Le blog de Papa Lion

un blog de papa pour les jours de pluie

Le blog de Papa Lion - un blog de papa pour les jours de pluie

L’après-midi d’anniversaire – Blog de Papa Lion

On arrive sur le parking du parc d’attraction jeux loisirs pour enfants, il y a le père de F. qui fume sa clope, il prend l’air de celui qui prend l’air. Je lui serre la pogne : regards de connivence qui voudraient signifier que le meilleur endroit ici, c’est le parking, mais les enfants se tirent la bourre pour me tirer la manche. C’est un dimanche à la bourre, je ne vais pas tailler la bavette avec le papa : c’est l’anniversaire de F., l’amoureuse de Grand Frère Lion. Nous entrons dans l’entrepôt des entre-potes.

Le bruit.

F. est là ainsi que pas mal de ses petits copains en chaussettes et furie. Je voudrais tester le toboggan mais il faut parler avec les mamans. La conversation tourne assez rapidement autour des enseignants et des enfants, surtout ceux qui n’ont pas été invités, ceux qui disent des gros mots quand les nôtres déclament du Carême. Plusieurs mamans nous faussent compagnie, la faute à la course à faire et nous sommes du coup pris au piège, Maman Lionne et moi, nous n’allons pas laisser la maman de M. gérer seule tous ces enfants. On interdit aux plus petits l’accès au toboggan des grands, on demande aux plus grands de ne pas aller dans l’espace des 0-3 ans ; plus tard, très vite, tout de suite, tout est mélangé.

C’est le goûter, les enfants sont en surchauffe. Ils dansent le gangnam style sur les bancs. Je pensais qu’on en avait fini avec le gangnam style en 2014. Bon, gangnam style. Grand Frère Lion hésite entre lever les yeux au ciel et faire des moulinets avec les bras. Il mouline finalement les bras en levant les yeux au ciel. Il est bon, Grand Frère Lion : plus il s’empêtre dans son gangnam style, plus il me fait penser à Claude François. Bébé Lionceau mouline les bras et déhanche à mort. C’est limite, je me demande où elle a appris ça. Le gâteau arrive. Je fais le service à la petite cuiller, on ne me dit pas beaucoup merci.

F. est contente, son anniversaire est réussi. Je félicite la maman, c’est chouette, ils ont de la veine, ces enfants. Je l’aime bien, cette maman. Je n’ai jamais vu la couleur de ses cheveux mais je l’aime bien. Elle nous aime bien aussi parce qu’elle trouve que nos enfants sont super bien élevés, ça me fait marrer : elle n’est pas là quand Bébé Lionceau repousse ses tomates en disant qu’elles sont dégoutantes. Elle a des valeurs très tradi, la maman de F. Par exemple, elle refuse de mettre ses enfants dans l’école publique parce que dans l’école publique, on apprend des trucs pas nets. Bon, moi j’y travaille à l’école publique et, hormis quelques chansons de Gainsbourg et une approche un peu minimaliste des arts visuels, mon enseignement est conventionnel. Je cherche à lever le voile et je comprends très vite que c’est à propos des garçons et des filles. Ca aussi, je pensais que ça avait disparu avec le gangnam style, mais non. Du coup, la maman de F. préfère l’école catho. Je ne vois pas le rapport, je me dis que le genre l’embarrasse davantage que les paradoxes. Je n’entre pas dans le débat, ce sont les vacances et mes enfants sont dans le catho aussi. Maman Lionne me suggère d’aller faire une course. Je loupe les fraises Tagada mais tant pis.

Quand je reviens, les enfants refont un tour de toboggan et nous celui de la conversation. Nous levons notre verre de Fanta une dernière fois pour tous puis le camp, une bonne fois pour toutes. Dehors, le papa de F. est là. Il fume encore. Nous courtoisons et nous disons qu’au plaisir…Je m’interroge sur les plaisirs du papa de F.

Les enfants m’épargnent la peine de leur demander s’ils se sont amusés : au premier virage, ils dorment déjà.

Attention, alerte à la vigilance prudente – Blog de Papa Lion

escargotJe corrige les évaluations avec Bébé Lionceau et Grand Frère Lion et nous rigolons bien. (Pédagogues s’abstenir.)

