Le blog de Papa Lion

un blog de papa pour les jours de pluie

Le blog de Papa Lion - un blog de papa pour les jours de pluie

Accompagner une sortie scolaire – Blog de Papa Lion

diane

Morts ou pas complètement ?

Comme l’an dernier au même endroit, mon fils me fait salut de la main. Il a la banane, c’est un peu la star aujourd’hui puisque son papa accompagne la sortie. Il me fait coucou de la main, je lui fais un clin de l’œil avant de trouver ma place au dernier rang et alors nous nous mettons en marche. Cette fois-ci, la maîtresse ne me refile pas les vilains comme l’an dernier : j’ai le droit à un petit frisé bavard, Loris, qui me demande pourquoi je suis le père de Grand Frère Lion et pourquoi nous n’avons pas de console de jeux à la maison, qui me raconte que sa mamie est partie en vacances, qui m’assure qu’il m’a vu tout à l’heure dans la cour de récréation et qui me rassure enfin : dans son cartable, sa mère a glissé un sous-pull en polaire au cas où il ferait froid. « Super », observé-je. Sauf que son cartable est dans la classe « Tant pis », conclus-je. Nous n’avons pas fait 100 mètres que je veux changer de copain.

Nous longeons des tags, on me demande ce qui est écrit, je n’arrive pas à lire, on me fait remarquer que mon fils lit mieux que moi. Je les trouve drôlement à l’aise. Nous traversons notre quartier. Des graffeurs ont officiellement redécoré la semaine dernière les façades de la rue la plus pourrie de la ville pour qu’elle ne soit plus la rue la plus pourrie de la ville. Ils ont été payés par la mairie. Un des graffitis représente un monsieur avec une très grosse tête et un tout petit zizi. La classe de CE1 – CE2 se tort de rire. La maîtresse regrette de ne pas être passée par la rue d’à côté mais je la console : depuis la semaine dernière, la rue d’à côté, c’est devenue la rue la plus pourrie de la ville.

Nous traversons le boulevard et il faut un peu pousser Kilian pour qu’il avance : « t’as vu la BM, mon frère, sérieux je la valide ! ». Et les gazelles, tu les choufes ? C’est éprouvant ces enfants qui n’en sont pas. Nous arrivons enfin au musée.

Au musée, il y a des sculptures très vieilles et très impressionnantes qu’il ne faut pas toucher mais c’est trop tard, Kilian a déjà touché. Amina demande s’il est mort. Le sculpteur ? Non, le monsieur dans la statue. Kevin éclate de rire. Bien sûr qu’il est mort : il serait pas dans un musée, sinon.

Sinon, la conférencière est sympa. Elle nous fait asseoir au pied d’une statue et entame son laïus autour des amours de Diane chasseresse. Amina n’est pas très attentive. Elle regarde Diane et surtout son chien. Vrais ou pas vrais ? Et si vrais, morts ou pas morts ? Zut à la fin, la maîtresse a dit un jour qu’il n’y avait pas de question idiote. « Madame, le chien aussi il est mort ? »

