Le blog de Papa Lion

un blog de papa pour les jours de pluie

Le blog de Papa Lion - un blog de papa pour les jours de pluie

Servez-vous – Blog de Papa Lion

Ma dot.Nous sommes allés au Forum des associations, c’est la réunion des prosélytes en tout genre et des passionnés des grandes causes : les animaux, la Palestine, le théâtre, les poilus, les Poilus, le tai-chi. Célébrités locales et alcooliques anonymes se côtoient et fraternisent dans la grand-messe du qu’est-ce qu’on pourrait bien faire de nouveau cette année. Je bats le pavé et des records d’ennui tandis que Maman Lionne cherche un cours de danse pour Bébé Lionceau. Je vais pour rouspéter mais je me ravise : me voilà devant la Fédération des associations pour le don d’organes et de tissus humains. Je prends ma carte, la dame me recommande d’informer mes proches, je me retourne devant Bébé Lionceau qui lorgne les gommettes de la Croix-Rouge. Elle a trois ans. Je ne vais pas l’embêter avec ma mort, hein. J’avise Grand Frère Lion : six ans, le trauma facile, s’il apprend que je suis disposé à me faire tailler en morceaux en cas de mésaventure, il ne va plus me laisser partir en voiture. Bon, du coup, j’informe Maman Lionne mais elle le sait déjà, alors tant qu’à parler des choses qui remontent le moral, elle me suggère d’en parler autour de moi, des fois qu’elle soit dans la voiture avec moi, le jour de l’accident. Je décède – euh, pardon – je décide d’en parler ici une bonne fois pour toutes. Et pour que ce soit clair : « oui, je décide qu’après ma mort tout prélèvement d’organes et de tissus puisse être effectué en vue de greffe ». Voilà, si on vous demande, vous direz ça. Qu’ils m’entaillent et me dépècent, pourvu qu’il y ait un truc intéressant à récupérer, un poumon qui ne bronche pas, un cœur d’artichaut, trois fois reins, qu’ils se servent et le donnent à qui le veut, mais alors un type sympa hein, un pas trop con, ça ne court pas les rues mais enfin j’aimerais qu’on fasse bon usage de mon coffre fort intérieur.

J’espère simplement que ça fait moins mal qu’une prise de sang.

Sinon, on n’a pas trouvé de cours de danse pour Bébé Lionceau. Ce sera Kapla avec Papa. C’est pas le mercredi après-midi qu’il va m’arriver un pépin sur la route, tiens.

M’énervent – Blog de Papa Lion

Bébé Lionceau ne veut plus dormir seule, ça devait arriver, à dormir à droite à gauche, avec les cousines, les coupines, et sur le ventre, le dos, sur un côté et sur l’autre, chez les tontons de mon côté et les tatas de l’autre, tout l’été en vadrouille mais toujours accompagnée, ben voilà, Bébé Lionceau ne veut plus de sa chambre. Pourtant on l’a soignée cette chambre, on l’avait repeinte en bleu il y a six ans, en bleu, sa couleur préférée après le rose mais trois ans avant sa naissance, choisir sa couleur presque préférée avant qu’elle naisse, c’était fort. J’avais même peint derrière les poutres et par dessus les toiles d’araignées fossilisées du coup dans l’acrylique, du luxe, ou bien une autre marque je ne sais plus. Je n’avais pas dévissé les étagères pour peindre derrière mais enfin le cœur y était. Elle pourrait faire un effort, six ans plus tard. Et puis on se plie en quatre pour ranger tous les jours sa grande maison Playmobil, on se plie à ses exigences pour que ce soit cosy, because y logent du monde, dans cette maison Playmobil : une famille trois ou quatre fois recomposée, on ne sait même plus qui est qui, y’a aussi un pizzaïolo, un chien avec une patte cassée et un chevalier piqué au grand frère et à je ne veux pas savoir quoi d’autre. On y a aménagé une chambre pour la petite fille, vous me suivez, histoire de faire un modèle, mise en abyme poupée russe Vache qui rit tout ça : « la petite fille Playmobil elle dort toute seule dans sa chambre, elle, elle ne fait pas d’histoires, elle  »  - « oui mais nous on n’a pas de chien on a un chat ». Je ne vois pas le rapport mais je ne suis plus très loin de lui acheter un chien si ça peut la faire redormir dans sa chambre.

On a essayé de la laisser s’endormir sur notre lit pour la remettre dans le sien plus tard mais fatalement quand elle s’est réveillée à trois heures du matin pour vérifier qu’elle était toujours dans le lit de ses parents elle n’y était plus alors il a fallu l’y remettre sauf que du coup nous aussi y étions et qui a fini dans le canapé ?

