Le blog de Papa Lion

un blog de papa pour les jours de pluie

Le blog de Papa Lion - un blog de papa pour les jours de pluie

L’autorité – Blog de Papa Lion

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L’autorité c’est comme l’oreille musicale ou la mayonnaise, on l’a ou on ne l’a pas, moi je n’ai aucune des trois et je vis plutôt heureux, bon pas triomphant non plus, il n’y a pas de quoi pavoiser, le triomphe n’est pas ma nature, mais juste plutôt heureux, ce qu’il faut, comme ça suffit, dans la médiane du sentiment de confort et à la moyenne du confort sentimental, il y a des jours avec et des jours sans, par exemple demain c’est jeudi et ce sera « comme un lundi » sauf que j’aurai l’air bizarre si je dis ça à mes collègues alors que ça se dit surtout le lundi, heureux donc mais pas radieux, je ne suis pas le soleil, juste tranquillement heureux avec ma femme et mes enfants, et pourtant, pour un heureux, pas autoritaire pour un euro.

J’ai parfois le cœur lourd, le corps aussi, mais la main lourde non, les deux fessées et demie ont été déclenchées par des pas sages avides, les miens, ceux que j’ai engendrés et ce serait de leur faute. Les torts étaient disons partagés. Je n’en ai pas dormi ces deux nuits et demie-là. C’était voilà une paye, on m’a pardonné, on ne s’en souvient plus je crois, j’évite d’en parler, oh ça va ce n’est pas si grave. Je ne juge personne, je me juge moi, j’aime autant ne pas l’avoir alors, l’autorité, si c’est celle-là.

Etre papa gâteau c’est tarte à la crème ? Ca tombe bien j’aime beaucoup ça la crème, la crème de la crème. Hier, j’ai pris cher, la chair de ma chair avait décidé de ne pas dormir. J’avais fait promettre de etc. et d’être etc. or pour une histoire, un bisou, un câlin, on en fait des promesses, j’en ai fait avant eux. J’avais à peine le dos tourné que ça commençait à parler, à parler quoi je me le demande, non d’ailleurs je m’en fous, c’est d’ailleurs à peu près ce que je leur ai dit en remontant pour la je ne sais plus combientième fois et je ne veux le savoir, ça aussi c’est ce que je leur ai dit : je ne veux pas le savoir, t’as mal au genou ? je ne veux pas le savoir, t’as perdu ton troisième doudou ? je ne veux pas le savoir, c’est lui qu’a commencé ? je ne veux pas le savoir, c’est plus ta sœur ? à la bonne heure, qui d’ailleurs pour dormir est bien dépassée, j’ai pensé très fort « vos gueules », j’ai dit « vous dormez maintenant », il ne manquait  que  « sinon Papa se fâche » mais je me suis retenu. Il me restait de la dignité.

Ils m’ont réveillé à sept heures ce matin du fait qu’il n’y avait pas école et qu’il fallait claquer les portes et jouer aux Playmobils devant la chambre de ses parents, alors je me suis levé, furieux tiens. Papa s’est couché furieux, il s’est levé furieux, c’est mercredi, Maman en voyage d’affaires, Papa en volée de bois vert, on va remettre les choses au point les petits bonshommes nés en 2007 et 2011 : je suis peut-être né sous Giscard et vous sous Sarkozy, ben c’est vous qui marcherez au pas. Privés de sortie.

On a pris le déjeuner dans la cuisine et un silence monacal. Quand Bébé Lionceau la petite abeille a eu fini ses deux petits pains au miel, sa tartine au miel et son bol de Miel Pops, elle n’a plus tenu :

« On va lou aujourd’hui Papa ?

-       On va nulle part, vous êtes punis, on reste à la maison ce matin.

-       Ah. Mais on va lou alors ?

-       Vous, dans votre chambre. Et moi je travaille.

