Le camping – blog de papa lion

Je me rappelle la toute première fois où nous sommes partis au camping avec les enfants. Les deux mois précédant notre départ, tous les jours, ma fille avait réclamé le camping, « et c’est quand qu’on part », « et c’est dans combien de jours », « et combien ça fait en semaines ». C’était il y a trois ans (cent-cinquante-six semaines environ). Dans la voiture, elle avait rongé son frein tandis que j’appuyais sur l’accélérateur. Mais alors que nous arrivions, elle s’était mise à pleurer. « Je ne veux plus aller au camping ». 

Point de caprice depuis et c’est toujours une fête d’aller dormir sous une tente, de faire la queue pour les douches sales et de se brosser les dents en regardant discrètement les autres dans le miroir moucheté. Nous avons beaucoup ri. Dans la voiture, nous avons écouté Jo Dassin, parce que je suis passionné de chansons ringardes et que je tiens à transmettre mes passions essentielles à mes enfants. On est allé où je voulais quand je voulais : dans les Gorges du Tarn, la semaine dernière. J’ai proposé aux enfants d’emmener le petit pédalo et ses personnages avec lequel ils jouent dans le bain – on est bébé jusqu’à qu’on ne le soit plus – il ont refusé, craignant de le voir emporté par le Tarn. Je l’ai quand même emmené, en douce. Et on a chanté pas mal de fois dans la semaine qu’il fallait envier l’éternel estivant qui fait du pédalo sur la vague en riant, parce que je suis aussi passionné de jolies chansons. 

Un soir, aux sanitaires (ma fille adore ce mot, « sanitaires »), des jeunes se brossaient les dents en musique, mais en musique de jeune. Pour être efficace on appellera plutôt cela une musique de merde et très fort en plus, la bonne vieille prise d’otage aux sanitaires, moi je n’avais pas très envie de me brosser les dents en écoutant des décibels injurieux. Ils n’étaient pas méchants ces jeunes, mais ils n’avaient pas bien lu le règlement intérieur. Visiblement je n’étais pas dans l’ambiance car ils m’ont demandé si j’aimais bien leur musique, comme s’ils connaissaient déjà la réponse et voulaient en débattre, ou peut-être voulaient-ils juste se battre. Avec pas mal de dentifrice entre les lèvres je leur ai demandé d’éteindre leur flow haineux. Qu’adviendrait-il de ma petite enceinte aux sanitaires du camping si je diffusais le Requiem de Mozart en me brossant les dents ? 

Un jour qu’il a pleuvait fort sur la grande route et que nous cheminions sans parapluie (celle-ci, ma fille la connaît par cœur, ce qui constitue sans doute une réussite éducative majeure), j’ai proposé aux enfants de taper le carton. Oui, une belote à trois, c’est possible. On s’est régalés. Mais vraiment régalés. Ma fille nous a écrasés, j’ai dit que c’était la chance du débutant, son frère a râlé car lui aussi débutait. Je lui ai confié un peu plus tard que la chance du débutant, c’était la façon polie de désigner les enfants qui gagnent alors qu’ils n’ont pas compris la moitié de la règle du jeu. Quant à moi, de toute façon, j’ai toujours été nul aux cartes. Pour faire le malin il a dit que c’était aussi le nom d’un animal, la belote. J’ai suggéré qu’il s’agissait sans doute de la belette. Ca n’a pas arrangé les choses. Alors pour le faire rire je lui ai appris le kilo de merde, je n’aime pas être grossier mais bon c’est comme ça que ça s’appelle, ce jeu, c’est le kilo de merde. Je me rappelle qu’enfants, nous appelions ça le pot de coquillages parce que nous y jouions à la plage et que nos parents veillaient au grain (de sable). Comme nous étions au camping, que nous ne sentions pas bon et que ma fille n’aime pas les gros mots, nous avons appelé ça le kilo de chaussettes sales, c’était délicieusement niais et parfaitement régressif, d’ailleurs ils n’ont plus voulu jouer qu’à ça et nous n’avons jamais pu rattraper ma fille à la belote. 

J’avais emmené deux livres : Jean de Florette et La Disparition. J’ai lu quelques extraits de Pagnol à mes petites galinettes et ils ont bien ri, surtout quand le Papet dit : « Mon pauvre Ugolin, que tu peux être couillon ». Je leur ai expliqué que La Disparition était un lipogramme en E, ils ont été très impressionnés, ma fille a essayé mais il y avait des E partout dans ce qu’elle disait, mon fils a jugé qu’avec deux E dans son prénom, elle partait avec un handicap. Elle nous a bien fait rire en suggérant que c’eût été encore plus drôle si Perec ne l’avait pas fait exprès. Tiens, d’ailleurs il avait deux E dans son nom lui aussi. 

Nous avons fait la connaissance d’un mec bien sympa, un Auvergnat qui sans façon nous a hébergé dans sa tente immense alors qu’il pleuvait fort. Il s’appelle Stéphane et ça a l’air d’être un super papa alors comme il avait l’air de me trouver bien sympa aussi on a bu quelques bières ensemble. Il s’occupe entre autres choses de faire couler l’eau fraîche dans une cité thermale, j’ai trouvé ça génial comme métier et je l’ai un peu envié. Si j’ai bien compris, il ne m’envie pas trop d’être enseignant. Il sait aussi replier les tentes surdimensionnées, et sous la pluie en plus. Et c’est un sacré mangeur d’aligot. C’était une bien chouette rencontre. 