On a finalement demandé à Grand Frère Lion si ça ne le dérangeait pas que sa soeur retourne dormir dans sa chambre, comme à la bonne époque. Tu parles, qu’il joue mal celui-là, il a fait celui qui hésitait. Mais c’est pas possible d’aimer sa sœur comme ça, franchement c’est limite cette relation fusionnelle, et qu’il est niais à se pâmer devant deux couettes et quelque taches de rousseur. On dirait son père.

Du coup ils refont les cons, alors on s’énerve, on dit qu’on ne veut plus remonter et que c’est la dernière fois sinon attention hein, il ne faudrait pas nous énerver sans quoi ouh la la, on fait des allers retours, on multiplie les dernières fois, ils se cachent sous les draps, ils m’énervent, ils s’énervent, alors évidemment ils s’endorment tard, on y passe du temps, et le temps c’est de l’argent, même si n’a pas forcément de rapport, c’est toujours ça de perdu. Et par les temps qui courent.

Ils font les cons jusqu’à pas d’heure, d’ailleurs là en direct ils sont en train de faire les cons, je vous parie qu’ils sont en train de se moquer de moi, ils doivent m’imiter ou un truc du genre. Voilà, tu flingues ta santé et ton emploi du temps à jouer les pères charismatiques et tes gamins se foutent de toi à dix heures du soir. Ils sont tout en sueur là, tout nus sous la clim et en sueur, et ça ne les dérange pas de m’affirmer que mais si, ils sont calmes.

Mais vous êtes sûrement déjà au parfum de ce cas piteux : c’est la rentrée qui nous exaspère.

Le film de vacances – Blog de Papa Lion

papalion« Pfff…tous ces voyages ». Grand Frère Lion préférerait rester chez lui. Je le chambre, il y disparaît. Nous voulons bouger, il préfère bouder. Mon fils réclame sa maison. Je réclame ses raisons alors il évoque les légos, les livres, le piano. Je nuance avec la mer, les apéros, le grand air. De son grand air il envoie promener mes balades. Je me lasse et menace : l’an prochain, ce sera le centre à errer. Ca l’alarme, c’est les larmes. Allez, je blaguais. Je ferais quoi s’ils allaient au centre aéré ? J’essaie de consoler. Je sais, c’est con. C’est laid. Toujours est-il que l’été vacille. Comme août s’étiole, nous partirions bien, même pas loin, enfin comme à chaque fois, tout près, boire l’été au soleil. Mais si le père est Casanis, le fils est casanier.

Le dernier mot sort de la bouche des enfants, nous restons chez nous. Pour m’occuper, je note dans un petit carnet les meilleurs moments des vacances. C’est pour tuer le temps. Pas facile, ça. Il défile alors j’écris des instantanés : c’est les vacances avec les grands-parents, la Bretagne, les cousines, la montagne, les anniversaires, le champagne, le filleul de Maman Lionne, la campagne. La mélancolie gagne.

J’en profite pour recopier les bonnes feuilles de Bébé Lionceau. Ce qu’elle peut nous faire rire !

Par elle et pour nous, nous ouvrons un cahier des bons mots parce que l’innocence est si chère qu’il faut en mettre de côté, et puis c’est comme tout, nous oublions. Embêtant : justement, ma mémoire n’est pas vive. Le meilleur s’est accumulé dans le ventre mou de mon disque dur. J’ai des restes de babillages. Ce sera bientôt magmatique. Il faudrait pourtant mettre de côté, pour l’avenir, les meilleurs morceaux. Faire durer les instants. Il faudrait polaroïder, faire des instants tannés, assurer ses arrières pour aller de l’avant. Je ne veux rien oublier. Je ne voudrais qu’il ne manque rien. Ni le solapin pour s’essuyer les mains, ni la confiture de fesses jusqu’aux oeils, rien de toutes les vacances d’été qu’on voudrait voir durer toute la journée et qui touchent à leur fin.

Déza !

A la fauverie du Mont Faron – Blog de Papa Lion

Au sommet du Mont Faron, à Toulon. Du tout bon.

Au sommet du Mont Faron, à Toulon. Du tout bon.

Maman Lionne serre les dents. Vertige de l’Amour. Les enfants se serrent contre elle. Je ne sers à rien. Ce qu’on est quichés ! La cabine prend ses derniers passagers puis son envol. Nous quittons le ras de la rade. Quelques pylônes plus tard, le téléphé(é)rique nous dépose au Faron. Oh fan ! Fanfaron, Grand Frère Lion prétend à sa sœur qu’il n’a pas eu peur. Elle s’en fout.