-       Ah. Mais on va lou alors Papa ? »

Bon, j’ai levé la punition, mais c’était important de marquer le coup au moins pendant le petit déjeuner. On est monté à grande tour, on a vu toute la ville, on a fait du vélo, Bébé Lionceau a percé son collant, Grand Frère Lion a fait des dérapages y’avait de la poussière partout, on s’est envoyé un pique-nique de lascars, il n’y avait personne dans les jardins c’était divin, on est rentrés faire la sieste tous les trois dans le même lit, Grand Frère Lion s’est relevé très vite, on est ressortis, on a remis le couvert sans couteau ni fourchette pour le goûter : on s’est enfilé un pain d’épice entier à l’ombre et on a bouquiné, on avait rarement vu trois glands pareils sous le gros chêne, on s’est couru après et Bébé Lionceau a troué l’autre genou de son collant.

L’enfant perspicace : « Il est cassé mon collant »

L’enfant philosophe : « C’est pas grave, Maman le recousera.

Nous sommes rentrés.

Alors j’ai levé ma punition, oui. C’est pas comme ça qu’on assoit son autorité. Non. Néanmoins ce soir je n’ai pas eu à remonter.

Les bobos – Blog de Papa Lion

Il y a celles qui aiment les poneys et puis celles qui voudraient ressembler à Hello Kitty. Ma gamine, elle, est passionnée de pansements. C’est ma môme hématome : elle a toujours sa boîte à portée de mains au cas où l’un de nous viendrait à se viander. Si par malheur nous sommes indemnes, Bébé Lionceau réussit à nous trouver une petite plaie qui lui plaît et que nous ne soupçonnions même pas. Quand le trauma urge, la thaumaturge colle d’énormes pansements. Petit bébé (sa poupée cadette) a connu pas mal de  menus malheurs, ces derniers temps.

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Puisque c’est sa passion, nous avons acheté à Bébé Lionceau un livre sur les bobos. Un imagier très anxiogène : toutes les bûches qui peuvent arriver à un enfant, du doigt dans la porte à la chute du troisième étage.

Nous l’avons parcouru ensemble ce matin au parc et avons fait l’inventaire de tous les accidents possibles et imaginables. J’en tremble encore. La journée avait bien commencé, cache-cache et vélo, mais la lecture allait plomber l’ambiance. J’ai voulu sauter les vignettes les plus douloureuses (le poissard qui avale des produits ménagers, l’étourdi qui traverse sans regarder) et celles à travers lesquelles les auteurs ont manifestement voulu élargir le débat vers le handicap (l’enfant qui s’enfonce un coton-tige dans l’oreille, celui qui s’enferme dans un placard – certains ont bien fait de ne pas avoir inventé l’eau chaude : ils auraient trouvé le moyen de se brûler) mais rien n’y a fait : Bébé Lionceau insistait pour que ça saigne. Nous avons lu page à page.

Je suis plutôt insouciant pourtant le livre de Bébé Lionceau commençait à me  paniquer. Un gamin est passé devant nous en courant. « Tu vas tomber » j’ai pensé. Je m’en suis voulu d’avoir pensé trop fort et l’ai aidé à se relever. Et Bébé Lionceau qui avait laissé ses pansements à la maison !

La lecture finissait et nous allions enfin retrouver une activité normale quand nous sommes tombés sur le pense-bête de la troisième de couv’. Histoire de bien enfoncer le clou (attention quand même avec le marteau), un petit quiz de synthèse invite le jeune lecteur paranoïaque à dire pour chacune de ces images ce qui est dangereux :

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Releverez-vous le test ? Bébé Lionceau, la spécialiste, n’a pas manqué de trouver une bonne raison de se méfier du chat, de la prise de courant et même du sable (attendu qu’ils sont dangereux, nous n’irons plus jouer à la plage avec une pelle verte et un seau à pois). Donc la prudente enfant décline fièrement : il ne faut pas caresser le chat, il ne faut pas avaler les petits objets, il ne faut pas laisser ses doigts dans la porte.