« Alors elle tu vas voir elle va avoir une mauvaise note…Tiens, qu’est-ce que je t’avais dit ? Et lui…alors lui…ah non tiens, pas mal.

- 7/20, c’est pas mal Papa ?

- Ah oui, pour lui, c’est pas mal. Attends voir, elle…bon, elle écrit son prénom en lettres bâtons et au crayon, c’est pas bon signe.

- Pourquoi elle a fait des dessins ?

- C’est pas des dessins, c’est un message codé pour le Maître. Attends, je décrypte : « Je man fou du moi yenage ». Allez, un point de bonus pour le dessin.

- Ca lui fait combien alors ?

- Ca lui fait un. »

Bref, je prends quelque recul par rapport au principe d’éducabilité ce qui est d’autant moins pardonnable que j’associe à ce cynisme gras mes pauvres enfants mais enfin nous sommes en vigilance rouge ; je suis vigilant, avec mon petit verre de rouge, et nous rions. Et il suffirait aux enfants des autres d’apprendre leur leçon.

J’entoure les erreurs d’orthographe, je fais deux traits sous les minuscules de début de phrase, j’en ai marre. Professionnel jusqu’au bout, j’avance l’heure de la récréation et nous sortons…dans la cour.

Dans la cour, c’est le retour de Gogo l’Escargot, d’ailleurs Bébé Lionceau est catégorique : elle le reconnaît parce qu’elle le reconnaît. Elle jubile, tu te souviens Papa, on avait fait un…un…une escargotière, crâne Grand Frère Lion. Oui, c’est le même et on va le mettre dans le…dans le…dans l’escargotière s’impatiente l’aîné. Oui, dans la maison là.

Grand Frère Lion est sceptique, il lui semble bien que c’était un petit gris, la dernière fois. Arrête, c’était l’année dernière, comment peux-tu te souvenir ? Il se souvient parce qu’il se souvient. Et là, c’est un escargot de Bourgogne. Ben il s’est drôlement paumé, rigolons-nous. Je rigole un peu trop, Grand Frère Lion m’interroge. Je m’explique : ça ne peut pas être celui de l’année dernière, pardi, j’avais oublié de percer le Tupperware, il avait clamsé pendant la nuit.

Grand Frère Lion n’est pas bien, là, il n’y a plus que moi à me marrer. On est en alerte rouge, c’est pas le moment de faire déborder le Gardon alors, pour détendre l’atmosphère, je propose de faire une maison pour Gogo II et cette fois on fera un trou dans le couvercle. Ouais ! Bébé Lionceau demande si elle pourra dormir avec Gogo II, ce soir. Où ça, dans le tupperware ? Non, dans sa chambre ! C’est non. Mais pourquoi non ? Et si promis elle le garde sous son oreiller ?

Tupperware, caillou, laitue, puis nous rentrons, je finis de surévaluer mes élèves sous-évolués mais revoilà déjà Bébé Lionceau toute inquiète :

« Et si la pluie mouille Gogo II ?

-       T’inquiète, il est à l’abri dans son Tupperware.

-       Ben oui, mais t’as fait un trou dedans. »

Nous sortons sous un parapluie voir si Gogo II n’a pas attrapé froid. J’ouvre son petit Velux…Bébé Lionceau, appelle vite ton frère, il y a des œufs ! Grand Frère Lion dévale les escaliers, la loupe à la main. Je tente de faire le malin : vous voyez les enfants, nous avons la preuve que c’est une femelle. Pas du tout répond mon fils, prix Nobel des mollusques. Chez les escargots, c’est aussi bien le mâle que la femellee qui pond les œufs.

Mais comment il sait tout ça, lui ? Il m’énerve des fois. Bébé Lionceau insiste pour que nous rentrions Gogo II à l’intérieur. J’hésite, et qu’est-ce qui se passe quand j’hésite ? Ben je cède.

Nous passons l’après-midi avec Gogo II. Et puis vers 17 heures, je ne sais pas ce qui s’est passé, j’ai dû rétrograder en vigilance orange, toujours est-il que je retrouve le tupperware sans son couvercle. Il y a des oeufs, des crottes, un reste de laitue, mais pas d’escargot. Selon les premiers témoins interrogés, Gogo II aurait eu chaud, et manifesté l’envie de se promener à l’étage.

