà à Paris. On s’est régalés. J’ai vu mes parents mon frère ma nièce et 10 millions d’autres personnes, c’était bien. On est monté à l’Arc de triomphe et on a descendu la Grande Armée, c’étaient les montagnes russes qu’affectionnait tant Napoléon. On a crapahuté, c’était bien, main dans la main. L’un avec ses grands-parents, l’autre avec moi puis vice-versa. On a vu le lapin du métro et le lion de Denfert. On a vu le petit chat des tontons et l’autre petit chat des tontons. On a cru mourir quand j’ai voulu rentrer à pied. On s’est amusé au Musée. Mon fils a dénombré les voitures aux moteurs hybrides.

Vingt ans à Paris, vingt ans loin de Paris. Je suis hybride. Mais les bouffées de thermique ont le bon goût de l’ancien.

Dans le train, le cœur déjà à la maison. Le voyage, retour, se passe dans l’autre sens. Je suis dans celui de la marche. On se tire. On se tire le portrait.

Portrait tiré. Porc traits tirés. Port très tiré.

Gare de Lyon, l’amateur qui aurait mieux fait d’en faire sa vie jouait Padam. Je n’y aurais pas prêté attention il y a vingt ans. Aujourd’hui j’entendais Paname. Ca doit être normal !

Dans le train encore, ma fille dessine un smartphone. C’est un Aphone 15. Il coûte tout de même quinze mille millions d’euros. Elle a téléchargé des explications. Une d’elle permet de télécharger des couteaux aztèques. Mais il manque toujours une vignette. Heureusement, arrivés à demeure ou presque, la voiture est toujours là.

Nouvel iPhone15. Mille millions d’euros. Une petite fortune. Sans les explications.
La preuve que c’est un vrai.

Jour après jour, nous complétons donc des collections.

Le portail qui n’ouvre pas grand chose – Blog de Papa Lion

Je me suis levé de bon matin et les enfants jouaient déjà à l’école des doudous dans une chambre, du coup j’ai joué à l’ « école de la confiance » dans mon salon en me connectant au Portail de saisie et de restitution des évaluations nationales (en vrai, le portail hébergé par Amazon mais qui dysfonctionne grave). Je suis un peu à la bourre pour saisir des évaluations de rentrée mais comme on les a eues en retard et que les élèves n’ont rien saisi et qu’elles ne servent à rien, les évaluations nationales, eh bien je ne me stresse pas trop. Les élèves, eux, étaient bien stressés quand il a fallu s’y coller. C’était écrit « Pour l’école de la confiance » sur la page de garde et on a reçu la consigne de bien leur dire qu’ils avaient le droit de se tromper et même de ne rien répondre s’ils ne savaient pas. Pour une fois, ils ont bien suivi la consigne. C’est pas mal de prévenir les enfants qu’ils vont se tromper, voire n’être capable de rien écrire. C’est « l’école de la confiance ».

« Peut-être que vous n’y arriverez pas. Ce n’est pas grave. Si vous ne savez pas, vous n’entourez rien et vous attendez que je lise le problème suivant. N’ayez pas peur, faites comme vous pensez. C’est important. ».

(Démerdez-vous.)

Il paraît qu’ils ont tout fait au ministère pour que les parents ne puissent pas se procurer le guide de l’enseignant pour la passation de consignes. Tu m’étonnes.

Ca nous a pompé une semaine de classe et de bonne humeur. Les élèves ont tourné les pages et n’ont pas vraiment compris pourquoi on leur imposait ça. Nous non plus ! Le temps des évaluations, il n’était plus temps de différencier, de manipuler ni d’encourager les réussites. Il s’est agi de se repérer tant bien que mal dans des formulaires A4 interminables et rigides jusqu’à la passation de consigne qu’il nous a été demandé de formuler verbatim, deux fois, à quinze secondes d’intervalle.

Le langage oral n’a pas été évalué. Ni la créativité des élèves. Ni leurs compétences motrices, ni leur santé, ni leur équilibre. C’est pourtant dans les programmes et ça vient du même ministère. On est en droit de s’interroger : le connard qui a conçu ces évaluations, il ne se foutrait pas un peu de notre gueule ?