Comme Mathéo se cure le nez et que Yanis n’arrive plus à défaire les lacets de ses deux chaussures qu’il a noués ensemble pour voir, la maîtresse suggère à la dame que nous passions rapidement à l’atelier. Je dénoue les lacets de Yanis, regrettant de ne pas plutôt lui attacher les mains aussi. Nous sommes assis et chaque enfant agile doit sculpter de l’argile dans le but d’en faire une sculpture. Un sujet vivant, hein les enfants ! Grand Frère Lion sculpte une tête sur laquelle il pose de la laine jaune qui filoche ; des cheveux ? C’est original, une tête. Bon, je ne vais pas l’accabler, les travaux manuels ne sont pas sa spécialité. Mon fils, c’est trois dessins en six ans, dont deux pour la dernière fête des pères (une commande). Et puis une tête, tant qu’elle est bien faite. A côté de lui, y’a Loris qui est content : comme la dame ne parle plus, lui peut recommencer. Même que chez sa mamie y’a une piscine mais qu’on pourra pas y aller. Pourquoi, demande Emma ? Oh, fallait suivre : elle est partie en vacances ! Je leur dis de bosser un peu, ils ne font que bavasser, ils m’énervent, ils m’énervent autant que mes élèves à moi, parler je veux bien, mais leur vie là, leurs mamies en vacances et leur animal préféré, ce qu’on s’en cogne, je ne sais pas pourquoi je me suis fourré là-dedans mon jour de repos ; ah si, je regarde la tête de mon fils, enfin la tête qu’il a faite, et je me rappelle : oui c’est pour l’accompagner, pour le voir avec ses copains. Et qu’importe qu’ils ne soient pas vraiment des copains, de copain il n’a visiblement que Kélian, un petit gentil comme lui, ils se sont tenus la main pendant tout le trajet, y’a plus qu’eux deux pour se tenir la main tout du long au CE1, je ne suis même pas sûr qu’ils aient parlé. Ils se sont trouvés et ça me fait tout drôle de me dire que je ne suis plus le seul pote de mon fils.

Bref, Loris a sculpté un puits magique. Toujours plus malin que les autres. J’ai envie d’aplatir sa sculpture d’un coup là : on avait dit un sujet vivant ! Mais Kélian, le pote de mon fils, m’épargne cette peine. C’est l’apanage des gens qui ne parlent pas beaucoup : quand ça les prend, on les écoute. « Ton puits magique, on dirait des toilettes. » Pan. Bien joué Kélian. Grand Frère Lion sourit et Loris ferme enfin sa grande bouche. C’est un très, très bon moment.

Bilan : à part Grand Frère Lion et sa tête, Loris et ses toilettes, Yanis et son énigmatique Pokémon, tous les garçons ont sculpté un serpent. La maîtresse s’étonne mais c’est un peu de ma faute, je leur ai dit de sculpter un serpent s’ils n’avaient pas d’idées. Ben ils n’ont été nombreux à avoir des idées. C’était mieux du côté des filles mais je n’ai pas eu trop le temps de voir parce qu’il a fallu faire la police dans les toilettes (les vrais) et se remettre en rang. Nous sommes rentrés à l’heure. Finalement, ça ne vous change pas trop du travail, m’a lancé la maîtresse au moment de lui dire que ça a été un plaisir. C’est un peu ça.

Sauf que ce soir, dans la bibliothèque, on a posé la deuxième tête de mon fils, celle avec les cheveux tout blonds qui filochent.

La mélancolie, suite et fin – Blog de Papa Lion

seau minnieSes joues dépassent de la visière, c’est bien elle. C’est bon, ce que c’est bon ! Faut le voir ça, ça ne va pas durer et ce n’est pas que la faute à l’automne, non, c’est qu’elle va finir par les perdre, ses joues, son innocence, son seau Minnie. Elle perd déjà toute l’eau qui est dedans. A la plage, au soleil, nous tirons sur la corde et le temps, c’est beau temps le temps d’un dimanche de septembre et de répit, le temps est au beau fixe, c’est un sursis avant l’automne. Vite, à la plage. Nous sommes des gamins.

Comme il n’y a plus grand monde pour croire à l’été nous colonisons la plage. Nous faisons notre trou, nous en faisons partout. Nous laissons traîner nos affaires sans en avoir rien à faire. Bébé Lionceau ramasse à présent des praires pour son père. Grand Frère Lion est passé aux rébus dans Picsou. Je pense au futur.

Des rébus dans Picsou. La vie !

Suite au précédent épisode, nous nous demandions avec la collègue d’à côté si c’était le spleen, la mélancolie. Et puis nous nous interrogions avec le collègue d’en face : c’est doux amer, la mélancolie ? Bon. La mélancolie, ce serait dimanche avant lundi. C’est juste avant la nostalgie.