Ce soir, Bébé Lionceau dort vraisemblablement avec un escargot sous son oreiller.

Vintage ou High-tech – Blog de Papa Lion

Faudra me payer cher.

Faudra me payer cher.

C’est dans le magazine de la Fnac qui s’appelle Contact (et « Reviens » tant les enfants qui continuent malgré tout de croire au Père Noël y glandent et glanent des idées pour plus tard). Quand on n’est pas monomaniaque de la page Jeux, on apprend non sans (double négation mon Frère) cocasserie et en deuxième de couverture que la Fédération nationale d’achats des cadres vendait de l’électroménager avant le lancer lancement du disque. Quel n’est pas notre étonnement en apprenant que la micro-informatique (c’est quoi ?) a fait son entrée à la Fnac en 1980 tandis que moi, je rentrais à l’école en pleurant ma mère. Le contact, je vous dis. Mais on apprend aussi dans la double page la plus manichéenne de Contact qu’en 2014, on est catégoriquement Vintage ou High-Tech. Si l’on est Vintage, on incite ses enfants à demander au Père Noël un Kiki, un téléphone à cadran, un Nain Jaune ou une peluche Calimero. J’aimerais raconter ce que l’on achète à ses gosses quand on est High-Tech. J’identifie péniblement des robots et aussi un genre de tyrannosaure, mais enfin le Crétacé assez crétin date de 60 millions d’années ; je l’aurais rangé du côté Vintage.

Je ne milite pas, je m’en fous. Je n’ai jamais vu Star Wars. J’suis un ringard et je m’en fous.

Les enfants parcourent le catalogue. Ma Poupée est déçue : ça manque de poupées. Ce n’est pas un catalogue à son image. Grand Frère Lion hésite entre le Nain Jaune, ce jeu ringard où son papa l’avait pillé cet été, et une tablette. Ah, une tablette ! On a chacun ses emmerdements mais c’est comme ça, pour Noël, on a vraiment envie de faire plaisir à ses enfants. Moi je suis ringard mais je m’en fous, j’ai 37 ans, j’ai trouvé une femme qui a accepté de traîner avec un ringard. Ca va, Star Wars, on peut vivre sans. On peut vivre aussi sans moi du reste. Finalement, on ne saura jamais ce que l’on rate, sans Star Wars ou avec moi. J’ai imposé à mon fils des choix ringards toute sa vie : le piano, la lecture, les deux adverbes de négation. Il va avoir sept ans. Pour faire le papa cool, je montre le vilain tyrannosaure à mon fils, il me rit au nez, me parle de météorites. Il est devenu ringard ? Pas sûr, il lorgne décidément les tablettes.

Je (m’en) remets à plus tard. On n’est pas mi-octobre et ça devrait être déjà Noël. C’est vrai qu’il n’y a plus de saison. Les enfants vont jouer dans la cour. 10 cm d’eau cette nuit, un grand soleil cet après-midi. L’eau charrie : des crasses encombrent la grille d’évacuation. L’automne me déteste et le temps périt. Quand ça ne va pas, je regarde mes enfants jouer. Alors je regarde mes enfants jouer. Puis il pleut, nous rentrons.

Mon fils ce blaireau

blaireau papalion1Chez nous le grand frère supplie sa petite sœur de jouer avec lui et tantôt elle opine, tantôt elle a le chat à fouetter. L’autre jour par exemple, le chat devait être introuvable, elle se retrouve à jouer avec son pis-aller de frère comme on accorde l’aumône.

Faut dire qu’il a des jeux, mon fils, faut être motivé.

Ce jour-là à force d’hésiter le grand frère finit par consulter sa Pythie sœur. « Tu veux que je sois ton animal ? ». Ca commence bien…J’aurais aimé qu’elle élève le niveau mais non bien sûr, c’est trop beau, servi sur un plateau de dînette, bien sûr qu’elle veut qu’il soit son animal. « Tu veux que je sois ton loir ou ton blaireau ? ». C’est au tour de la princesse d’hésiter : les loirs, les blaireaux, elle n’est pas bien sûr que c’en soient, des animaux. « Un chien ! » – « Ah non » ! proteste le minuscule grand frère , « j’étais déjà ton chien hier ».