Alors je me suis bourré le crâne (l’an prochain, la tronche) ce matin tôt, parce que mes enfants étaient pris par l’école des doudous et surtout parce que du lundi au samedi entre 8h et 23h, le serveur bugue. C’est rageant parce qu’on n’a pas envie de le faire, vu que c’est contre-productif et qu’on a aussi sa semaine à préparer et qu’on aimerait profiter de la vie, et bim ça bugue. Le fonctionnaire dysfonctionnant. On nous impose des outils dont on n’a pas envie et qui vont à l’encontre de l’intérêt des élèves, qui coûtent une fortune, qui engraissent Jeff Bezos et dont il faut faire remonter des données. Et puis ben…Ca bugue.

convivial et opérationnel, le Portail de saisie

A l’Education nationale, on recrute des guignols qui font inscrire sur les formulaires d’évaluation  « Pour l’école de la confiance », mais on n’est pas fichu de recruter un informaticien. Pas d’informaticien, pas de médecin du travail, pas de ressources humaines. Mais un Portail de saisie et de restitution des évaluations nationales (en vrai, le portail hébergé par Amazon mais qui dysfonctionne grave).

Et les publicités pour BMW ont remplacé Laspalès et sa Matmut sur France Inter ! Tout fout le camp dans le métier !

On lit sur l’écran « L’erreur suivant s’est produite : » ; mais on ne sait pas de quelle erreur il s’agit. C’est le même tarif pour les élèves. Ils auront tous fait des erreurs, mais je ne leur expliquerai pas lesquelles. J’aurai un tableau excel, un truc du genre, enfin je suppose. Je l’aurai peut-être au mois de janvier. On me dira alors que ce sera déjà l’hiver qu’à la fin de l’été, untel écrivait ses chiffres à l’envers et qu’il n’a pas identifié que lunettes finit comme pirates.

De toute façon, dans mon oreille à moi, en été comme en hiver, lunettes ne finit pas comme pirate mais comme planète.

Finalement, j’apprends que l’erreur qui s’est produite, c’est l’erreur 304. Me voila mieux. Je suis toujours bloqué.

Ca bugue et que ça re-bugue, même le dimanche matin, le Portail de saisie et de restitution des évaluations nationales(en vrai, le portail hébergé par Amazon mais qui dysfonctionne grave). Mais je ne me résous pas à me lever la nuit pour faire ça. Ils n’auront sans doute pas toutes les réponses de mes élèves, rue de Grenelle. Je serai mal évalué.

Je descends voir les enfants. Dans l’école des doudous, pas d’évaluations nationales. Le maître et la maîtresse ont l’air de bien s’entendre. Personne ne les empêche de travailler. D’ailleurs, à part Kiki qui est encore puni, les doudous ont l’air heureux.

Vacances à Albi – Blog de Papa Lion

On n’a pas hyper marché car il ne fait pas beau. C’est notre alibi. Nous sommes au supermarché d’Albi, dans le rayon dont on veut connaître tout un rayon, celui de la culture. Quoique tout soit question de nuance quand on est à la fois chez Michel et chez Edouard. J’arrête mon char : y’a pas mal de Girac (c’est un nom du coin) et très peu des autres. Mais nous cherchons plutôt de la lecture. Au coin des bibliothèques multicolores, les stéréotypes ont la vie dure : l’émotion est toujours aussi bonbon, l’aventure plutôt mentholée. Quant à l’étalon, il est forcément noir. Le veinard. Bébé Lionceau se demande bien quoi se fader, du rose ou du vert. Je pense très fort mon frère ! Je suggère à mon grand bébé de l’aventure pleine d’émotion, ou bien de l’action plein d’humour. Elle choisit finalement un documentaire.