Et là, tout de suite, pas de bol : ben c’est lundi.

La mélancolie – Blog de Papa Lion

bonnet-pirate1Qu’il est difficile de définir la mélancolie lorsqu’on s’y plaît, si con, qu’on si complaît, qu’on l’entretient come un vilain défaut solitaire et mystérieux, si confidentiel. Et pudique. Et puis flûte, la mélancolie est un art de vivre. C’est une vertu au même titre que l’étourderie : qu’y a-t-il à reprocher aux étourdis mélancoliques ? Je me cherche des excuses en conduisant mon fils à la piscine. C’est bien un truc de mélancolique, ça, la piscine : t’es tout seul en slip de bain et tu brasses en pensant à tout ça. J’emmène mon fils à la piscine.

Je brasse des idées grisâtres quand Grand Frère Lion s’exclame : c’est que là, à une fenêtre que nous venons de passer, derrière les carreaux dégoulinant par le mauvais tour d’un orage de mars, il y a le cartable de Mohamed. « C’est le cartable de Mohamed, là, derrière la fenêtre ».

Comme la mélancolie m’ennuie, je saute sur l’occasion. « Celui de Mohamed ? T’es sûr ? ». Il est sûr, sûr sûr, sur le balcon, et ça me rappelle une chanson de Nougaro et ce n’est pas loin de me rendre tout mélancolique alors j’insiste : « comment peux-tu être si sûr, non mais c’est vrai, comment peux-tu être si sûr qu’il s’agit bien du cartable de Mohamed ? T’es sûr qu’il habite dans le coin ? » – « Ben oui, il vient à l’école à pied. »

Il vient à l’école à pied et donc, il habite là, derrière le carreau qui attire la mélancolie et le regard de mon fils – mais laissez-le tranquille ! Je suis sceptique. « Ici, nous sommes déjà loin de l’école et rien ne ressemble davantage à un cartable qu’un autre cartable ». – « Ah non mais c’est forcément le sien, y’a écrit NIQUE dessus. »

C’est un petit silence dans la voiture, je cède une priorité due mais quand même, comment peut-on être si catégorique et niais ? Alors oui, mignon, trop chou, ça se défend. Ou niais.

« T’es sûr que c’est NIQUE qui est écrit sur le cartable de Mohamed ?

- Ah oui : N – I – K – E.

- Ca fait Nike, ça.

- Ben non, NIQUE.

- Non mon chat, ça fait Nike. C’est en anglais, c’est le nom d’une marque. Nike.

- Ah mais je savais pas, je pensais que c’était NIQUE. »

Nous nous garons : comme d’autres, le mercredi, Grand Frère Lion a piscine. C’est la première fois alors je l’aide à enfiler son slipou de corsaire et son bonnet de pirate, ou bien c’est l’inverse, enfin toutes ces têtes de mort là, c’est comme si ça ne lui allait pas vraiment. Claudie lui passe la main dans les cheveux. Enfin, dans le bonnet. La vie.

Je repars dans l’autre sens, j’irai le chercher dans une heure, je repense au sac NIQUE, je suis tout mélancolique.