Elle a beau porter la culotte et si possible maculée de princesses, la petite fille sèche : loir ou blaireau, elle ne voit pas. Son frère la sent qui se démotive et s’en remet à moi : « Papa, il nous faut de toute façon un animal qui hiberne. Evidemment, les loirs hibernent, donc je ne peux pas être un loir. Mais les blaireaux, ils hibernent les blaireaux ? »

Comme j’aimerais qu’ils hibernent. Hélas il s’avère que le blaireau n’hiberne pas, enfin pas vraiment si l’on en croit la page wikipedia consacrée au sujet et que nous lisons en diagonale. Va pour le blaireau.

Dans les secondes qui suivent, Bébé Lionceau semble tirer une laisse imaginaire précédée de mon fils à quatre pattes qui incarne un formidable blaireau domestique. Mais très vite sa sœur se lasse de le tirer en laisse : elle le laisse, il l’enlace et la lèche mais elle se fâche. C’est l’abandon.

Grand Frère Lion est déçu mais surtout il s’étonne : « je ne le fais pas bien le blaireau » ?

Je ris mais cet enfant m’inquiète, je n’aimerais pas qu’il propose à ses camarades de leur faire le blaireau. On le respecte encore, peut-être parce qu’il connaît les jurons du capitaine Haddock. Ca ne les tiendra pas en respect longtemps.

Je couche mon petit blaireau, il me réclame son package tendresse, je lui en sers le double. Je n’y pense plus et puis quand même ça me revient, parce qu’avant d’éteindre pour de bon sa lumière, j’ai passé le nez dans son terrier. Pardi, il dormait comme un loir.

Accompagner une sortie scolaire – Blog de Papa Lion

diane

Morts ou pas complètement ?

Comme l’an dernier au même endroit, mon fils me fait salut de la main. Il a la banane, c’est un peu la star aujourd’hui puisque son papa accompagne la sortie. Il me fait coucou de la main, je lui fais un clin de l’œil avant de trouver ma place au dernier rang et alors nous nous mettons en marche. Cette fois-ci, la maîtresse ne me refile pas les vilains comme l’an dernier : j’ai le droit à un petit frisé bavard, Loris, qui me demande pourquoi je suis le père de Grand Frère Lion et pourquoi nous n’avons pas de console de jeux à la maison, qui me raconte que sa mamie est partie en vacances, qui m’assure qu’il m’a vu tout à l’heure dans la cour de récréation et qui me rassure enfin : dans son cartable, sa mère a glissé un sous-pull en polaire au cas où il ferait froid. « Super », observé-je. Sauf que son cartable est dans la classe « Tant pis », conclus-je. Nous n’avons pas fait 100 mètres que je veux changer de copain.

Nous longeons des tags, on me demande ce qui est écrit, je n’arrive pas à lire, on me fait remarquer que mon fils lit mieux que moi. Je les trouve drôlement à l’aise. Nous traversons notre quartier. Des graffeurs ont officiellement redécoré la semaine dernière les façades de la rue la plus pourrie de la ville pour qu’elle ne soit plus la rue la plus pourrie de la ville. Ils ont été payés par la mairie. Un des graffitis représente un monsieur avec une très grosse tête et un tout petit zizi. La classe de CE1 – CE2 se tort de rire. La maîtresse regrette de ne pas être passée par la rue d’à côté mais je la console : depuis la semaine dernière, la rue d’à côté, c’est devenue la rue la plus pourrie de la ville.

Nous traversons le boulevard et il faut un peu pousser Kilian pour qu’il avance : « t’as vu la BM, mon frère, sérieux je la valide ! ». Et les gazelles, tu les choufes ? C’est éprouvant ces enfants qui n’en sont pas. Nous arrivons enfin au musée.

Au musée, il y a des sculptures très vieilles et très impressionnantes qu’il ne faut pas toucher mais c’est trop tard, Kilian a déjà touché. Amina demande s’il est mort. Le sculpteur ? Non, le monsieur dans la statue. Kevin éclate de rire. Bien sûr qu’il est mort : il serait pas dans un musée, sinon.