Emprunté au blog « Fille d’album »

 

 

 

 

 

 

 

Et mon grand, mon petit, mon fils prodige, prodigue, spirituel et biologique: toujours à parcourir les rangées avec son doigt ; lu, pas lu, pas voulu, lu, pas lu, pas voulu. Le retour des troisièmes vacances du petit Nicolas volume 4 ? T’es gentil mais j’entre en sixième. Harry Potter ? T’es gentil mais ça fait peur. (L’essentiel étant que je sois gentil.) Je le sens perdu entre Renart et les calamars géants (sa sœur salive discrètement à l’idée qu’ils puissent être à la romaine). Il nage entre deux zoos et repart avec un bon. Un très bon, un voyage au centre de la Terre, pourvu qu’il forme la jeunesse. Quant à moi à qui il reste tant à lire, je change de rayon et même de braquet pour me planter devant les coffrets Girac . C’est un best-of ou l’intégrale ? Ca me paraît en tout cas surdimensionné. Je vais me dire qu’il a une bonne tête de con, ce Girac, quand mon bébé rien qu’à moi le reconnaît. « C’est Kendji ! » Oui ben quel tête de con. Je lui bouge les épaules au bel espagnol. Derrière, il y a un coffret de Claude François. Je le bouscule, il ne se réveille pas, comme d’habitude. Encore derrière, c’est Bénabar. Y’a des journées comme ça. Le « best of ». Vivement le best-off.  Pas trop envie d’entendre rimer pizza avec chipolata, je le cache derrière Girac. Je prends un Gainsbourg et un Brassens. J’aime bien les petits nouveaux.

Nous marchons quand même dans Albi. Visitons la cathédrale. Plantons devant le Jugement Dernier. Devant les sept péchés capitaux, audioguide à la main, main à l’oreille, je sens que Grand Frère Lion réfléchit. La gloutonnerie, c’est pas bien. Sa sœur appuie sur Pause, enfin sur Play, c’est le même bouton, ça la fait marrer de pouvoir téléphoner dans l’église. Elle me demande ce que c’est, la luxure. Je cherche le contrôle parental sur l’appareil.

Au Musée Toulouse-Lautrec, les enfants me mettent à l’affiche : ils sont hilares. Il n’y a pourtant rien de drôle bordel !

Nous rentrons au camping car il se fait Tarn. Dans la voiture, ma fille commence et termine son documentaire. Faudra y retourner. Mon fils choisit le CD de Gainsbourg, qui va et qui vient entre des reins et qui manifestement s’y sent bien. Il me demande pour chaque chanson ce qu’elle signifie, exactement. (Je regrette un quart de seconde l’immédiateté de Bénabar). Nous roulons, le ciel est lourd, la route est très belle.

Et puis Bébé Lionceau demande à son frère : « elle y est sur le CD Quand la musique est bonne ? », ; je me marre tant que j’en loupe l’entrée du camping.

C’est facile finalement de faire du pédalo sur la vague en rêvant.

Le Labo – Blog de Papa Lion

J’explique à mesure que nous approchons qu’un atelier d’artiste, c’est simple, c’est un atelier avec au moins un artiste. Au premier abord les enfants cherchent un lien avec la nuée de petits cœurs fluorescents virevoltant comme des insectes hyperactifs sur les murs du proche voisinage et tout cela précède notre entrée ; il y a la musique dans la rue, aussi. Ma fille est fan du beat actif. Mon fils est fin dubitatif. Elle a déjà franchi la porte de l’établissement, il hésite. Il se lance : il est venu voir Ivan.

Y’a des coeurs des papillons

C’est coloré, c’est pâte à mâcher mais violent, menthe poivrée, du street and strip art. Bruyant et bouillant. C’est brillant.

La lumière noire, déjà. Rien que ça. La lumière noire…C’est bien Ivan. Occis mais pas mort.

C’est comme si les enfants étaient attendus, des sodas sont tendus, mon fils se détend. Ivan entreprend la visite du Labo. Je baisse le volume pour qu’ils aient d’une chance d’entendre. J’espère qu’ils y comprendront quelque chose, qu’ils m’expliquent, parce que je ne suis pas sûr d’avoir tout bien compris. Les enfants font le tour plusieurs fois, y’a des Vénus velues et nues venues d’un peu partout. Celle de Milo l’était bien. Celles d’Ivan ont leurs deux bras, elles. Et qu’est-ce qu’il fait de tout ça ? demande mon fils. Ben. Ivan. Les enfants reconnaissent notre tableau, enfin celui d’Ivan, enfin non d’ailleurs c’est le mien à présent. Il est reproduit, ça me gêne mais quand y’a de la gêne y’a pas de plexi. Alors pas de gêne ici. Nous en cherchons un autre et je les charge de choisir.