Bébé Lionceau ne mangera pas ce poulet.

Je lui demande alors, pour le four. Pédagogue et catégorique, l’enfant nous explique qu’il ne faut surtout pas, mais alors surtout pas manger le poulet.

Nous avons finalement bien ri. Comme quoi.

Goûter philo – Blog de Papa Lion

Tu DONNES la main pour traverser.

Tu DONNES la main pour traverser.

« Lava elle est vilaine. »

Tout de suite les grands mots. Ma fille, amère, a du tempérament. Je tempère amoureusement :

« Ma chérie, il ne faut pas dire ça. Qu’a-t-elle fait, Lava ?
- Pas Lava. La-va. Elle a dit que moi je suis un bébé. »

Non mais d’où elle sort celle-ci ? Ca a trois ans et ça peste déjà. Traiter Bébé Lionceau de bébé. N’importe quoi. Je tempête :

« Oh mon bébé, mais non t’es pas un bébé. Oh la vilaine. Elle est vilaine Lava.
- Non, La-va.
- Lava, oui.
- Non, pas Lava. La-va. Elle est vilaine Lava.
- Oui, elle est vilaine La…elle est vilaine la…la copine.
- C’est pas ma copine.
- Ah, c’est plus ta copine ?
- Ben non c’est La-va. »

Certaines sorties d’écoles sont brumeuses. Bébé Lionceau raconte en long, en large, sur tout et surtout en travers. Je ne lui jette pas la pierre de Rosette mais enfin, qu’on me livre un décodeur.

Et passant tout à la fois de la pommade à son Papa, du coq à l’âne et de la compote au yaourt :

« Je peux awoir un wawoute à la wanille Papa chéwi ? »

Une grand-mère bretonne, un grand-père espagnol, tout ça pour avoir l’accent créole. Pas croyable. Et flagorneuse avec ça. Je cours chercher le yaourt, je le brasserais moi-même s’il le fallait.

« Oui mon bébé. Et toi mon grand, cette journée ?
-  Je me souviens plus. »

Les récits d’école de Grand Frère Lion c’est la face B, mais sans le son. Mais que peut-il bien faire de 8h30 à 16h30 ? Mon garçon n’est pas bavard. Je n’ai pas envie de lutter, j’aime autant le wolof de sa frangine, cap sur les aventures passionnantes de Lava. Drôle de prénom tout de même. Je demande son avis à Bébé Lionceau et bien entendu :

« C’est pas Lava, c’est La-va.
- Lava ou pas, il ne faut se laisser faire mon bébé. Les copines n’ont pas le droit de te traiter de bébé.
- C’est pas ma copine Lava.
- Vala, c’est ce que je dis, alors tu ne te laisses pas faire, si elle dit que t’es un bébé eh bien tu…tu…
- Tu lui dis que c’est elle le bébé. »

Bien, Grand Frère Lion. Très bien même. Inattendu, mais très bien. Merci Champion. Tu parles peu, mais tu parles bien. C’est du vécu de gaillard ça. Il a peut-être un cheveu sur la langue et la langue dans sa poche, mais enfin il sait se défendre mon fils. Alors pour marquer le coup, pédagogue :

« Tu vois, ton frère, lui, il ne se laisserait pas faire. Hein chéri, dans la cour quand un grand t’embête tu te laisses pas faire ?
- Non, moi je vais tout de suite voir la maîtresse. »

Mouais. Bon. Avant de passer à autre chose, pour en avoir le petit cœur net, de nouveau à Bébé Lionceau :

« Finalement, tu lui as répondu quoi, toi, à Lava ?
-  Je lui ai wien dit.
- Ah. Oui. Le mépris, ça s’appelle. Très bien, ça le mépris. Ca leur fait les pieds, aux enquiquineurs, le mépris.
- Moi, j’ai tapé Lava. Je suis pas un bébé moi. »

J’en savais assez sur la journée de mes enfants. On a raclé le fond de sa compote en silence et on est parti jouer.
C’est con, comme prénom, La-va.