Sinon, la conférencière est sympa. Elle nous fait asseoir au pied d’une statue et entame son laïus autour des amours de Diane chasseresse. Amina n’est pas très attentive. Elle regarde Diane et surtout son chien. Vrais ou pas vrais ? Et si vrais, morts ou pas morts ? Zut à la fin, la maîtresse a dit un jour qu’il n’y avait pas de question idiote. « Madame, le chien aussi il est mort ? »

Comme Mathéo se cure le nez et que Yanis n’arrive plus à défaire les lacets de ses deux chaussures qu’il a noués ensemble pour voir, la maîtresse suggère à la dame que nous passions rapidement à l’atelier. Je dénoue les lacets de Yanis, regrettant de ne pas plutôt lui attacher les mains aussi. Nous sommes assis et chaque enfant agile doit sculpter de l’argile dans le but d’en faire une sculpture. Un sujet vivant, hein les enfants ! Grand Frère Lion sculpte une tête sur laquelle il pose de la laine jaune qui filoche ; des cheveux ? C’est original, une tête. Bon, je ne vais pas l’accabler, les travaux manuels ne sont pas sa spécialité. Mon fils, c’est trois dessins en six ans, dont deux pour la dernière fête des pères (une commande). Et puis une tête, tant qu’elle est bien faite. A côté de lui, y’a Loris qui est content : comme la dame ne parle plus, lui peut recommencer. Même que chez sa mamie y’a une piscine mais qu’on pourra pas y aller. Pourquoi, demande Emma ? Oh, fallait suivre : elle est partie en vacances ! Je leur dis de bosser un peu, ils ne font que bavasser, ils m’énervent, ils m’énervent autant que mes élèves à moi, parler je veux bien, mais leur vie là, leurs mamies en vacances et leur animal préféré, ce qu’on s’en cogne, je ne sais pas pourquoi je me suis fourré là-dedans mon jour de repos ; ah si, je regarde la tête de mon fils, enfin la tête qu’il a faite, et je me rappelle : oui c’est pour l’accompagner, pour le voir avec ses copains. Et qu’importe qu’ils ne soient pas vraiment des copains, de copain il n’a visiblement que Kélian, un petit gentil comme lui, ils se sont tenus la main pendant tout le trajet, y’a plus qu’eux deux pour se tenir la main tout du long au CE1, je ne suis même pas sûr qu’ils aient parlé. Ils se sont trouvés et ça me fait tout drôle de me dire que je ne suis plus le seul pote de mon fils.

Bref, Loris a sculpté un puits magique. Toujours plus malin que les autres. J’ai envie d’aplatir sa sculpture d’un coup là : on avait dit un sujet vivant ! Mais Kélian, le pote de mon fils, m’épargne cette peine. C’est l’apanage des gens qui ne parlent pas beaucoup : quand ça les prend, on les écoute. « Ton puits magique, on dirait des toilettes. » Pan. Bien joué Kélian. Grand Frère Lion sourit et Loris ferme enfin sa grande bouche. C’est un très, très bon moment.

Bilan : à part Grand Frère Lion et sa tête, Loris et ses toilettes, Yanis et son énigmatique Pokémon, tous les garçons ont sculpté un serpent. La maîtresse s’étonne mais c’est un peu de ma faute, je leur ai dit de sculpter un serpent s’ils n’avaient pas d’idées. Ben ils n’ont été nombreux à avoir des idées. C’était mieux du côté des filles mais je n’ai pas eu trop le temps de voir parce qu’il a fallu faire la police dans les toilettes (les vrais) et se remettre en rang. Nous sommes rentrés à l’heure. Finalement, ça ne vous change pas trop du travail, m’a lancé la maîtresse au moment de lui dire que ça a été un plaisir. C’est un peu ça.

Sauf que ce soir, dans la bibliothèque, on a posé la deuxième tête de mon fils, celle avec les cheveux tout blonds qui filochent.