Mes enfants poids plume étudient les nains en plomb. C’est ce soir plein de personnes de petite taille, le Labo. Ivan met mon fils à l’aise et aux platines. Ma fille s’empare d’un feutre luminescent et se tatoue LOVE sur l’avant-bras. Ca flashe et ça promet. Son sourire est extatique. Elle se met à danser, sa tête tourne pas mal, bienvenue au Labo, là où tu prends des couleurs surtout la nuit. J’ai Labo-nnement. Les discussions s’enflamment, l’atelier d’artiste entre en mode nuit.

Le Labo demande de l’énergie or les enfants faiblissent : nous saluons les copains, les inconnus, les nains, Barbie, Snoopy, le Christ, Bart Simpson et toute la faune. Mes enfants viennent de vivre une drôle d’expérience. Je les avais pourtant prévenus : il s’agit bel et bien d’un Laboratoire.

 

Les urgences – Blog de Papa Lion

Il faut reconnaître qu’il a un peu fait le con dans la salle de sport, rien qu’en y entrant. Quelle idée. Il n’en pratique aucun. Rien n’haltère le plaisir de faire semblant. Il fait le con avec sa sœur, se désaltère un brin et reprend la fonte, il prépare l’été ? Monsieur Lego lève l’haltère et go, l’haltère et son alter ego s’entrechoquent. Entre les deux, tandis que je bois l’apéro en haut, un doigt s’intercale et c’est l’éclate.

On hurle en bas. C’est tout rouge, le sang qui ne fait qu’un tour. Nous partons en toute hâte aux urgences d’Apt.

Dans la salle d’attente, que des gens en apparence bien portants. C’est important, nous passons devant, le lange d’ange rouge sang nous fait passer devant. Que s’est-il passé ? Ben, Madame, avec un haltère…Il faudrait faire un peu de couture, un point c’est tout. Un ou plusieurs. L’infirmière assure et rassure et réassure que tout ira bien. Pompe quand-même le gaz hilarant, je ne me marre pas encore. Il repousse le masque. Tous ces praticiens en Crocs, c’est bien la seule chose hilarante dans cet hôpital pas Hill-top. Arrive un urgentiste flanqué d’un foulard de pirate et percé de partout. Fêlé en gros. Je suis tout à fait rassuré. Qu’est-ce que t’as fait bonhomme ? Ben, des haltères tout ça. L’ange est pâle comme un linge. Le lange prêté à son insu par la petite cousine est imbibé. L’urgentiste allume la télé en toute urgence. Ce n’est pas bon signe. C’est Gulli. A cette heure, des ados s’inventent des histoires d’amour, je sens bien que mon fils s’en fout, il préférerait qu’on éteigne. Ca me rappelle ma première nuit d’hôpital, il y a bien longtemps. Je pleurais de douleur, mon partenaire de cellule regardait le Bigdil. Vincent, la grosse gaffe.

Il faut recoudre, mais d’abord l’anésthésiste doit revenir à l’hopital. Elle vient de rentrer chez elle mais n’habite pas loin. Je sens que je vais me faire engueuler. Elle anesthésie à même la plaie. Je tiens la main, enfin l’autre, je caresse tous les cheveux. Qu’ils sont clairs ! Les quatre premiers points s’alignent, je suis digne, mais au cinquième il geint. A jeun, je pâlis à mon tour, m’assieds aussi, mon fils me tient la main, ça va.

C’est fait c’est fête. Le pirate s’éloigne, nous éteignons la télé.

Nous rigolons un moment. Une très vieille dame passe sur un brancard. Il me demande où elle va. Oh ben ça tu sais…je ne sais pas.