Nous avons fait du canoé, j’y ai laissé mes lunettes de soleil (si vous raclez bien le fond du Tarn vers Sainte-Enimie, merci de me ramener mes Ray-ban), nous sommes allés à la crêperie, j’y ai laissé mon budget, et nous avons nous aussi replié les tentes sous la pluie et j’y ai laissé ma dignité. 

C’est vrai qu’ils sont plaisants, tous ces petits villa-a-a-ges, mais une semaine au camping c’est bien assez. Sur le chemin du retour, nous avons troqué Jo et Georges pour Serge. A chaque chanson, mon fils me demandait une analyse de texte. J’ai parfois été à court d’arguments. J’ai remis Georges ; de toute façon il s’était endormi. 

De retour à la maison, mes enfants m’ont remercié pour cette jolie semaine de vacances. M’enlevant ainsi les mots de la bouche. 

L’entre-deux-Gares – blog de papa lion

Considérant l’intérêt de ce séjour pour chacun de nous, l’attente qu’il a suscitée ces derniers mois et les réjouissances qu’il a eu le soin de nous réserver ces dix derniers étés, considérant également ses effets thérapeutiques sur le sommeil des plus petits et l’énergie vitale des plus grands, considérant cet enthousiasme propre à la première journée de grandes vacances, quand il n’est plus question de regarder l’heure mais de contempler seulement le jour, il convenait de ne pas se rater, entre les gares de Lyon et Montparnasse, à la croisée du Sud et de l’Ouest, plein Paris s’entend ; de ne pas se rater, ni le train. 

Hélas, parti comme c’était parti, soit plutôt mal au regard de l’heure à l’arrêt gare de Lyon, nous partions pour ne pas partir : nous allions rater notre correspondance. 

On (la société des chemins de fer) nous a vendu des billets qui devaient nous conduire en Bretagne à condition de traverser la France en une journée et Paris en cinquante minutes. Arrivés à la Gare de Lyon de Paris de malheur avec plusieurs minutes de retard – TGV tortillardant dans les derniers kilomètres, comme pour nous donner le plaisir de contempler faubourgs indifférents, entrepôts qui en ont vu d’autres, quais étirés, caténaires voutées, constellations de graffitis, immeubles des boulevards surplombant les voies, là, las, aux habitants convaincus qu’il y a sûrement pire ailleurs – il ne nous restait que trois quarts d’heure pour prendre le quart ; nous avons pris le métro. Mais trop de tourniquets, mais trop de touristes, mais trop de correspondances et trop de correspondants allemands, espagnols, italiens, cosmopolites, cosmopolitains, métropolitains, mais trop polis, ‘tain, poussez-vous les moches, poussez-vous les Boches, écartez-vous les touristes, ou les touristes vous écartèleront. 

Il me tenait à cœur de tenir à bout de bras mes deux enfants et trois bagages, lestez-moi donc porter tout ça, nous avons tiré la langue, ce n’était pas que d’impolitesse. J’ai peut-être tué des personnes âgées ou des enfants à coup de valise ou d’enfant. Peu m’importait : il fallait arriver à quarante-trois à Montparnasse, et y arriver si possible à trois. A la demie, d’une heure et de notre correspondance, nous n’étions qu’aux Champs-Elysées, point d’orgue de la grande boucle pour les champions des chemins de terre, mitan consternant de notre tour de France en chemin de fer. Conformément aux recommandations de mon père, pour avoir l’assurance de relier Lyon et Montparnasse en moins de cinquante minutes, la joie au cœur et le bagage léger, bref les doigts dans le nez (recommandation bien peu paternelle), nous nous sommes positionnés en tête de chacun des deux quais. Les enfants n’ont pas fait la tête dans le wagon de tête, ne boudant pas leur plaisir de jouer à piloter l’engin, contraints pourtant de jouer des coudes auprès d’autres enfants de quatre ou cinq ans leurs cadets qui, les voyant faire, se sont joints à eux derrière la vitre pour singer à qui mieux mieux le conducteur du métro, jeu de mime ubuesque puisque rendu possible à la seule faveur de l’automatisation des rames. Mais enfin ils ont bien eu de la chance de prendre du plaisir pendant cette inter-liaison car leur père, lui, fulminait. La transpiration me gagnait à mesure que me perdait la confiance : puisqu’il ne restait que d’infimes minutes, la ligne 13 n’allait pas nous porter chance. Je ne sais plus bien si je comptais les stations, les minutes, ou bien les deux. 