Mon fils le crabe – Blog de Papa Lion

Papa Lion

Copyright Maman Lionne

La gare en elle-même n’a rien de renversant. Le béton y est au contraire massif, la verrière est banale, le fronton néoclassique, c’est dire si ça tient bien debout. Des rajouts successifs et autant dépourvus d’originalité que de cohérence ont gommé tout le cachet de l’ouvrage originel, c’est une gare de province dont on se fout pas mal sauf quand il s’agit de prendre le train.  C’est d’ailleurs sans fantaisie que le tableau des arrivées annonce les retards et que les départs en prennent acte, comme dans n’importe quelle autre gare. S’il fallait porter un avis sur celle de ma ville, le mien serait positif car c’est de là qu’on monte à Paris, de là aussi qu’on part en Espagne et encore de là qu’on accueille la famille ou les copains quand ils viennent bronzer dans le Midi. Ils me trouvent dans le hall, black.

Mais sauf le petit air de vacances, c’est une gare qui ne vaut pas le roman. Alors, pour lui inventer du caractère, ils y ont installé un piano. Et pas n’importe quel piano : un piano noir, brillant, un Yamaha ; une sacrée bécane en tout cas. Il est là pour adoucir les mœurs de voyageurs, ils l’ont placé juste derrière le pylône qui soutient le panneau des retards. C’est beau et ça attire du monde. J’y ai vu et entendu une ersatz de Rihanna et un vieil Elton John. Il n’est même pas nécessaire d’être titulaire d’un titre de transport pour jouer. Il faut juste faire la queue et ne pas craindre de rater son train.

Grand Frère Lion s’y est installé l’autre fois, pendant les vacances. C’est un ersatz de qui, Grand Frère Lion ? Je ne sais pas. Disons, Tchoupi. Nous partions à Paris. Nous étions en avance et, à une lettre près, en vacance. Soyons concis : c’est mon fils, c’est le meilleur, c’est comme ça. Il s’est installé au piano. Il n’a joué ni Elton John, ni Rihanna. Il a joué le Crabe.

Merde, le Crabe, c’est beau :

« Il s’en va de travers
On dirait un camembert
Il s’en va de travers
Son petit nom c’est Hubert
 
Il a une patte qui gratte
Il a une pince qui grince
 
L’autre jour ma grand-mère
A voulu faire cuire Hubert
Il s’est pas laissé faire
L’est parti pour l’Angleterre. »

Subversif hein ? Du monde s’est approché, il faut dire que Grand Frère Lion est tout petit pour son âge, alors imaginez, assis devant son piano. On aurait dit Petrucciani, mais enfant. J’étais fier.

Mon fils est un crabe. Ce n’est pas un crack. La vie il la craque à pleines dents, ça me fait de la peine, c’est dur, c’est ce qu’il dit ça, que c’est dur, le tennis c’est dur, marcher c’est dur, se lever c’est dur, pas autant que se coucher ou dire bonjour à un inconnu. Mais lire trois Tintin dans l’après-midi, c’est facile, c’est comme jouer du piano ou faire des Légo. Ou faire ses lacets. Enfin, les lacets, ça a été dur. Oh qu’est-ce que ça a été dur. Pas longtemps, mais très dur. L’affaire a été pliée, enfin, nouée en trois jours. Mais ça a été très dur, pendant trois jours. L’inventeur de la chaussure à lacets en a pris pour son grade et nous aussi pour avoir honoré son invention, quand les chaussures à scratch sont si commodes. Et puis c’est venu d’un coup et on n’en a plus entendu parler. La lecture, ça, ça n’a jamais été dur. Des lettres les unes après les autres, ça, c’est bon, il est né avec. Mais dessiner un bonhomme, ouh la la, dessiner, très, très dur. Presque autant que se faire des copains, jouer dans la cour, car ça aussi c’est dur. Tenez, à son anniversaire, il a fallu travailler l’enfant au corps pour qu’il lâche le nom de deux trois copains. C’est surtout à nous que ça a fait plaisir : si ça n’avait tenu qu’à lui, Grand Frère Lion n’aurait invité que sa sœur. Ca aurait été original, ça, un goûter d’anniversaire avec sa sœur. Un mercredi, quoi. Ah, ça, jouer avec sa sœur, parler de sa sœur, s’enquérir de sa sœur, coller un poisson d’avril dans le dos de sa sœur, jouer avec les poupées de sa sœur, se déguiser en sa sœur, fastoche. (Prêter ses Légo à sa sœur, moins fastoche).