Servez-vous – Blog de Papa Lion

Ma dot.Nous sommes allés au Forum des associations, c’est la réunion des prosélytes en tout genre et des passionnés des grandes causes : les animaux, la Palestine, le théâtre, les poilus, les Poilus, le tai-chi. Célébrités locales et alcooliques anonymes se côtoient et fraternisent dans la grand-messe du qu’est-ce qu’on pourrait bien faire de nouveau cette année. Je bats le pavé et des records d’ennui tandis que Maman Lionne cherche un cours de danse pour Bébé Lionceau. Je vais pour rouspéter mais je me ravise : me voilà devant la Fédération des associations pour le don d’organes et de tissus humains. Je prends ma carte, la dame me recommande d’informer mes proches, je me retourne devant Bébé Lionceau qui lorgne les gommettes de la Croix-Rouge. Elle a trois ans. Je ne vais pas l’embêter avec ma mort, hein. J’avise Grand Frère Lion : six ans, le trauma facile, s’il apprend que je suis disposé à me faire tailler en morceaux en cas de mésaventure, il ne va plus me laisser partir en voiture. Bon, du coup, j’informe Maman Lionne mais elle le sait déjà, alors tant qu’à parler des choses qui remontent le moral, elle me suggère d’en parler autour de moi, des fois qu’elle soit dans la voiture avec moi, le jour de l’accident. Je décède – euh, pardon – je décide d’en parler ici une bonne fois pour toutes. Et pour que ce soit clair : « oui, je décide qu’après ma mort tout prélèvement d’organes et de tissus puisse être effectué en vue de greffe ». Voilà, si on vous demande, vous direz ça. Qu’ils m’entaillent et me dépècent, pourvu qu’il y ait un truc intéressant à récupérer, un poumon qui ne bronche pas, un cœur d’artichaut, trois fois reins, qu’ils se servent et le donnent à qui le veut, mais alors un type sympa hein, un pas trop con, ça ne court pas les rues mais enfin j’aimerais qu’on fasse bon usage de mon coffre fort intérieur.

J’espère simplement que ça fait moins mal qu’une prise de sang.

Sinon, on n’a pas trouvé de cours de danse pour Bébé Lionceau. Ce sera Kapla avec Papa. C’est pas le mercredi après-midi qu’il va m’arriver un pépin sur la route, tiens.

M’énervent – Blog de Papa Lion

Bébé Lionceau ne veut plus dormir seule, ça devait arriver, à dormir à droite à gauche, avec les cousines, les coupines, et sur le ventre, le dos, sur un côté et sur l’autre, chez les tontons de mon côté et les tatas de l’autre, tout l’été en vadrouille mais toujours accompagnée, ben voilà, Bébé Lionceau ne veut plus de sa chambre. Pourtant on l’a soignée cette chambre, on l’avait repeinte en bleu il y a six ans, en bleu, sa couleur préférée après le rose mais trois ans avant sa naissance, choisir sa couleur presque préférée avant qu’elle naisse, c’était fort. J’avais même peint derrière les poutres et par dessus les toiles d’araignées fossilisées du coup dans l’acrylique, du luxe, ou bien une autre marque je ne sais plus. Je n’avais pas dévissé les étagères pour peindre derrière mais enfin le cœur y était. Elle pourrait faire un effort, six ans plus tard. Et puis on se plie en quatre pour ranger tous les jours sa grande maison Playmobil, on se plie à ses exigences pour que ce soit cosy, because y logent du monde, dans cette maison Playmobil : une famille trois ou quatre fois recomposée, on ne sait même plus qui est qui, y’a aussi un pizzaïolo, un chien avec une patte cassée et un chevalier piqué au grand frère et à je ne veux pas savoir quoi d’autre. On y a aménagé une chambre pour la petite fille, vous me suivez, histoire de faire un modèle, mise en abyme poupée russe Vache qui rit tout ça : « la petite fille Playmobil elle dort toute seule dans sa chambre, elle, elle ne fait pas d’histoires, elle  »  - « oui mais nous on n’a pas de chien on a un chat ». Je ne vois pas le rapport mais je ne suis plus très loin de lui acheter un chien si ça peut la faire redormir dans sa chambre.

On a essayé de la laisser s’endormir sur notre lit pour la remettre dans le sien plus tard mais fatalement quand elle s’est réveillée à trois heures du matin pour vérifier qu’elle était toujours dans le lit de ses parents elle n’y était plus alors il a fallu l’y remettre sauf que du coup nous aussi y étions et qui a fini dans le canapé ?