La dernière phalange est une houppette. Elle était une houppette. Elle est en sale était. Refaire du piano ? Pas de suite. L’enfant encaisse. Réécrire ? Pas de suite non plus. L’enfant jubile. Tranquille la dictée, comprends-je. Nous partons, je l’attache dans la voiture, ce serait idiot tout de même. Je lui couperai sa viande, le laverai le bras levé, nouerai ses lacets.

Nous rentrons. Mon fils n’a pas faim mais il se ressert deux fois de ces bonnes pâtes au tonton.

Nous rentrons même chez nous. Rencontrons un ponte qui se fout un peu de moi. Je dois être nerveux. Le piano ? Il en rejouera dans un mois ! Les points ? Il faut les ablater. Trop d’ablabla, me dit cet homme-là. Je suis bien rassuré. Mais pour le sport, décidément, c’est mal engagé.

Le plus grand des petits – Blog de Papa Lion

Ca y est il nous la fait sa poussée de croissance. Il s’est resservi de pâtes l’autre jour, il ne s’était jamais resservi, sauf au goûter mais ça ne compte pas. Dix ans de bolognaise et enfin ça paie. Du coup je l’ai vu grandir d’un coup là, pschiit, oh le grand garçon. Plus tard, alangui allongé à croquer au niveau de ses Lego, toujours petit comme un Lego mais il m’avait l’air d’être une grande saucisse pré-adolescente, et vroum et vroum le policier Lego qui arrête les voleurs, comme quand il avait six ans sauf que les voleurs sont plus récalcitrants, dans son caleçon six ans, son pull huit ans, ses chaussettes Cars et son moi intérieur à lui qui, vu de l’extérieur, pousse bien un peu quand même. Faut pas pousser, faut qu’il pousse un peu !

 

Il est bien dans son format petit garçon, le plus petit de la classe mais la grande classe. Il se fait respecter parce qu’il a de bonnes notes, même si mon baby est nul au baby et qu’on ne lui fait pas trop la passe au hand. On le met dans les cages. Comme un animal sauvage mec ! Il a bien aimé cette blague. J’ai aimé qu’il l’aime.

 

Je l’ai toujours rassuré à propos de sa taille. Je lui ai dit que moi aussi j’étais petit quand j’étais petit. Ca l’a fait rire. Je lui ai dit que les petits, c’est les derniers qui sont mouillés quand il pleut. Ca l’a fait rire. Je lui ai dit que Lionel Messi aussi, il est tout petit. Il m’a demandé qui c’était. Il m’a demandé si Jules Verne aussi, il était petit. J’en sais rien moi. Même sur Wikipedia ils n’en savent rien.

 

Moi je suis grand. On est grand dans la famille. Je voulais le rassurer mais ça lui a mis la pression. Ca me fait penser depuis dix ans que je ne l’ai plus réécoutée à cette chanson d’un petit groupe français qu’on aimait bien : « ils m’font marrer bébé à dire que t’as grandi et qu’est-ce que t’as changé alors que t’es toujours tout petit ». Dans la cour, les copines de sa sœur aiment jouer avec lui. Elles jouent avec un grand, et en plus il est petit. L’aubaine. Il pourrait les envoyer bouler, mais il aime bien jouer avec elles aussi. Il aime bien être petit.

 

N’empêche, il s’est resservi de bolognaise. Faut dire que c’est bon la sauce bolognaise. Et puis ça fait manger des légumes. Un peu. Il mange aussi des poireaux, de la courge, des carottes, des courgettes pas de saison et des haricots toute saison. Merde, il fait tout ce qu’il faut, alors ça va venir, il va pousser, là, d’un coup.

 

J’aime bien les petits, ceux de ma classe je les protège, ceux qui sont tout minus, pas les bébés hein, les juste petits, je fais en sorte qu’il ne leur arrive rien. Ils me le rappellent. L’autre jour, on les a pris pour des jumeaux. Ils ont trois ans et demi d’écart. Faut dire qu’elle est grande, pour ne rien arranger, sa petite sœur. C’est mal fichu la vie. Faudrait pas qu’elle le dépasse, enfin on verra.