On nous a tout dit : trop intelligent, trop bête, hyper ceci, hyper cela, un père ceci, une mère cela, qu’il fallait insister pour le sport, qu’il fallait arrêter le tennis tout de suite, qu’il fallait lui foutre un bon coup de pied aux fesses ou bien lui tendre un quatrième Tintin pour parfaire la collection. Mon pote F. dit qu’il faut lui masser le pied droit sous la cheville et qui si nécessaire il lui plantera une ou deux aiguilles, mon pote J. dit qu’il était pareil quand il était petit, ma copine E arrêterait à ma place le lait de vache, la maîtresse dit qu’il est gentil et qu’il pleure de moins en moins, la prof de piano n’a jamais vu ça, mon Atsem dit qu’il faut le faire tester, mais à écouter mon Atsem il faudrait mettre la moitié des élèves à l’asile et faire tester l’autre moitié (je lui suis tout de même reconnaissant de l’avoir placé dans la moins mauvaise moitié), mon pote N. dit que mon fils finira comme son père, mon pote L. dit que c’est normal chez les Gitans (je ne suis pas Gitan), moi je me demande du coup comment je vais finir, ma femme E. n’est pas loin de penser que tout est de ma faute si l’on regarde d’un peu plus près les chromosomes en cause, ma mère pense que mon fils sera parfois malheureux plus tard, mon père est content d’avoir un petit-fils pianiste et prévoit de prendre le 43 pour aller le voir à Pleyel, le docteur dit que ce n’est pas grave de marcher les pieds en dedans ni d’avoir la taille d’un enfant de quatre ans. Y’a même un type, alors lui je le retiens, qui m’a dit qu’il était normal. Non mon gars, Grand Frère Lion n’est pas normal. Il est paranormal, Grand Frère Lion, il est fou. C’est un gamin qui ne supporte pas qu’on le regarde mais qui joue Le Crabe à la gare et qui, quand il a fini, est à la limite de te demander ce que tu attends pour aller composter les billets. Je le verrais bien médecin, mais pour l’instant, quand il a fini de s’habiller, il a le slip de la veille qui pend en bas de la jambe et l’étiquette sous le menton. Le genre médecin à moustache, mais alors de chocolat. Attention toutefois à ne pas le lui dire : il s’effondrerait.

Alors je fais quoi ? Je regarde mon crabe, mon petit crabe, et je me dis qu’on peut bien marcher de travers ensemble, même si le chemin, du coup, est un peu plus long.

Des vêtements en carton – Blog de Papa Lion

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Je ne suis pas bien, là. Je le répète plusieurs fois à Maman Lionne mais elle n’entend pas, trop occupée à plier de bon cœur de pierre. D’artichaut, le mien plie sous le poids de l’émotion et des piles de turbulettes, nuisettes, bodys et autres vêtements d’enfants devenus trop petits et pourtant si encombrants dans nos combles capharnaüms. Maman Lionne sait faire, elle s’affaire à défaire des piles d’affaires pour les trier par âge. Ma femme donne ces vêtements à d’autres enfants même s’ils seront moins beaux que les nôtres. Je donne le coup de main.