Je me rappelle bien un escadron de contrôleurs au sommet des escaliers de la station Montparnasse, je ne crois pas que nous nous soyons arrêtés, sans doute ont-ils décelé que la détresse sur mon visage n’était pas celle du galopin resquilleur mais du type franchement à la bourre. Il y a bien eu un vendeur à la sauvette proposant sa camelote, s’agitait-il d’un poster de Bob Marley, d’une tour Eiffel en pétrole ou d’un kilo de litchis, je ne sais plus bien, je me rappelle aussi un invalide qui bloquait le tourniquet et qui aurait été bien avisé de changer à Opéra ; on ne nous a pas tenu la porte, je n’ai pas dit merci, j’ai peut-être juré de rien, je crois que nous faisions peur à voir, ou plus vraisemblablement pitié. 

Qui connaît les escalators aux parois translucides et donnant sur le grand hall sous la verrière de la gare Montparnasse imaginera aisément le spectacle pathétique offert à tous par ce pauvre père hors de lui, ses deux enfants et plus encore de bagages sur le dos, forçant son passage en en détournant les gêneurs, ne prenant plus la peine de présenter les circonstancielles excuses aux nombreux riverains qui avaient tout à la fois la chance d’avoir tout leur temps et le malheur d’être sur son chemin. 

Je ne regardais plus ma montre. C’était le train ou rien. 

Nous avons sauté dans la première voiture de notre train. Il était treize heures quarante-trois. Nous l’avions eu. Nous avons remonté par leur couloir intérieur chacune des douze rames nous séparant des places que la sournoise opératrice nous avait attribuées au bout du bout de la dernière voiture. Je dégoulinais de sueur et de satisfaction. Nous nous sommes assis ou plutôt effondrés, le sourire aux oreilles, le fou rire imminent, éminent, épatant, émanant de cette folle course-poursuite après le temps, et j’ai ostensiblement ri en constatant qu’il arrivait au temps, de temps en temps, de perdre une bataille.

Et puis nous avons retrouvé le sourire.

une photo d’arthur…

Son unique cravate ne semblait pas avoir de trou.

Je connais mal la poésie alors j’ai décidé d’y initier ma fille, c’est un certain nombre de sujets comme ça, parfois ça nous tombe dessus, le développement durable, le deuil, les fleurs, il vient des questions comme ça auxquelles je réponds mal ou en touche, selon l’humeur, la méforme, l’actualité internationale, l’actualité familiale ou encore l’ennui, alors un jour d’ennui et de deuil, à défaut d’actualité, pour la forme et par pur plaisir de me faire plaisir et de le partager avec elle, j’ai choisi la poésie ; bon, j’ai choisi Rimbaud. 

Elle l’a dit avec son petit accent du Midi, il était seize heures : ré-im-baud, ou peut-être rainbow

Elle est parfois du Midi du Royaume-Uni. 

Elle a toujours un accent pour les noms de famille. 

Rimbaud, petit con prétentieux, surévalué et défoncé mais quelques jolis sonnets tout de même et puis il faut bien cultiver la culture alors j’ai foncé, va pour le môme avec les cheveux en vrac, il ressemble à son frère à elle, mais en plus mal élevé. Rimbaud. Même si, à coiffure égale, je préfère de loin Souchon. De près aussi. 

J’ai choisi Ma Bohème parce qu’elle aime bien Aznavour et qu’elle connaît déjà Souchon, alors là bien sûr c’est gênant parce qu’autant, dans une battle Aznavour vs. Bénabar, Aznavour l’emporte. (Qui perdrait ?) (Cali ?) (Géro ?) (Caligéro?) Mais dans une battle Aznavour vs. Rimbaud, j’aime autant le jeune qui est plus vieux. 

L’apanage du papa c’est encore, quand l’enfant a huit ans, de distinguer pour elle ce qui est bien de ce qui ne l’est pas. C’est une dictature, pour son bien. Pour Rimbaud, elle m’a cru. 

N’empêche qu’il ne faut pas confondre Ma Bohème et La Bohème , néanmoins elle les confond et je les ai confondues avant elle, alors j’ai rassemblé mes œuvres complètes et mes souvenirs de lycée ; je lui ai lu Ma Bohème. 

Nous nous en sommes allés les poings dans nos poches crevées.

C’était un bon soir de septembre, mais en mai. 

J’avais l’air d’un vieux, mais un rien beau. Je crois qu’elle me trouve beau. Comme on triche quand on est papa. 

Le premier quatrain est plutôt bien passé. Un petit rictus sur le « Oh ! Là ! Là ! que d’amours j’ai rêvées », alexandrin bricolé, un soir de biture sans doute, il en faut peu pour devenir icône, pourquoi pas « Oh là là là là là là là là là là là là » (en voilà treize à la douzaine). 

Mais Arthur filait-il droit ? 

Douze pieds ! Ce qui doit être bien encombrant pour marcher droit.

Je suis le féal de ma petite fille car, elle, ma Muse. Eh oui, nous sommes en 2019. 

Et puis l’alexandrin magique. Un bon Rimbaud et tu redonnes du baume, du rimbaume au cœur des petites filles, surtout en temps de deuil. Et qu’il se retourne dans sa tombe, il n’avait qu’à pas y tomber si jeune, morveux mort jeune, va. 

« Mon unique culotte avait un large trou. » 

Pas la mienne, la sienne ! 

Alors bien sûr, douze pieds. Dans une culotte. Et qu’il avait unique en plus ! Un garçon qui n’a qu’une culotte.

Le con. 