On a finalement demandé à Grand Frère Lion si ça ne le dérangeait pas que sa soeur retourne dormir dans sa chambre, comme à la bonne époque. Tu parles, qu’il joue mal celui-là, il a fait celui qui hésitait. Mais c’est pas possible d’aimer sa sœur comme ça, franchement c’est limite cette relation fusionnelle, et qu’il est niais à se pâmer devant deux couettes et quelque taches de rousseur. On dirait son père.

Du coup ils refont les cons, alors on s’énerve, on dit qu’on ne veut plus remonter et que c’est la dernière fois sinon attention hein, il ne faudrait pas nous énerver sans quoi ouh la la, on fait des allers retours, on multiplie les dernières fois, ils se cachent sous les draps, ils m’énervent, ils s’énervent, alors évidemment ils s’endorment tard, on y passe du temps, et le temps c’est de l’argent, même si n’a pas forcément de rapport, c’est toujours ça de perdu. Et par les temps qui courent.

Ils font les cons jusqu’à pas d’heure, d’ailleurs là en direct ils sont en train de faire les cons, je vous parie qu’ils sont en train de se moquer de moi, ils doivent m’imiter ou un truc du genre. Voilà, tu flingues ta santé et ton emploi du temps à jouer les pères charismatiques et tes gamins se foutent de toi à dix heures du soir. Ils sont tout en sueur là, tout nus sous la clim et en sueur, et ça ne les dérange pas de m’affirmer que mais si, ils sont calmes.

Mais vous êtes sûrement déjà au parfum de ce cas piteux : c’est la rentrée qui nous exaspère.

Le film de vacances – Blog de Papa Lion

papalion« Pfff…tous ces voyages ». Grand Frère Lion préférerait rester chez lui. Je le chambre, il y disparaît. Nous voulons bouger, il préfère bouder. Mon fils réclame sa maison. Je réclame ses raisons alors il évoque les légos, les livres, le piano. Je nuance avec la mer, les apéros, le grand air. De son grand air il envoie promener mes balades. Je me lasse et menace : l’an prochain, ce sera le centre à errer. Ca l’alarme, c’est les larmes. Allez, je blaguais. Je ferais quoi s’ils allaient au centre aéré ? J’essaie de consoler. Je sais, c’est con. C’est laid. Toujours est-il que l’été vacille. Comme août s’étiole, nous partirions bien, même pas loin, enfin comme à chaque fois, tout près, boire l’été au soleil. Mais si le père est Casanis, le fils est casanier.

Le dernier mot sort de la bouche des enfants, nous restons chez nous. Pour m’occuper, je note dans un petit carnet les meilleurs moments des vacances. C’est pour tuer le temps. Pas facile, ça. Il défile alors j’écris des instantanés : c’est les vacances avec les grands-parents, la Bretagne, les cousines, la montagne, les anniversaires, le champagne, le filleul de Maman Lionne, la campagne. La mélancolie gagne.

J’en profite pour recopier les bonnes feuilles de Bébé Lionceau. Ce qu’elle peut nous faire rire !

Par elle et pour nous, nous ouvrons un cahier des bons mots parce que l’innocence est si chère qu’il faut en mettre de côté, et puis c’est comme tout, nous oublions. Embêtant : justement, ma mémoire n’est pas vive. Le meilleur s’est accumulé dans le ventre mou de mon disque dur. J’ai des restes de babillages. Ce sera bientôt magmatique. Il faudrait pourtant mettre de côté, pour l’avenir, les meilleurs morceaux. Faire durer les instants. Il faudrait polaroïder, faire des instants tannés, assurer ses arrières pour aller de l’avant. Je ne veux rien oublier. Je ne voudrais qu’il ne manque rien. Ni le solapin pour s’essuyer les mains, ni la confiture de fesses jusqu’aux oeils, rien de toutes les vacances d’été qu’on voudrait voir durer toute la journée et qui touchent à leur fin.

Déza !

A la fauverie du Mont Faron – Blog de Papa Lion

Au sommet du Mont Faron, à Toulon. Du tout bon.

Au sommet du Mont Faron, à Toulon. Du tout bon.