Je vois défiler des dizaines d’habits minuscules et des milliers de souvenirs. A chaque âge sa peine, à chaque vêtement sa larme : Grand Frère Lion dans le body taille naissance avec les têtes de morts, Bébé Lionceau dans ce…cette…C’est quoi, ça ? Un leg’in. Ah, bon. Je l’ai fait enfiler à ma fille des dizaines de fois sans savoir comment ça s’appelait. Mieux vaut tard que jamais. J’essaie de voir le bon côté des choses mais pour de vrai je ne suis pas bien, là.

Faire des enfants c’est faire des cartons. A quoi bon garder ? Autant que ça serve à d’autres. De là à encartonner du 36 mois. 36 mois c’est trois ans, c’est donc l’âge de Bébé Lionceau. Comment, ma fille ne rentre plus dans un 36 ? Dis tout de suite qu’elle boudine dans un 36 ! Je pétasse un peu. Maman Lionne me tend le marqueur. J’écris 36 mois sur le gros carton.

C’est mieux qu’un album photo. J’en viens à dire « ah…. » ou « oh… » à chaque petite fringue, j’en déplie que je n’ai pas bien vues. Nous perdons par ma faute un temps fou. Mais malgré mon travail de sape, les sapes sont emballées, triées, prêtes à être expédiées.

Je ne suis pas bien mais ça pourrait être pire. En fait, j’ai le sourire. Le petit body taille naissance avec les têtes de mort, j’ai réussi à le mettre de côté.

L’occasion fait le larron – Blog de Papa Lion

velorouge-papalionJ’ai acheté à mon fils une bécane de feu. La preuve, elle est constellée de stickers de pompiers. Elle est rouge. C’était une sacrée occasion et je ne l’ai pas ratée. Un coup de karcher pas cher et le tour a été joué : quand Grand Frère Lion est rentré de l’école, il y avait un vélo de pompiers tout neuf dans la cour. Il n’y a vu que du feu.

Il y avait d’ailleurs deux vélos tout neufs ou presque puisque Bébé Lionceau a récupéré le vélo vert sur lequel j’ai remonté les stabilisateurs. Le fameux vélo avec le pouète pouète. Grand Frère Lion n’était pas très content de s’en séparer, il s’y était attaché et surtout à son pouète pouète. Mais enfin ses genoux tapaient ses épaules à chaque coup de pédale. Il fallait changer. Du coup Bébé Lionceau a eu elle aussi son vélo tout neuf mais d’occasion, une occasion du lion puisque celle de son frère. Pas peu fière la frangine. Deux vélos tout neufs pour le prix d’un vélo d’occasion, j’étais moi aussi content de mon coup.

La faute aux fins de mois difficiles et au cours très élevé du vélo neuf, nous tapons dans le retapé. Pauvre Bébé Lionceau, elle n’aura pas eu à user ses fonds de culottes : ils l’étaient déjà. Bon j’exagère. Les culottes sont neuves. Ou presque.

Mais enfin pourquoi acheter du neuf quand ce dont rêve la petite sœur, c’est de récupérer ce qui a servi à son idole de frère ? Bébé Lionceau aime bien chaparder les biens fraternels. Ce n’est pas du vol, c’est du mimétisme. Quand l’idole déjeune, la jolie a l’idée de lui prendre ses jouets. Que je t’aime, c’est rock n’roll. C’est l’amour.

Les jouets, les bouquins, le vélo. Tiens, la poussette : achetée en 2008 sur Internet, une poussette comme sur ce site. Six ans plus tard, les poignées peluchent un peu. La roue avant droite a du jeu. Et alors ? Elle a fait Paris, Moscou, Berlin et deux enfants. Tiens, je me demande si elle résisterait à un troisième, la poussette.

Probablement pas. Faut pas pousser la poussette. Nous nous arrêterons là. L’occasion, ça fait la blague pour le petit deuxième. S’il y avait un troisième, il faudrait tout racheter. Et pour que ce soit rentable, céder l’ensemble à un quatrième.