On a bien ri. Ce qui est beaucoup, beaucoup plus important que les sonnets de l’autre sonné, que le charme de Charles, que ce con vieux Bénabar.

Les tercets n’ont pas été gagnants, à l’inverse du mistral qui soufflait (2019 !!) 

Nous riions trop. Une culotte avec un large trou ! Et unique en plus ! 

Douze pieds près de nos cœurs, nous riions. 

Je lui lirai le Dormeur un soir d’insomnie, et de non-deuil. Pour lui redonner encore le sourire. 

(si vous voulez lire Tangente, il est toujours possible de se le procurer à prix réduit avant la publication début juillet : https://www.laptiteheleneeditions.com/boutique/tangente.html )

Les abeilles – blog de papa lion

On rentrait de je ne sais plus où, c’était le piano ou bien la danse en tout cas c’était mercredi dernier, on regardait nos pieds, on s’est dit tiens une abeille, on a levé le nez, on a vu un énorme essaim alors on s’est calfeutré comme des nigauds. Mon fils était intrigué, ma fille effrayée et moi je ne savais pas trop quoi faire, je sais bien que les abeilles sont en voie d’extinction, j’ai bien compris qu’on disparaitra juste après elles si elles venaient à disparaitre juste avant nous, je n’ai rien contre elles, elles sont jolies, elles butinent, elles reproduisent, elles fabriquent du miel, elle ne feraient pas de mal à une mouche, mais enfin des milliers d’abeilles, tout de même, il fallait bien prendre une décision avant que les petites bêtes ne mangent les grosses. 

Je vous fais un d’essaim ?

J’ai décidé d’appeler Denis dont j’ai trouvé les coordonnées sur l’excellent site du syndicat gardois des apiculteurs, indispensable essentiellement, il faut bien le reconnaître, en cas d’invasion barbare. 

Nous enfilions nos costumes d’happy apiculteurs (dédicace à un chanteur que je n’aimais pas beaucoup, ben non je n’aimais pas beaucoup Bashung, je ferais bien du Bashung bashing mais il y a plus urgent : régler son compte à Bénabar) moins d’une demi-heure plus tard. La rigolade, surtout pour appuyer sur le déclencheur de l’appareil photo avec les mains gantées. Nous sommes bien tombés en tombant sur Denis, ingénieur à la retraite et apiculteur à plein temps. Grand sourire, grande barbe, infinie passion, il a tout expliqué des reines qui font bzz bzz à mes enfants. De la confiture à des cochons ? Certainement pas, d’ailleurs je préfère le miel. Ca tombe bien : de la gelée royale à des agneaux ! Ma fille se tenait malgré tout à bonne distance des travailleuses. Elle pensait « on s’en fout on n’y va pas » (pan, benne à barre) et puis a fini par s’approcher de l’abricotier colonisé. En serrant les dents, les fesses, les doigts. Et moi je serrais dans ma main ses petits doigts (pas besoin d’expliquer). Elle n’était pas rassurée mais elle s’est approchée. 

L’essaim était aggloméré sous une branche de l’abricotier qui n’aura finalement jamais rien donné d’autre que des abeilles, environ trois mètres au-dessus du sol. Denis a déployé son échelle, je la lui ai tenue en gardant d’un coin de l’œil le foutu essaim ; quelle pagaille là-dedans, ça s’agitait dans tous les sens. On ment à propos des abeilles. On les affuble d’une intelligence rare et d’un sens peu commun de l’organisation. Les entomologistes mentent religieusement : je les trouvais plutôt excitées et bien bordéliques, des milliers de petites hyperactives avec trouble patent de l’attention, quand on pense que l’avenir de l’humanité repose sur leurs épaules. 

La peste ? non, quelques milliers d’abeilles.

Et tout ça dans mon jardin. 

En plus elles n’ont même pas d’épaules. 

Elles voletaient dans tous les sens. Ce n’est pas voler ça. Denis les a enfumées, je trouvais que ce n’était pas volé. Comme j’avais la tête qui tournait moi-aussi j’ai proposé un verre d’hydromel à mon apiculteur qui m’a répondu jamais pendant le service, ce qui constituait un sacré revers. Le cou bien droit, il a brandi son épuisette sans cesser de bavarder et a fait nonchalamment tomber l’essaim dans la ruche posée à dessein sous l’arbre. Ca a fait un bruit sourd et les insectes les plus intelligents de la création sont docilement mais néanmoins bordèliquement entrés dans la ruche. Coucouche panier.

J’aurais aimé placer la photo dans le bon sens mais je ne sais pas faire. Pardon Denis. Désolé.

Pathétique épilogue. Et pis quoi ? Et pis Denis est reparti mais il m’a recontacté quelques jours plus tard, nos abeilles avaient bien grandi et s’étaient mises au charbon. Sur la vidéo, je ne les ai pas particulièrement reconnues, enfin si, un air de famille peut-être, cette énergie consacrée au travail, ce dévouement pour le chef, cette sacralisation du collectif. J’ai remercié Denis et je me félicite d’avoir participé à la survie de l’espèce par le truchement de son épuisette à petites bêtes. 

Le jus, le matin.

Avoir le jus, le matin.