La fauverie du Faron est à 800 mètres de là. Maman Lionne suggère que nous marchions. Grand Frère Lion a déjà choisi d’attendre la navette : elle passe toutes les cinq minutes. C’est gratuit en plus, Papa. Nous sommes assis. Nous attendons tout de même un bon quart d’heure.

Le gentil chauffeur a dû chauffer des salles avant les bus : c’est maxivanne sur maxivanne dans le minivan. Celle des enfants qu’on donne à manger aux fauves passe très mal. Détends-toi Grand Frère Lion !

Nous approchons de la fauverie. Comme il s’agit d’un centre de reproduction pour les félins, histoire de m’en faire un pote, je demande à l’inénarrable chauffeur si la visite est autorisée aux moins de 18 ans. Pas de réaction. Silence embarrassant dans le petit véhicule. J’insiste : centre de reproduction, moins de 18 ans. Maman Lionne est consternée. Mais nous sommes arrivés.

Ce n’est pas un parc zoo. Logique : c’est une fauverie. Il y a pourtant des canards, des ânes, des singes et un enfant qui hurle et qui finit par se prendre une de ces fessées. Son père lui dit qu’il l’a voulue et qu’il l’a donc eue. Sa mère estime qu’il ne l’a pas volée. L’enfant hurle encore plus, du coup. Certains primates sont du mauvais côté de la grille. Nous nous éloignons.

Les singes ont une de ces tronches ! Le jaguar a de la tronche. Bébé Lionceau fait la tronche. Elle voulait voir des lapins. Bon.

Fini le spectacle des fauves neurasthéniques, nous nous attardons devant les singes à fesses rouges. J’adore les singes. Deux d’entre eux se taillent une bavette entre deux bananes. « Y’a beaucoup de félins », fait l’un. « Y’a même Papa Lion » remarque l’autre.

Toute reproduction interdite.

Toute reproduction interdite.

Et puis ce qui devait arriver arrive (enfin !) : un couple met à l’honneur la vocation première et la plus élémentaire du parc, à savoir la reproduction. C’est furtif, pourtant c’est spectaculaire et ça n’échappe donc pas au regard incrédule de nos deux lionceaux. Pas de tabou chez les Lion : je m’apprête à expliquer à mes petits que les deux singes ont tout simplement…fait…comment dire…enfin…la chose. Mais Bébé Lionceau trouve les mots avant moi. « Oh c’est rigolo ils font hue galop cheval ». Nous rions un bon coup. Je leur expliquerai une autre fois.

Sisyphe à la plage – Blog de Papa Lion

J’initie mes enfants à Sisyphe en espérant qu’un jour ma nature optimiste reprendra inopinément le dessus. C’est un mur de l’Atlantique en sable, l’océan contre nous trois, Grand Frère Lion et Bébé Lionceau crient et croient dur comme fer que nous sortirons vainqueurs du combat. A défaut d’y croire vraiment je leur promets de faire front, de mer. Imaginez Maginot salé : des pelletées sans fin de sable fin pour une muraille plus haute que la marmaille et la mer qui monte aux créneaux. L’eau céans ronge notre fondation à but récréatif. La mer détruit ce que nous remblayons, et nous remblayons ce que la mer détruit. Un carnage. C’est Verdun à la plage.

« Tu nous zora pas » nargue mon plus petit soldat d’aplomb. « Papa va te mettre au coin ». Je regarde autour de moi : pas de coin. Il faut pelleter encore. Grand Frère Lion est moins hilare, il commence à paniquer. Lutter contre la mer montante a épuisette mon petit crabe. J’ai peut-être surjoué le truc : tu ne nous auras pas vivants, on en a vu d’autres, c’est pas un océan qui…L’eau est à 16°C. Mon fils est au premier. Je joue une vague alarme, il a le vague à l’âme. Je vois des vagues, il voit des lames. « Papa, on va mourir ».

Ben oui mon vieux on va mourir. Mais pas aujourd’hui, va. Alors je remblaie, je remblaie, je remblaie encore. Bébé Lionceau qui a le sens des priorités se dit qu’en décorant un peu l’édifice…Elle dispose des couteaux, des coques, remue des algues expiatoires en tirant la langue et en dansant vaudou. L’océan semble battre en retraite, c’est pour mieux nous dévorer. Il déborde.