 

Il est tanqué en plus ! Mais petit. J’étais maigre et grand. Les chiens font des chats. Mon chat est espiègle et câlin, les chats sont des chats. C’est un chaton.

 

Je ne vais pas tirer dessus pour l’allonger, c’est comme ça. Je n’aurais pas aimé avoir une tige, ça fait con sur les photos de classe. Et puis je l’explose quand on fait la bagarre mais c’est pas souvent parce qu’il déteste les bagarres. Ca ne dure jamais longtemps et après il faut gérer sa sœur et là je n’ai pas toujours le dessus. « C’est nous qui font ce qu’on nous veut » jure-t-elle en l’air et en lançant l’assaut, genoux par devant, ma tête par dessous. Je la soupçonne de le défendre dans le cour. Au collège ça va donner. Il faudra briller aussi par les épaules mon gars. Le petit pianiste parmi les Soprano. T’as beaucoup lu mais t’as pas beaucoup poussé. Il va falloir te resservir un peu, l’été prochain. On s’apprête à manger pas mal de bolognaise.

Endémique – Blog de Papa Lion

J’aime davantage encore l’intimité de l’habitacle depuis que Grand Frère Lion s’assoit à la place du fort. Ca peste à l’arrière : on ne parle pas assez fort, on fait des blagues sans elle et s’il faut on fait des blagues sur elle. On réplique en parlant très fort pour la dame âgée à l’arrière qui rigole en général ou se met parfois à pleurer. Elle a hâte d’avoir dix ans pour se radiner à l’avant elle aussi. Elle se radinera et on sardinera, dans 3 ans, à l’avant.

Dans le Paradis Blanc qui n’a pas de lien de parenté avec Michel Berger, je bave devant les nems mais je prends des pizzas. Ils vendent du vin maintenant. Du vin picard et surgelé. Le monde déconne. J’achète pour trente balles de pizzas et on repart avec les macarons cadeaux.

Au retour, ça bouchonne pas mal avenue Jean Jaurès. On parle bien fort parce que j’aime pas quand elle pleure dans les embouteillages : les gens me regardent méchamment. Grand Frère Lion me demande quel est l’animal qui tue le plus de personnes en France, chaque année. Je ne m’appelle pas Google, je demande plutôt son avis à la spécialiste du monde animal. Spontanément, elle cite l’éléphant. Son frère la taille en pièces : des éléphants en France ! J’arbitre : il y en a bien dans les zoos, et si une paire d’entre eux a peut-être écrasé des petits enfants intrépides, ça ne caracolera pas en tête des statistiques. Je suggère que l’on cherche des animaux endémiques, alors Monsieur Je-sais-tout explique très approximativement ce que c’est, des animaux endémiques. Sa sœur rectifie le tir et pense aux lions, aux crocodiles, aux tigres. Nous stagnons, avenue Jean Jaurès.

Nous intermédons chérie FM, puis elle a trouvé et le dit très fort dans la voiture, nous sursautons. Comment ça s’appelle déjà, là, cet animal ? Ben, nous ne savons pas. Qu’elle développe un peu, qu’on sache enfin quel est l’animal qui tue le plus en France, chaque année. Mais si là, celui qui croque les fesses des gens ! Qui croque les fesses des gens ? On a dit endémiques, ma chérie. Mais si mais si, il est endémique : il croque les fesses des gens avec ses dents et il est endémique. On a dit pas les crocodiles ! Mais non pas les crocodiles : le gros là, comme un canard ! Comme un canard ? Ben oui mais avec des dents.

Nous cherchons mais elle trouve toute seule : l’oie ! L’OIE !

Ah oui, l’oie.

Avec ses grosses dents.

C’est pas la prunelle de mes yeux, la prunelle de mes yeux je m’en fous.

Nous nous foutons un peu d’elle. Pour dire vrai nous nous foutons beaucoup d’elle. Elle rit, et puis elle se met à pleurer, nous y sommes sans doute allés un peu fort.

Et puis ça roule enfin, nous rentrons, j’enfourne une pizza et ça roule enfin.

Premiers secours et compassion – Blog de Papa Lion

On peut crever tranquille.