Ce n’est pas facile les lundis matin, il faut ouvrir les yeux avec les mains. Je caresse les joues chaudes, certains gestes familiers sont à la fois douloureux et agréables. J’annonce un bon déjeuner à mes deux croissants, comme chaque matin. C’est présomptueux et routinier. Con comme un rituel. Peut-être qu’ils n’aiment pas et qu’ils ne l’ont jamais dit. Je remonte, je surveille un peu le café comme le lait sur le feu. Ca sent bon, je redescends, je cherche les starters. Puis c’est le feu.  

Histoire de me lever encore dix minutes plus tôt, j’ai acheté un extracteur de fruits super génial, une petite bombe atomique et domestique, diététique et même esthétique : il n’occupe pas plus de la moitié du plan de travail. Pas terrible comme nom ça, plan de travail. Ça me rappelle l’école. Couleur carmin crème, technologie vis sans fin, plaisir sans fin, ni soif, vite, à (bonne) mine et détox. Grand seigneur, le fabricant me l’a expédié accompagné de son petit fascicule qui suggère d’extraire le jus des brocolis, des épinards, du romanesco, des roma and co, de trucs verts et rouges dont la méconnaissance gâchait jusque-là ma vie. 

Ma fille l’appelle Jus-jus. J’appelle ma fille Bébé. Ce n’est pas moins bête. 

Mais les envies ça se partage et mes enfants ont surtout envie de jus de pomme et d’orange quand c’est de leur lit qu’on les extrait. Alors on extrait surtout du jus de pomme et d’orange, on se marre bien parce que ça fait sortir des crottes oranges de la machine et puis c’est quand même méga bon même s’il suffisait de croquer dedans. J’introduis subrepticement des bouts de carottes, on constate qu’il n’a pas exactement le même goût que la fois précédente, je mens à propos du ratio pommes / oranges et fais remarquer qu’il est quand même sept heures trente-deux.

Mon extracteur tourne aussi les semaines sans les enfants. Je pourrais broyer du céleri quand ils ne sont pas là mais je m’en tiens à la pomme et à l’orange. C’est chou et ce n’est pas rave. Je mange bio, j’essaie de broyer davantage d’oranges que de noir, je vivrai cent ans. 

J’aime beaucoup brosser ses cheveux emmêlés aux alentours de sept heures quarante-trois, j’aimerais qu’il soit un peu plus tôt mais ça sent le départ, son cou la nuit et le salon le café.

Je n’ai jamais le temps de nettoyer mon extracteur de jus le matin. Je le retrouve dans l’évier en rentrant, pathétique et démantelé. La pulpe s’est solidifiée, c’est galère, je porte un coup fatal à la planète en le nettoyant à grand jet. Mon fils me fait remarquer qu’il se vend des jus en bouteille dans la plupart des supermarchés. 

Il parait que les vitamines des fruits s’évaporent si on tarde à boire leur jus. Il fait un bruit de dingue cet appareil, ils forment avec la machine à café un duo d’enfer. Le genre qui réveille les enfants le week-end, mais jamais les jours d’école. Ce n’est pas plus mal : expert ès père, j’aime encore donner la main pour ouvrir les yeux. 

Dilili à Paris – Blog de Papa Lion

Dilili
Dilili est heureuse de faire de la corde à sauter.

On a vu Dilili à Paris, à Montparnasse pour être précis. J’étais avec mon fils et nous visitions la grande ville, devisions de la Belle époque et des verrières Art nouveau, alors je lui ai dit « allons voir le dernier Ocelot ».  Surtout, il avait bien aimé Kirikou nous avions deux heures à perdre ;  nous avons décidé de les gagner. Il ne confondrait plus Montparnasse et Montmartre, mon sacré petit cœur.

J’ai peu de souvenirs de Kirikou sinon qu’il n’est pas grand mais vaillant ça oui. Les élèves l’adorent. A mon avis c’est parce qu’il est toujours tout nu. Je me rappelle une grande sorcière qui lui cherchait des noises. J’ai vu plus récemment Ivan Tsarévitch et la princesse changeante, avec mes enfants puis avec mes élèves puis de nouveau avec mes enfants. Il y avait quatre contes en un et comme j’y suis allé trois fois j’ai vu douze contes en trois. C’était formidable, pas du dessin animé pour les gens qui rient fort et qui ruminent le pop-corn, oh ça non, c’était plutôt de l’artisanat, du home made, du man made, et même du self-made-man made à en croire Michel Ocelot qui avait eu la bonne idée d’assister à une des représentations à Nîmes pour nous en expliquer les ficelles en fin de projection : des bouts de ficelle, justement et, à l’en croire, trois chutes de papier, une paire de ciseaux, une chambre noire, un peu d’imagination, de bonne volonté, du talent, un cousin éloigné de Kirikou et paf, dans la boîte.

Nous venions de monter à l’arc de Triomphe, mon fils était de plus en plus titi, à la nuance près qu’un gamin qui colle son visage à la lunette avant des rames de métro automatique est forcément touriste. Mais je cultive sa culture. Dilili : j’étais enchanté, j’étais heureux de vous rencontrer. J’ai beaucoup aimé que Monsieur de Toulouse-Lautrec soit de la partie : cet été, ces deux-là n’avaient pas été très copains.