La mélancolie, suite et fin – Blog de Papa Lion

seau minnieSes joues dépassent de la visière, c’est bien elle. C’est bon, ce que c’est bon ! Faut le voir ça, ça ne va pas durer et ce n’est pas que la faute à l’automne, non, c’est qu’elle va finir par les perdre, ses joues, son innocence, son seau Minnie. Elle perd déjà toute l’eau qui est dedans. A la plage, au soleil, nous tirons sur la corde et le temps, c’est beau temps le temps d’un dimanche de septembre et de répit, le temps est au beau fixe, c’est un sursis avant l’automne. Vite, à la plage. Nous sommes des gamins.

Comme il n’y a plus grand monde pour croire à l’été nous colonisons la plage. Nous faisons notre trou, nous en faisons partout. Nous laissons traîner nos affaires sans en avoir rien à faire. Bébé Lionceau ramasse à présent des praires pour son père. Grand Frère Lion est passé aux rébus dans Picsou. Je pense au futur.

Des rébus dans Picsou. La vie !

Suite au précédent épisode, nous nous demandions avec la collègue d’à côté si c’était le spleen, la mélancolie. Et puis nous nous interrogions avec le collègue d’en face : c’est doux amer, la mélancolie ? Bon. La mélancolie, ce serait dimanche avant lundi. C’est juste avant la nostalgie.

Et là, tout de suite, pas de bol : ben c’est lundi.

La mélancolie – Blog de Papa Lion

bonnet-pirate1Qu’il est difficile de définir la mélancolie lorsqu’on s’y plaît, si con, qu’on si complaît, qu’on l’entretient come un vilain défaut solitaire et mystérieux, si confidentiel. Et pudique. Et puis flûte, la mélancolie est un art de vivre. C’est une vertu au même titre que l’étourderie : qu’y a-t-il à reprocher aux étourdis mélancoliques ? Je me cherche des excuses en conduisant mon fils à la piscine. C’est bien un truc de mélancolique, ça, la piscine : t’es tout seul en slip de bain et tu brasses en pensant à tout ça. J’emmène mon fils à la piscine.

Je brasse des idées grisâtres quand Grand Frère Lion s’exclame : c’est que là, à une fenêtre que nous venons de passer, derrière les carreaux dégoulinant par le mauvais tour d’un orage de mars, il y a le cartable de Mohamed. « C’est le cartable de Mohamed, là, derrière la fenêtre ».

Comme la mélancolie m’ennuie, je saute sur l’occasion. « Celui de Mohamed ? T’es sûr ? ». Il est sûr, sûr sûr, sur le balcon, et ça me rappelle une chanson de Nougaro et ce n’est pas loin de me rendre tout mélancolique alors j’insiste : « comment peux-tu être si sûr, non mais c’est vrai, comment peux-tu être si sûr qu’il s’agit bien du cartable de Mohamed ? T’es sûr qu’il habite dans le coin ? » – « Ben oui, il vient à l’école à pied. »

Il vient à l’école à pied et donc, il habite là, derrière le carreau qui attire la mélancolie et le regard de mon fils – mais laissez-le tranquille ! Je suis sceptique. « Ici, nous sommes déjà loin de l’école et rien ne ressemble davantage à un cartable qu’un autre cartable ». – « Ah non mais c’est forcément le sien, y’a écrit NIQUE dessus. »

C’est un petit silence dans la voiture, je cède une priorité due mais quand même, comment peut-on être si catégorique et niais ? Alors oui, mignon, trop chou, ça se défend. Ou niais.

« T’es sûr que c’est NIQUE qui est écrit sur le cartable de Mohamed ?

- Ah oui : N – I – K – E.

- Ca fait Nike, ça.

- Ben non, NIQUE.

- Non mon chat, ça fait Nike. C’est en anglais, c’est le nom d’une marque. Nike.

- Ah mais je savais pas, je pensais que c’était NIQUE. »

Nous nous garons : comme d’autres, le mercredi, Grand Frère Lion a piscine. C’est la première fois alors je l’aide à enfiler son slipou de corsaire et son bonnet de pirate, ou bien c’est l’inverse, enfin toutes ces têtes de mort là, c’est comme si ça ne lui allait pas vraiment. Claudie lui passe la main dans les cheveux. Enfin, dans le bonnet. La vie.

Je repars dans l’autre sens, j’irai le chercher dans une heure, je repense au sac NIQUE, je suis tout mélancolique.