Ma fille me dit que je peux tomber dans les pommes et qu’elle saura quoi faire, je n’ai pas très envie de claquer mais on insiste, alors avant de me laisser convaincre je me renseigne tout de même, t’inquiète me fait-elle comprendre, tombe dans les pommes et tu verras, je ne suis pas sûr de bien voir en tournant de l’œil mais c’est urgent alors je m’étale de tout mon poids sur un carrelage un peu froid et il faut reconnaître qu’ils les ont bien formés à l’école parce qu’elle garde son sang froid et me demande instantanément de faire le un-un-deux ; comme je ne suis pas en état de répondre, mon premier secours me prodigue les premières secousses : papa, réveille-toi, il faut vraiment que tu fasses le un-un-deux. Elle se fait du mouron à mesure que je me fais mourant : Papa, allez, fais le un-un-deux !

C’est perfectionnable.

C’est bien qu’ils apprennent ça ces petits, ils sauveront des vies c’est sûr. J’espère que ce ne sera pas la mienne. Mais si ça devait l’être j’aimerais que ce soit elle.

Depuis sa formation aux premiers secours ma petite infirmière est persuadée que je peux mourir à tout instant. Pas faux. Mais tout de même : mets ton casque, range le couteau, tourne le manche de la poêle vers le mur et sèche bien tes mains avant de brancher le mixeur. (Roule prudemment sur la piste recyclable). Faudrait pas porter la scoumoune gros bébé !

Dans la poêle dont le manche est dorénavant puni face au mur cuisent des lardons. C’est dégueulasse les lardons, plein d’antibiotiques et de colorants et de conservateurs et de gras. On y aurait décelé du porc. Mais les carbonara sans lardons c’est fade, ma secouriste veut bien les essayer, les pélardons dans les pates, elle confond tout, tout fond c’est con mais c’est bon. On carbone à ras. Le grand frère qui sait tout se met en évidence : Papa, tu savais que le Nil…ouaouh, il va m’en mettre plein la vue…ben le Nil…quand même, quelle tronche ce gosse…ben le Nil, est-ce que tu savais que c’est le plus grand fleuve…punaise il est bon…ben le Nil c’est le plus grand fleuve de France. Tu le savais ça Papa ? Le Nil, le plus grand fleuve de France ? Punaise, il est vraiment bon.

Ushuaia est encore au stade du gel douche. Mon intello déguisé en Kirikou chausse du 33 mais l’orteil touche le bon bout.

J’enlève les pélardons des pâtes à la plus rien du tout pour ma fille. Je géographise mon fils. J’éduque à la Dusnek, les sages sauront.

Nous jouons au ping-pong avec des balles couleur kaki qui depuis peu est orange. Ca doit être plein de vitamines ça, mais c’est dégueu. Je sors le tube d’acérola, je confonds tout moi aussi et nous rigolons beaucoup.

Mon fils va avoir dix ans. C’est là, demain, une semaine, dix jours et ça fera dix ans qu’il est tout petit. Paf. Je cours après le tant qu’il est petit. Comme il est encore tout petit il me reste du temps, à dix ans il sera mon grand et pas tant. Ma fille b-a-bate, je suis béat. L’enfance s’ébat.

Je me suis à présent ouvert le bras en bricolant. Ca pisse le sang. C’est un scénario à deux balles, ma fille pense que je peux pisser le sang quand je bricole avec un pauvre tournevis. Ma fille panse car je pisse le sang : elle appuie et rit. Quel sang froid. Je suis mort, deux rires. Je n’ai pas à m’inquiéter : elle a appris à faire une compassion, à l’école. Moi qui allais bien, je me sens déjà mieux.