Réconcilier mon fils avec Monsieur de Toulouse-Lautrec

Dilili n’est pas grande, mais elle est polie. Avec les grands d’il y a cent ans et avec les petits triporteurs. C’est fin. La kanak n’est pas canaille. La caldoche en a plein la caboche. Nous visitions Paris et nous l’avons revisité avec Dilili, Paris revisité au goût du cinéaste : l’inconfortable triporteur faisant office de bus touristique et cahotant sur les pavés nous a bien promenés. Double lecture, pour les pas grands et les plus grands, et des procédés ciné confondant l’image et la photographie. C’était mieux que Paris, c’était la très Belle époque.

Mes enfants sont retournés voir Dilili, à Nîmes, avec leur maman. Mon fils l’a donc vu deux fois. Il aimerait y retourner. Il est amoureux de Paris. Il est amoureux du cinéma de Michel Ocelot. Je crois qu’il est amoureux de Dilili.

Depuis, ma fille est heureuse de me rencontrer dix fois par jour. Sa licorne aussi, son ours pareil. Ils sont tous heureux de se rencontrer et font la révérence. Monsieur Ocelot : « C’est extraordinaire. Quel bonheur d’être avec toi dans ton triporteur. »

Padam Padam Paname – Blog de Papa Lion

On a passé trois jours pleins en plein Paris, on ne va pas se plaindre. On a laissé la voiture près de la gare, Bébé Lionceau était inquiète, elle avait peur qu’on lui pique ses vignettes de supermarché, il en faut 52 pour avoir pas cher (à vérifier) un couteau aztèque, elle avait peur qu’on se fasse braquer la caisse pour des vignettes donnant droit à un couteau aztèque, alors elle a caché les vignettes dans le vide-poches qui contient eu égard à sa fonction tout ce qu’ont contenu toutes les poches de mes proches depuis 10 ans.

Le voyage, allez, s’est plutôt bien passé. Nous voilà à Paris. On s’est régalés. J’ai vu mes parents mon frère ma nièce et 10 millions d’autres personnes, c’était bien. On est monté à l’Arc de triomphe et on a descendu la Grande Armée, c’étaient les montagnes russes qu’affectionnait tant Napoléon. On a crapahuté, c’était bien, main dans la main. L’un avec ses grands-parents, l’autre avec moi puis vice-versa. On a vu le lapin du métro et le lion de Denfert. On a vu le petit chat des tontons et l’autre petit chat des tontons. On a cru mourir quand j’ai voulu rentrer à pied. On s’est amusé au Musée. Mon fils a dénombré les voitures aux moteurs hybrides.

Vingt ans à Paris, vingt ans loin de Paris. Je suis hybride. Mais les bouffées de thermique ont le bon goût de l’ancien.

Dans le train, le cœur déjà à la maison. Le voyage, retour, se passe dans l’autre sens. Je suis dans celui de la marche. On se tire. On se tire le portrait.

Portrait tiré. Porc traits tirés. Port très tiré.

Gare de Lyon, l’amateur qui aurait mieux fait d’en faire sa vie jouait Padam. Je n’y aurais pas prêté attention il y a vingt ans. Aujourd’hui j’entendais Paname. Ca doit être normal !

Dans le train encore, ma fille dessine un smartphone. C’est un Aphone 15. Il coûte tout de même quinze mille millions d’euros. Elle a téléchargé des explications. Une d’elle permet de télécharger des couteaux aztèques. Mais il manque toujours une vignette. Heureusement, arrivés à demeure ou presque, la voiture est toujours là.

Nouvel iPhone15. Mille millions d’euros. Une petite fortune. Sans les explications.

La preuve que c’est un vrai.

Jour après jour, nous complétons donc des collections.

Le portail qui n’ouvre pas grand chose – Blog de Papa Lion

Je me suis levé de bon matin et les enfants jouaient déjà à l’école des doudous dans une chambre, du coup j’ai joué à l’ « école de la confiance » dans mon salon en me connectant au Portail de saisie et de restitution des évaluations nationales (en vrai, le portail hébergé par Amazon mais qui dysfonctionne grave). Je suis un peu à la bourre pour saisir des évaluations de rentrée mais comme on les a eues en retard et que les élèves n’ont rien saisi et qu’elles ne servent à rien, les évaluations nationales, eh bien je ne me stresse pas trop. Les élèves, eux, étaient bien stressés quand il a fallu s’y coller. C’était écrit « Pour l’école de la confiance » sur la page de garde et on a reçu la consigne de bien leur dire qu’ils avaient le droit de se tromper et même de ne rien répondre s’ils ne savaient pas. Pour une fois, ils ont bien suivi la consigne. C’est pas mal de prévenir les enfants qu’ils vont se tromper, voire n’être capable de rien écrire. C’est « l’école de la confiance ».

« Peut-être que vous n’y arriverez pas. Ce n’est pas grave. Si vous ne savez pas, vous n’entourez rien et vous attendez que je lise le problème suivant. N’ayez pas peur, faites comme vous pensez. C’est important. ».

(Démerdez-vous.)