Servez-vous – Blog de Papa Lion

Ma dot.Nous sommes allés au Forum des associations, c’est la réunion des prosélytes en tout genre et des passionnés des grandes causes : les animaux, la Palestine, le théâtre, les poilus, les Poilus, le tai-chi. Célébrités locales et alcooliques anonymes se côtoient et fraternisent dans la grand-messe du qu’est-ce qu’on pourrait bien faire de nouveau cette année. Je bats le pavé et des records d’ennui tandis que Maman Lionne cherche un cours de danse pour Bébé Lionceau. Je vais pour rouspéter mais je me ravise : me voilà devant la Fédération des associations pour le don d’organes et de tissus humains. Je prends ma carte, la dame me recommande d’informer mes proches, je me retourne devant Bébé Lionceau qui lorgne les gommettes de la Croix-Rouge. Elle a trois ans. Je ne vais pas l’embêter avec ma mort, hein. J’avise Grand Frère Lion : six ans, le trauma facile, s’il apprend que je suis disposé à me faire tailler en morceaux en cas de mésaventure, il ne va plus me laisser partir en voiture. Bon, du coup, j’informe Maman Lionne mais elle le sait déjà, alors tant qu’à parler des choses qui remontent le moral, elle me suggère d’en parler autour de moi, des fois qu’elle soit dans la voiture avec moi, le jour de l’accident. Je décède – euh, pardon – je décide d’en parler ici une bonne fois pour toutes. Et pour que ce soit clair : « oui, je décide qu’après ma mort tout prélèvement d’organes et de tissus puisse être effectué en vue de greffe ». Voilà, si on vous demande, vous direz ça. Qu’ils m’entaillent et me dépècent, pourvu qu’il y ait un truc intéressant à récupérer, un poumon qui ne bronche pas, un cœur d’artichaut, trois fois reins, qu’ils se servent et le donnent à qui le veut, mais alors un type sympa hein, un pas trop con, ça ne court pas les rues mais enfin j’aimerais qu’on fasse bon usage de mon coffre fort intérieur.

J’espère simplement que ça fait moins mal qu’une prise de sang.

Sinon, on n’a pas trouvé de cours de danse pour Bébé Lionceau. Ce sera Kapla avec Papa. C’est pas le mercredi après-midi qu’il va m’arriver un pépin sur la route, tiens.

M’énervent – Blog de Papa Lion

Bébé Lionceau ne veut plus dormir seule, ça devait arriver, à dormir à droite à gauche, avec les cousines, les coupines, et sur le ventre, le dos, sur un côté et sur l’autre, chez les tontons de mon côté et les tatas de l’autre, tout l’été en vadrouille mais toujours accompagnée, ben voilà, Bébé Lionceau ne veut plus de sa chambre. Pourtant on l’a soignée cette chambre, on l’avait repeinte en bleu il y a six ans, en bleu, sa couleur préférée après le rose mais trois ans avant sa naissance, choisir sa couleur presque préférée avant qu’elle naisse, c’était fort. J’avais même peint derrière les poutres et par dessus les toiles d’araignées fossilisées du coup dans l’acrylique, du luxe, ou bien une autre marque je ne sais plus. Je n’avais pas dévissé les étagères pour peindre derrière mais enfin le cœur y était. Elle pourrait faire un effort, six ans plus tard. Et puis on se plie en quatre pour ranger tous les jours sa grande maison Playmobil, on se plie à ses exigences pour que ce soit cosy, because y logent du monde, dans cette maison Playmobil : une famille trois ou quatre fois recomposée, on ne sait même plus qui est qui, y’a aussi un pizzaïolo, un chien avec une patte cassée et un chevalier piqué au grand frère et à je ne veux pas savoir quoi d’autre. On y a aménagé une chambre pour la petite fille, vous me suivez, histoire de faire un modèle, mise en abyme poupée russe Vache qui rit tout ça : « la petite fille Playmobil elle dort toute seule dans sa chambre, elle, elle ne fait pas d’histoires, elle  »  - « oui mais nous on n’a pas de chien on a un chat ». Je ne vois pas le rapport mais je ne suis plus très loin de lui acheter un chien si ça peut la faire redormir dans sa chambre.