Enfoncer les portes ouvertes – Blog de Papa Lion

Je m’ennuie pas mal pendant que le formateur nous accable de sa position hiérarchique et sa chemisette jaune. Nous sommes debout, il est assis. Je note : « penser à m’asseoir plus souvent face aux élèves ». Enfin bon je m’habille chez Jules c’est quand même plus la classe ! Son powerpoint est agrémenté de quelques erreurs d’orthographe qui modèrent mon assoupissement et font le sel de ces animations peu pédagogiques. Il y est question du sens : il faudrait insister davantage sur l’explicite. Rappeler aux élèves qu’on apprend à lire pour savoir lire, ce genre de trucs. Ma présence stagne pourtant dans l’implicite vaseux. On m’a dit de venir, je voulais rester avec mes élèves, on m’a dit de venir quand même. J’ai très envie de partir tout de même quand on nous recommande de bien observer les élèves pour identifier ceux qui sont en difficulté. Je suis en TRES GRANDE DIFFICULTE et demande à aller aux toilettes en joignant le geste à la parole, tellement je ne peux pas me retiendre.

Comme souvent et parce qu’il n’y a pas mieux je pense à mon fils, élixir de paix intérieure. C’était à Castorama et pendant qu’on configurait une cuisine pour moi qui ne suis pas capable de le faire, le petit d’émoi testait toutes les cuisines et s’extasiait devant les charnières électriques et les tiroirs à épices. La blague : il ne les supporte pas, les épices. Ma conseillère (pédagogique) mention cuisine avait un sein gauche énorme et tatoué à sa mesure. Je m’extasiais aussi tandis qu’elle m’orientait, pour la pose, vers un artisan « qui travaille bien ». J’ai cru comprendre qu’elle le connaissait vraiment, mais alors vraiment très bien. Je suis reparti avec son mail et un tube de colle forte parce que je suis un papa qui bricole.

C’est l’après-midi formatage et nous changeons de formateur pour ne rien gâcher du temps perdu. Le temps, c’est de l’argent : voilà pourquoi nous sommes si bien payés. La formation c’est précieux dans l’éduc à la con nationale. Je crois bien que c’est la femme de l’autre, ils ont le même nom et les mêmes Birk en stock. L’IUFM n’a pas changé sauf le nom, que je n’ai d’ailleurs pas bien retenu, faut dire qu’on s’en fout. Y’a dans l’assistance (publique) un conseiller que j’aime bien, ce qui en fait quand même un, faut dire qu’il a le café chantant et de l’humour. Sans lui je partais à la pause et la mienne est à 10 heures le matin. Ses bons mots font passer le mal et l’heure plus vite. Je lui dédie cette publication parce qu’on voit très vite que c’est un mec bien. Alors en parlant de mec bien je pense encore à mon petit qui doit errer dans la cour et se chercher des sympathies chez les copains de sa petite sœur. Il veut écrire un texte pour le Printemps des auteurs, parce que le thème lui parle. C’est « La tête dans les étoiles ». Ouais, ça me parle bien aussi. On écrira à deux plumes à friction.

J’observe la circonscription avec circonspection. Comme eux non plus ne voulaient pas que j’aille à la formation (ils ont tout compris ces petits gars, la voix de leur maître !), j’ai promis à mes élèves de revenir lundi avec plus de choses encore à leur apprendre. Mensonge ! Promesse de Gascon ! On essaie de m’apprendre qu’il faut les observer. Bon. Ils me manquent, là. S’ils savaient à quel point on se moque d’eux, à l’école des maîtres et des maîtresses. L’inspecteur s’est costardé façon Célio pour nous vendre des litotes et même que ce sont de pâles euphémismes. Il s’écoute parler pour ne pas être le seul. Y’a la conseillère pédagogique qui ne dit rien mais consent et c’est déjà beaucoup trop. J’en ai vraiment marre. J’exulte quand je lis qu’il faut palier à l’échec. Ca me donne deux ailes, ça doit être l’esprit d’escalier. Se faire donner la leçon par des dysorthographiques me donne envie de faire arts plastiques toute la journée, lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi. Je me rappelle la grammaire chancelante de mon dernier rapport d’inspection, que je ne publierai pas par seul souci de pouvoir payer ma cuisine.

Du coup je repense encore à Castorama. Y’a des portes à vendre, des portes qui ne donnent sur rien. C’est un magasin où y’a des

portes ! Mon fils s’est amusé à les traverser. Absurde et jouissif. La vie, la tête dans les étoiles.

Absurde et jouissif