C’est sans fin. Je suis le larron de l’occasion à condition de ne pas exagérer.

Les photos – Blog de Papa Lion

Le souvenir de ses grands-parents me paraît le plus cher et le plus durable des souvenirs d’enfance. Je jalouse du coup mes enfants quand ils sont auprès de leurs grands-parents. Pour que le plaisir soit équitable, et parce que je suis adorateur d’hier, je trouve un bon prétexte et je sors le vieil album. J’adore les albums de famille. On a beau constater que cela ne nous rajeunit pas et que les protagonistes ont bien changé, mon plaisir est intact quand il s’agit d’expliquer aux natifs du vingt-et-unième siècle qu’elle, c’était ma Mamie, autrement dit la maman de la maman de ton Papa, que lui, là, c’est Oncle A quand il avait ton âge et que, non, son maillot de bain ne jurait pas à l’époque, que le truc que Papi porte à la bouche ou à la main sur toutes les photos, c’est une pipe ; qu’enfin, sur cette autre photo, c’est le mur aujourd’hui immaculé qui est derrière toi et que ton Papi et ta Mamie, pris en ce temps d’une envie déraisonnable d’être de leur temps, s’étaient mis en tête de tapisser de fleurs bleues.

Je sors le vieil album (il a mon âge) pour prodiguer ma pédagogie généalogique à Bébé Lionceau ; ça la passionne deux minutes : elle dit un truc incompréhensible au sujet du maillot de bain d’Oncle A. et puis elle part. Nous tournons tout de même  les pages. Le vieil album (36 ans du coup) n’a pas pris une ride. On ne peut pas en dire autant de tout le monde. Grand Frère Lion fait l’inventaire de tous ceux qui n’étaient pas encore là. Je souris à ceux qui n’y sont plus : les vieilles photos (1977, tout de même) sonnent le rappel des heureux souvenirs. Puisqu’il paraît que c’est moi, je regarde la tête que j’avais en décembre 1977. J’ai 144 fois l’âge que j’avais sur la photo. Je rassure mes parents : c’est moi qui ai le plus vieilli.

Un four – Blog de Papa Lion

four-papalionDans la plus pure tradition de l’homme à la maison, du moins de l’image que je m’en fais ou celle que je contribue à véhiculer, n’en déplaise aux papas modèles, moi, les cookies, je les rate. Nous cultivons notre jardin (trois tulipes) et pas mal de stéréotypes : ma fille est en rose, mon fils en bleu, ma femme en tournée et moi en vacances. Et les cookies, je les rate.

Je promets à Maman Lionne qu’elle aura des gâteaux à son retour, sans faute. Elle les aura mais pas sans faute même si c’est moins de la mienne que celle de cette fichue levure qui ne manque pas de lever entre autres le doute sur ma capacité à manipuler un four. Je voulais faire des cookies. Je fais un four. Comme nous nous y mettons à trois pour préparer les fameux cookies et que mes enfants ont les yeux plus gros que le ventre et faut voir la taille des ventres, nous préparons trop de pâte. Nous faisons des pâtés épatants que nous patouillons tant que nous pouvons et quand nous n’en pouvons plus nous les fourrons dans le four thermostat machin position truc. C’est très beau, de la lumière s’allume (dans le four essentiellement). « C’est gros les gâteaux » n’en finit pas de saliver Bébé Lionceau. « Ca va être raté » prévoit Grand Frère Lion. « Vous êtes gonflés », je leur dis ainsi qu’à nos cookies car ils commencent effectivement à prendre du volume. « Maman utilise deux plaques, elle »,  précise le grand narquois de l’air de celui qui ne met pas ses deux parents sur le même plan de travail. Je lui fais remarquer qu’il fallait le dire avant. Grand Frère Lion propose de rajouter une deuxième plaque tant qu’à faire et qu’il est temps et parce que Maman fait comme ça, elle. En deux temps mais une quantité de mouvements je transforme chacun de nos cookies en deux cookies par un savant procédé mitotique puis je dispose les clones sur la deuxième plaque. Mais en fait de deuxième plaque il s’agit d’une grille à travers laquelle les tout nouveaux cookies ne tardent pas à couler. Nous sauverions au moins les cookies de la plaque, ceux que nous venons d’amputer de leurs moitiés, ainsi que les apparences et un peu d’honneur si j’avais disposé la grille en dessous de la plaque. Mais je l’ai glissée au-dessus. Les cookies d’en haut font splotch sur ceux d’en bas ce qui rassure Bébé Lionceau : les bébés ont retrouvé leurs mamans.