Il paraît qu’ils ont tout fait au ministère pour que les parents ne puissent pas se procurer le guide de l’enseignant pour la passation de consignes. Tu m’étonnes.

Ca nous a pompé une semaine de classe et de bonne humeur. Les élèves ont tourné les pages et n’ont pas vraiment compris pourquoi on leur imposait ça. Nous non plus ! Le temps des évaluations, il n’était plus temps de différencier, de manipuler ni d’encourager les réussites. Il s’est agi de se repérer tant bien que mal dans des formulaires A4 interminables et rigides jusqu’à la passation de consigne qu’il nous a été demandé de formuler verbatim, deux fois, à quinze secondes d’intervalle.

Le langage oral n’a pas été évalué. Ni la créativité des élèves. Ni leurs compétences motrices, ni leur santé, ni leur équilibre. C’est pourtant dans les programmes et ça vient du même ministère. On est en droit de s’interroger : le connard qui a conçu ces évaluations, il ne se foutrait pas un peu de notre gueule ?

Alors je me suis bourré le crâne (l’an prochain, la tronche) ce matin tôt, parce que mes enfants étaient pris par l’école des doudous et surtout parce que du lundi au samedi entre 8h et 23h, le serveur bugue. C’est rageant parce qu’on n’a pas envie de le faire, vu que c’est contre-productif et qu’on a aussi sa semaine à préparer et qu’on aimerait profiter de la vie, et bim ça bugue. Le fonctionnaire dysfonctionnant. On nous impose des outils dont on n’a pas envie et qui vont à l’encontre de l’intérêt des élèves, qui coûtent une fortune, qui engraissent Jeff Bezos et dont il faut faire remonter des données. Et puis ben…Ca bugue.

convivial et opérationnel, le Portail de saisie

A l’Education nationale, on recrute des guignols qui font inscrire sur les formulaires d’évaluation  « Pour l’école de la confiance », mais on n’est pas fichu de recruter un informaticien. Pas d’informaticien, pas de médecin du travail, pas de ressources humaines. Mais un Portail de saisie et de restitution des évaluations nationales (en vrai, le portail hébergé par Amazon mais qui dysfonctionne grave).

Et les publicités pour BMW ont remplacé Laspalès et sa Matmut sur France Inter ! Tout fout le camp dans le métier !

On lit sur l’écran « L’erreur suivant s’est produite : » ; mais on ne sait pas de quelle erreur il s’agit. C’est le même tarif pour les élèves. Ils auront tous fait des erreurs, mais je ne leur expliquerai pas lesquelles. J’aurai un tableau excel, un truc du genre, enfin je suppose. Je l’aurai peut-être au mois de janvier. On me dira alors que ce sera déjà l’hiver qu’à la fin de l’été, untel écrivait ses chiffres à l’envers et qu’il n’a pas identifié que lunettes finit comme pirates.

De toute façon, dans mon oreille à moi, en été comme en hiver, lunettes ne finit pas comme pirate mais comme planète.

Finalement, j’apprends que l’erreur qui s’est produite, c’est l’erreur 304. Me voila mieux. Je suis toujours bloqué.

Ca bugue et que ça re-bugue, même le dimanche matin, le Portail de saisie et de restitution des évaluations nationales(en vrai, le portail hébergé par Amazon mais qui dysfonctionne grave). Mais je ne me résous pas à me lever la nuit pour faire ça. Ils n’auront sans doute pas toutes les réponses de mes élèves, rue de Grenelle. Je serai mal évalué.

Je descends voir les enfants. Dans l’école des doudous, pas d’évaluations nationales. Le maître et la maîtresse ont l’air de bien s’entendre. Personne ne les empêche de travailler. D’ailleurs, à part Kiki qui est encore puni, les doudous ont l’air heureux.

Vacances à Albi – Blog de Papa Lion

On n’a pas hyper marché car il ne fait pas beau. C’est notre alibi. Nous sommes au supermarché d’Albi, dans le rayon dont on veut connaître tout un rayon, celui de la culture. Quoique tout soit question de nuance quand on est à la fois chez Michel et chez Edouard. J’arrête mon char : y’a pas mal de Girac (c’est un nom du coin) et très peu des autres. Mais nous cherchons plutôt de la lecture. Au coin des bibliothèques multicolores, les stéréotypes ont la vie dure : l’émotion est toujours aussi bonbon, l’aventure plutôt mentholée. Quant à l’étalon, il est forcément noir. Le veinard. Bébé Lionceau se demande bien quoi se fader, du rose ou du vert. Je pense très fort mon frère ! Je suggère à mon grand bébé de l’aventure pleine d’émotion, ou bien de l’action plein d’humour. Elle choisit finalement un documentaire.