Maman Lionne serre les dents. Vertige de l’Amour. Les enfants se serrent contre elle. Je ne sers à rien. Ce qu’on est quichés ! La cabine prend ses derniers passagers puis son envol. Nous quittons le ras de la rade. Quelques pylônes plus tard, le téléphé(é)rique nous dépose au Faron. Oh fan ! Fanfaron, Grand Frère Lion prétend à sa sœur qu’il n’a pas eu peur. Elle s’en fout.

La fauverie du Faron est à 800 mètres de là. Maman Lionne suggère que nous marchions. Grand Frère Lion a déjà choisi d’attendre la navette : elle passe toutes les cinq minutes. C’est gratuit en plus, Papa. Nous sommes assis. Nous attendons tout de même un bon quart d’heure.

Le gentil chauffeur a dû chauffer des salles avant les bus : c’est maxivanne sur maxivanne dans le minivan. Celle des enfants qu’on donne à manger aux fauves passe très mal. Détends-toi Grand Frère Lion !

Nous approchons de la fauverie. Comme il s’agit d’un centre de reproduction pour les félins, histoire de m’en faire un pote, je demande à l’inénarrable chauffeur si la visite est autorisée aux moins de 18 ans. Pas de réaction. Silence embarrassant dans le petit véhicule. J’insiste : centre de reproduction, moins de 18 ans. Maman Lionne est consternée. Mais nous sommes arrivés.

Ce n’est pas un parc zoo. Logique : c’est une fauverie. Il y a pourtant des canards, des ânes, des singes et un enfant qui hurle et qui finit par se prendre une de ces fessées. Son père lui dit qu’il l’a voulue et qu’il l’a donc eue. Sa mère estime qu’il ne l’a pas volée. L’enfant hurle encore plus, du coup. Certains primates sont du mauvais côté de la grille. Nous nous éloignons.

Les singes ont une de ces tronches ! Le jaguar a de la tronche. Bébé Lionceau fait la tronche. Elle voulait voir des lapins. Bon.

Fini le spectacle des fauves neurasthéniques, nous nous attardons devant les singes à fesses rouges. J’adore les singes. Deux d’entre eux se taillent une bavette entre deux bananes. « Y’a beaucoup de félins », fait l’un. « Y’a même Papa Lion » remarque l’autre.

Toute reproduction interdite.

Toute reproduction interdite.

Et puis ce qui devait arriver arrive (enfin !) : un couple met à l’honneur la vocation première et la plus élémentaire du parc, à savoir la reproduction. C’est furtif, pourtant c’est spectaculaire et ça n’échappe donc pas au regard incrédule de nos deux lionceaux. Pas de tabou chez les Lion : je m’apprête à expliquer à mes petits que les deux singes ont tout simplement…fait…comment dire…enfin…la chose. Mais Bébé Lionceau trouve les mots avant moi. « Oh c’est rigolo ils font hue galop cheval ». Nous rions un bon coup. Je leur expliquerai une autre fois.

Sisyphe à la plage – Blog de Papa Lion

J’initie mes enfants à Sisyphe en espérant qu’un jour ma nature optimiste reprendra inopinément le dessus. C’est un mur de l’Atlantique en sable, l’océan contre nous trois, Grand Frère Lion et Bébé Lionceau crient et croient dur comme fer que nous sortirons vainqueurs du combat. A défaut d’y croire vraiment je leur promets de faire front, de mer. Imaginez Maginot salé : des pelletées sans fin de sable fin pour une muraille plus haute que la marmaille et la mer qui monte aux créneaux. L’eau céans ronge notre fondation à but récréatif. La mer détruit ce que nous remblayons, et nous remblayons ce que la mer détruit. Un carnage. C’est Verdun à la plage.