On a essayé de la laisser s’endormir sur notre lit pour la remettre dans le sien plus tard mais fatalement quand elle s’est réveillée à trois heures du matin pour vérifier qu’elle était toujours dans le lit de ses parents elle n’y était plus alors il a fallu l’y remettre sauf que du coup nous aussi y étions et qui a fini dans le canapé ?

On a finalement demandé à Grand Frère Lion si ça ne le dérangeait pas que sa soeur retourne dormir dans sa chambre, comme à la bonne époque. Tu parles, qu’il joue mal celui-là, il a fait celui qui hésitait. Mais c’est pas possible d’aimer sa sœur comme ça, franchement c’est limite cette relation fusionnelle, et qu’il est niais à se pâmer devant deux couettes et quelque taches de rousseur. On dirait son père.

Du coup ils refont les cons, alors on s’énerve, on dit qu’on ne veut plus remonter et que c’est la dernière fois sinon attention hein, il ne faudrait pas nous énerver sans quoi ouh la la, on fait des allers retours, on multiplie les dernières fois, ils se cachent sous les draps, ils m’énervent, ils s’énervent, alors évidemment ils s’endorment tard, on y passe du temps, et le temps c’est de l’argent, même si n’a pas forcément de rapport, c’est toujours ça de perdu. Et par les temps qui courent.

Ils font les cons jusqu’à pas d’heure, d’ailleurs là en direct ils sont en train de faire les cons, je vous parie qu’ils sont en train de se moquer de moi, ils doivent m’imiter ou un truc du genre. Voilà, tu flingues ta santé et ton emploi du temps à jouer les pères charismatiques et tes gamins se foutent de toi à dix heures du soir. Ils sont tout en sueur là, tout nus sous la clim et en sueur, et ça ne les dérange pas de m’affirmer que mais si, ils sont calmes.

Mais vous êtes sûrement déjà au parfum de ce cas piteux : c’est la rentrée qui nous exaspère.

Le film de vacances – Blog de Papa Lion

papalion« Pfff…tous ces voyages ». Grand Frère Lion préférerait rester chez lui. Je le chambre, il y disparaît. Nous voulons bouger, il préfère bouder. Mon fils réclame sa maison. Je réclame ses raisons alors il évoque les légos, les livres, le piano. Je nuance avec la mer, les apéros, le grand air. De son grand air il envoie promener mes balades. Je me lasse et menace : l’an prochain, ce sera le centre à errer. Ca l’alarme, c’est les larmes. Allez, je blaguais. Je ferais quoi s’ils allaient au centre aéré ? J’essaie de consoler. Je sais, c’est con. C’est laid. Toujours est-il que l’été vacille. Comme août s’étiole, nous partirions bien, même pas loin, enfin comme à chaque fois, tout près, boire l’été au soleil. Mais si le père est Casanis, le fils est casanier.

Le dernier mot sort de la bouche des enfants, nous restons chez nous. Pour m’occuper, je note dans un petit carnet les meilleurs moments des vacances. C’est pour tuer le temps. Pas facile, ça. Il défile alors j’écris des instantanés : c’est les vacances avec les grands-parents, la Bretagne, les cousines, la montagne, les anniversaires, le champagne, le filleul de Maman Lionne, la campagne. La mélancolie gagne.

J’en profite pour recopier les bonnes feuilles de Bébé Lionceau. Ce qu’elle peut nous faire rire !

Par elle et pour nous, nous ouvrons un cahier des bons mots parce que l’innocence est si chère qu’il faut en mettre de côté, et puis c’est comme tout, nous oublions. Embêtant : justement, ma mémoire n’est pas vive. Le meilleur s’est accumulé dans le ventre mou de mon disque dur. J’ai des restes de babillages. Ce sera bientôt magmatique. Il faudrait pourtant mettre de côté, pour l’avenir, les meilleurs morceaux. Faire durer les instants. Il faudrait polaroïder, faire des instants tannés, assurer ses arrières pour aller de l’avant. Je ne veux rien oublier. Je ne voudrais qu’il ne manque rien. Ni le solapin pour s’essuyer les mains, ni la confiture de fesses jusqu’aux oeils, rien de toutes les vacances d’été qu’on voudrait voir durer toute la journée et qui touchent à leur fin.

Déza !