Grand Frère Lion propose de tout mettre au congélateur pour que ça durcisse. Je lui propose de tout mettre à la poubelle. Nous partons acheter des Granola.

Des vacances bien méritées – Blog de Papa Lion

Les vacances ont mis le temps mais enfin vendredi, après avoir fait copier les devoirs à accomplir, je suis rentré chez moi le cœur et le cartable légers et c’est avec le sourire à la main et le bulletin aux lèvres que Grand Frère Lion m’a accueilli. Et quel bulletin ! Bien sûr on s’en fout, il n’est qu’au CP, dix-neuf ans d’études le séparent encore de sa dernière année de médecine et puis je suis de la grande maison comme on dit dans la police et dans les films mais comme on ne dit pas souvent dans l’Éducation nationale tant on peine à s’y trouver comme chez soi, je sais qu’il ne faut pas leur mettre la pression, qu’à chacun son rythme et que le cancre d’aujourd’hui peut être Nobel demain quoique ça n’arrive pas si souvent que ça. Autant prendre un bon départ alors mon cœur de père n’est pas insensible. Je ne masque pas ma joie malgré l’évidence attendue du satisfecit professoral. Et les occasions de féliciter un bon élève sont si rares.

C'est l'heure des bulles, tiens !

C’est l’heure des bulles, tiens !

Nous ne nous pavanons jamais au sujet de tel ou tel succès de l’un ou de l’autre ou plus souvent de nos deux enfants. Ce ne sont pourtant pas les occasions qui manquent tant sont parfaites leurs innombrables perfections. Du reste nous évitons toute pression scolaire au-delà des menaces physiques. Mais enfin regardez par vous-mêmes : Grand Frère Lion était beau et gentil, le voilà doué pour les études.

Bref, nous sommes en vacances. Les vacances de février sont loin d’être mes préférées mais elles tombent cette année en mars alors je m’en accommode et je ne veux pas froisser les inconscients qui exercent toute autre profession que celle d’enseignant en vacances, surtout que je ne suis pas en vacances. Je suis en week-end.

C’est mars, le soleil rit et les tulipes se croient aux vacances de Pâques qu’on n’a plus le droit d’appeler vacances de Pâques et qu’on appelle à tort de printemps puisque le printemps c’est maintenant. Qu’importe si ça giboule dans quinze jours : on nous annonce un temps magnifique pendant toute la quinzaine, il pourra bien pleuvoir quand nous serons de nouveau à compter les semaines avant les prochaines vacances en classe en train d’enseigner. Il va faire beau et nous voulons en profiter.

Du coup, Maman Lionne qui elle aussi a bien travaillé a décidé de partir quelques jours en vacances avec un type sympa. Elle n’avait pas trop le choix, elle l’a quand même porté sur moi. Nous nous apprêtons à prêter deux enfants bien apprêtés à leurs grands-parents. Pendant trois jours, le Gamin sera une clémentine. Super, on s’emmène où ?

Nous avons choisi de partir dans un coin paumé qui doit être bien agréable à visiter sans enfants. Une petite maison sympa avec une cour et trois tulipes qui ressemblent au printemps. Nous partons chez nous. J’espère que la déco nous plaira.