« Tu nous zora pas » nargue mon plus petit soldat d’aplomb. « Papa va te mettre au coin ». Je regarde autour de moi : pas de coin. Il faut pelleter encore. Grand Frère Lion est moins hilare, il commence à paniquer. Lutter contre la mer montante a épuisette mon petit crabe. J’ai peut-être surjoué le truc : tu ne nous auras pas vivants, on en a vu d’autres, c’est pas un océan qui…L’eau est à 16°C. Mon fils est au premier. Je joue une vague alarme, il a le vague à l’âme. Je vois des vagues, il voit des lames. « Papa, on va mourir ».

Ben oui mon vieux on va mourir. Mais pas aujourd’hui, va. Alors je remblaie, je remblaie, je remblaie encore. Bébé Lionceau qui a le sens des priorités se dit qu’en décorant un peu l’édifice…Elle dispose des couteaux, des coques, remue des algues expiatoires en tirant la langue et en dansant vaudou. L’océan semble battre en retraite, c’est pour mieux nous dévorer. Il déborde.

En parlant de retraite tiens, voilà Papi Lion. « J’te raconte pas » raconte Grand Frère Lion. La faute aux photos, les enfants posent. Papi Lion immortalise. Nous sommes bien vivants.

Rascar Capac m’a tuer – Blog de Papa Lion

Je ne sais pas ce qui me prend, je raconte à Grand Frère Lion qui a peur du noir que dans ce Tintin-là, il y a une vignette qui fout une trouille, mais alors une trouille telle que quand j’étais petit et même plus si petit que cela et au fur et à mesure que je tournais les pages et m’approchais du moment fatidique, j’avais la frousse de ma vie, plusieurs fois dans ma vie. Ma trouille s’appelait Rascar Capac.

rascar capac

Quel guignol ce Capac.

Page 33, des fois que Capac me niaque, je lisais prudemment chacune des vignettes périphériques en prenant garde de ne pas dévier le regard vers celle un peu plus bas, celle qui collait la frousse, Rascar Capac qui ouvre la fenêtre de la piaule de Tintin à moins que ce ne soit la mienne avec sa tête de fou, Capac, la boule à la main, moi les boules jusqu’au lendemain, lui en équilibre sur le rebord de la fenêtre, une jambe dans ses ténèbres et l’autre dans ma maison, moi entre chien et loup, avec la hyène en visu et la peur au ventre, les deux jambes bien dissimulées sous la couverture des fois qu’un autre inca se cache sous le lit. Mi-racaille mi-lascar, Rascar : le regard pas cap de te regarder en face, des fois que ton cristal, hein, me perce la cornée, je contournais soigneusement la vignette percée de tes yeux d’inca puis lisais à toute allure le reste de la page 33, soufflais enfin rendu à la 34, et pensais très fort à toute autre chose pour oublier tes plumes grotesques et tes côtes saillantes et m’endormir enfin, pas complètement certain toutefois que tu ne recasses un carreau, les plombs et ta boule en cristal et en pleine nuit.

rascar capac

Je raconte ça à Grand Frère Lion et l’abandonne avec Les 7 Boules de cristal. Ce n’est pas malin.

Quelques minutes plus tard, à mi-parcours de son Tintin, mon fils m’appelle. « Papaaaaaa ! ». Il doit être page 33. Ca y est, Rascar Capac lui est tombé dessus. Des années après, l’inca coupable est capable de s’en prendre à mon fils. Je t’aurai Rascar, tu vas ressortir par la fenêtre par laquelle t’es entré voilà trente ans ! Tu vas remballer ta petite tronche d’incake et ton aura à deux boules de cristal. On t’a jamais dit qu’un indien vaut mieux que deux tu l’auras ? Dis adieu à ton diadème, tes mollets de coq et tes trois plumes de poule, chez moi c’est pas le Pérou, tu l’as pas vu venir dans ta boule de cristal ça hein ? On ne t’a jamais dit qu’il fallait pas pousser la momie dans les orties ?

A défaut de bombe défensive, je chope au passage le siphon à chantilly. Je monte les escalier : « Rascar à toi ! A la Capac ! »

Bon, j’entre enfin dans la chambre de Grand Frère Lion. Il est vautré sur son lit, il a l’air dubitatif mais en bonne santé.