Emprunté au blog « Fille d’album »

 

 

 

 

 

 

 

Et mon grand, mon petit, mon fils prodige, prodigue, spirituel et biologique: toujours à parcourir les rangées avec son doigt ; lu, pas lu, pas voulu, lu, pas lu, pas voulu. Le retour des troisièmes vacances du petit Nicolas volume 4 ? T’es gentil mais j’entre en sixième. Harry Potter ? T’es gentil mais ça fait peur. (L’essentiel étant que je sois gentil.) Je le sens perdu entre Renart et les calamars géants (sa sœur salive discrètement à l’idée qu’ils puissent être à la romaine). Il nage entre deux zoos et repart avec un bon. Un très bon, un voyage au centre de la Terre, pourvu qu’il forme la jeunesse. Quant à moi à qui il reste tant à lire, je change de rayon et même de braquet pour me planter devant les coffrets Girac . C’est un best-of ou l’intégrale ? Ca me paraît en tout cas surdimensionné. Je vais me dire qu’il a une bonne tête de con, ce Girac, quand mon bébé rien qu’à moi le reconnaît. « C’est Kendji ! » Oui ben quel tête de con. Je lui bouge les épaules au bel espagnol. Derrière, il y a un coffret de Claude François. Je le bouscule, il ne se réveille pas, comme d’habitude. Encore derrière, c’est Bénabar. Y’a des journées comme ça. Le « best of ». Vivement le best-off.  Pas trop envie d’entendre rimer pizza avec chipolata, je le cache derrière Girac. Je prends un Gainsbourg et un Brassens. J’aime bien les petits nouveaux.

Nous marchons quand même dans Albi. Visitons la cathédrale. Plantons devant le Jugement Dernier. Devant les sept péchés capitaux, audioguide à la main, main à l’oreille, je sens que Grand Frère Lion réfléchit. La gloutonnerie, c’est pas bien. Sa sœur appuie sur Pause, enfin sur Play, c’est le même bouton, ça la fait marrer de pouvoir téléphoner dans l’église. Elle me demande ce que c’est, la luxure. Je cherche le contrôle parental sur l’appareil.

Au Musée Toulouse-Lautrec, les enfants me mettent à l’affiche : ils sont hilares. Il n’y a pourtant rien de drôle bordel !

Nous rentrons au camping car il se fait Tarn. Dans la voiture, ma fille commence et termine son documentaire. Faudra y retourner. Mon fils choisit le CD de Gainsbourg, qui va et qui vient entre des reins et qui manifestement s’y sent bien. Il me demande pour chaque chanson ce qu’elle signifie, exactement. (Je regrette un quart de seconde l’immédiateté de Bénabar). Nous roulons, le ciel est lourd, la route est très belle.

Et puis Bébé Lionceau demande à son frère : « elle y est sur le CD Quand la musique est bonne ? », ; je me marre tant que j’en loupe l’entrée du camping.

C’est facile finalement de faire du pédalo sur la vague en rêvant.

Le Labo – Blog de Papa Lion

J’explique à mesure que nous approchons qu’un atelier d’artiste, c’est simple, c’est un atelier avec au moins un artiste. Au premier abord les enfants cherchent un lien avec la nuée de petits cœurs fluorescents virevoltant comme des insectes hyperactifs sur les murs du proche voisinage et tout cela précède notre entrée ; il y a la musique dans la rue, aussi. Ma fille est fan du beat actif. Mon fils est fin dubitatif. Elle a déjà franchi la porte de l’établissement, il hésite. Il se lance : il est venu voir Ivan.

Y’a des coeurs des papillons

C’est coloré, c’est pâte à mâcher mais violent, menthe poivrée, du street and strip art. Bruyant et bouillant. C’est brillant.

La lumière noire, déjà. Rien que ça. La lumière noire…C’est bien Ivan. Occis mais pas mort.

C’est comme si les enfants étaient attendus, des sodas sont tendus, mon fils se détend. Ivan entreprend la visite du Labo. Je baisse le volume pour qu’ils aient d’une chance d’entendre. J’espère qu’ils y comprendront quelque chose, qu’ils m’expliquent, parce que je ne suis pas sûr d’avoir tout bien compris. Les enfants font le tour plusieurs fois, y’a des Vénus velues et nues venues d’un peu partout. Celle de Milo l’était bien. Celles d’Ivan ont leurs deux bras, elles. Et qu’est-ce qu’il fait de tout ça ? demande mon fils. Ben. Ivan. Les enfants reconnaissent notre tableau, enfin celui d’Ivan, enfin non d’ailleurs c’est le mien à présent. Il est reproduit, ça me gêne mais quand y’a de la gêne y’a pas de plexi. Alors pas de gêne ici. Nous en cherchons un autre et je les charge de choisir.

Mes enfants poids plume étudient les nains en plomb. C’est ce soir plein de personnes de petite taille, le Labo. Ivan met mon fils à l’aise et aux platines. Ma fille s’empare d’un feutre luminescent et se tatoue LOVE sur l’avant-bras. Ca flashe et ça promet. Son sourire est extatique. Elle se met à danser, sa tête tourne pas mal, bienvenue au Labo, là où tu prends des couleurs surtout la nuit. J’ai Labo-nnement. Les discussions s’enflamment, l’atelier d’artiste entre en mode nuit.

Le Labo demande de l’énergie or les enfants faiblissent : nous saluons les copains, les inconnus, les nains, Barbie, Snoopy, le Christ, Bart Simpson et toute la faune. Mes enfants viennent de vivre une drôle d’expérience. Je les avais pourtant prévenus : il s’agit bel et bien d’un Laboratoire.