« C’est ça, l’image qui te faisait peur quand t’avais mon âge ? » demande mon cowboy en désignant la vignette taboue.

Je lui dis que oui. Ce que je ne lui dis pas, c’est que j’avais deux fois son âge.

La chanson préférée de Bébé Lionceau – Blog de Papa Lion – Radio Pomme d’Api

Un morceau à quatre (minuscules) mains

Un morceau à quatre (minuscules) mains

« Tu sais Papa, quand j’étais bébé, c’était ma musique pwéféwée. »

Le tout venant est le préféré de Bébé Lionceau et ça remonte en général à quand elle était bébé. C’est saisissant, la mélancolie, chez une petite fille de 3 ans.

Nous roulons à vive allure et chantons à vive voix. A tue-tête sur l’appuie-tête, je profite de l’été qui se profile en pleine face, de faces A en faces B. En bagnole, j’ai une certaine tolérance pour la soupe. Grand Frère Lion et Bébé Lionceau chantonnent d’ailleurs Indila.

« Tu sais Papa, je l’aimais bien celle-là. Quand j’étais bébé. »

Celle-là, sans doute pas, mais c’est vrai, nos enfants ont grandi près du poste. On ne compte plus les CD de comptines entassés sur l’étagère. Elles m’agacent un peu et me manqueront demain. Une petite dernière avant d’aller au lit ?

Je donnais le bain à mes bébés en chanson. L’une d’elle aurait pu devenir un monument. Appréciez donc :

« Moi j’aime bien prendre mon bain avec mon Papa.
Moi j’aime bien prendre mon bain avec mon Papa.
Moi j’aime bien, prendre mon bain, avec mon Papa (avec moooon Papa)
Moi j’aime bien, prendre mon bain, avec mon Papa (avec moooon Papa). »

Et puis quand je les sortais, je m’enflammais :

« Moi j’aime bien sortir d’mon bain avec mon Papa.
Moi j’aime bien sortir d’mon bain avec mon Papa.
(etc) »

Les partoches dans le prochain post. Punaise. La carrière que j’ai loupée.

Puis de retour à la maison nous mettons le curseur fréquence sur Radio Pomme d’Api. C’est quelque part entre Skyrock et France Culture, mais pour les 0-6 ans. Le Superloustic des temps modernes. C’est génial : la programmation alterne des chansons, des poésies, il y a de la musique classique et du jazz. Et des histoires à écouter bien sûr.

C’est devenu en quelques jours LA radio de Bébé Lionceau. Sa pwéféwée, évidemment.

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Dans la chambre de Bébé Lionceau, il y a mes trois guitares. Les miennes. Dans celle de Grand Frère Lion, une seule. Mais c’est la sienne. Dans le salon, il y a un piano. Le nôtre à tous. Je joue très mal chacun de ces instruments et je chante faux, mais mes enfants sont encore trop petits pour s’en rendre compte. Et certaines casseroles font carrière. Je pense en particulier à un palindrome en trois lettres (surtout, faire simple) qui n’a manifestement rien à raconter (et visiblement rien à se mettre). Mais si, mais si ! Ca commence par un Z.

« Tu sais Papa, quand j’étais bébé, c’était ma pwéféwée celle-là. »

Ah bon. Ils écoutent tranquillement la webradio. Je me souviens des émissions de libre antenne sur les radios les plus populaires du début des années 1990. Je les écoutais jusque tard, planqué dans le capharnaüm de ma chambre et de mon adolescence dessus dessous. Il est tôt, mes enfants ne se cachent pas. Leur monde est encore mignon.

« Tu sais Papa, c’est ma chanson pwéféwée, celle-là.

Je sais. Quand t’étais bébé c’est ça ?

Non, quand j’étais petite. »

Ah. Quand je vous dis que le temps passe vite.