En parlant de retraite tiens, voilà Papi Lion. « J’te raconte pas » raconte Grand Frère Lion. La faute aux photos, les enfants posent. Papi Lion immortalise. Nous sommes bien vivants.

Rascar Capac m’a tuer – Blog de Papa Lion

Je ne sais pas ce qui me prend, je raconte à Grand Frère Lion qui a peur du noir que dans ce Tintin-là, il y a une vignette qui fout une trouille, mais alors une trouille telle que quand j’étais petit et même plus si petit que cela et au fur et à mesure que je tournais les pages et m’approchais du moment fatidique, j’avais la frousse de ma vie, plusieurs fois dans ma vie. Ma trouille s’appelait Rascar Capac.

rascar capac

Quel guignol ce Capac.

Page 33, des fois que Capac me niaque, je lisais prudemment chacune des vignettes périphériques en prenant garde de ne pas dévier le regard vers celle un peu plus bas, celle qui collait la frousse, Rascar Capac qui ouvre la fenêtre de la piaule de Tintin à moins que ce ne soit la mienne avec sa tête de fou, Capac, la boule à la main, moi les boules jusqu’au lendemain, lui en équilibre sur le rebord de la fenêtre, une jambe dans ses ténèbres et l’autre dans ma maison, moi entre chien et loup, avec la hyène en visu et la peur au ventre, les deux jambes bien dissimulées sous la couverture des fois qu’un autre inca se cache sous le lit. Mi-racaille mi-lascar, Rascar : le regard pas cap de te regarder en face, des fois que ton cristal, hein, me perce la cornée, je contournais soigneusement la vignette percée de tes yeux d’inca puis lisais à toute allure le reste de la page 33, soufflais enfin rendu à la 34, et pensais très fort à toute autre chose pour oublier tes plumes grotesques et tes côtes saillantes et m’endormir enfin, pas complètement certain toutefois que tu ne recasses un carreau, les plombs et ta boule en cristal et en pleine nuit.

rascar capac

Je raconte ça à Grand Frère Lion et l’abandonne avec Les 7 Boules de cristal. Ce n’est pas malin.

Quelques minutes plus tard, à mi-parcours de son Tintin, mon fils m’appelle. « Papaaaaaa ! ». Il doit être page 33. Ca y est, Rascar Capac lui est tombé dessus. Des années après, l’inca coupable est capable de s’en prendre à mon fils. Je t’aurai Rascar, tu vas ressortir par la fenêtre par laquelle t’es entré voilà trente ans ! Tu vas remballer ta petite tronche d’incake et ton aura à deux boules de cristal. On t’a jamais dit qu’un indien vaut mieux que deux tu l’auras ? Dis adieu à ton diadème, tes mollets de coq et tes trois plumes de poule, chez moi c’est pas le Pérou, tu l’as pas vu venir dans ta boule de cristal ça hein ? On ne t’a jamais dit qu’il fallait pas pousser la momie dans les orties ?

A défaut de bombe défensive, je chope au passage le siphon à chantilly. Je monte les escalier : « Rascar à toi ! A la Capac ! »

Bon, j’entre enfin dans la chambre de Grand Frère Lion. Il est vautré sur son lit, il a l’air dubitatif mais en bonne santé.

« C’est ça, l’image qui te faisait peur quand t’avais mon âge ? » demande mon cowboy en désignant la vignette taboue.

Je lui dis que oui. Ce que je ne lui dis pas, c’est que j’avais deux fois son âge.

La chanson préférée de Bébé Lionceau – Blog de Papa Lion – Radio Pomme d’Api

Un morceau à quatre (minuscules) mains

Un morceau à quatre (minuscules) mains

« Tu sais Papa, quand j’étais bébé, c’était ma musique pwéféwée. »

Le tout venant est le préféré de Bébé Lionceau et ça remonte en général à quand elle était bébé. C’est saisissant, la mélancolie, chez une petite fille de 3 ans.

Nous roulons à vive allure et chantons à vive voix. A tue-tête sur l’appuie-tête, je profite de l’été qui se profile en pleine face, de faces A en faces B. En bagnole, j’ai une certaine tolérance pour la soupe. Grand Frère Lion et Bébé Lionceau chantonnent d’ailleurs Indila.

« Tu sais Papa, je l’aimais bien celle-là. Quand j’étais bébé. »

Celle-là, sans doute pas, mais c’est vrai, nos enfants ont grandi près du poste. On ne compte plus les CD de comptines entassés sur l’étagère. Elles m’agacent un peu et me manqueront demain. Une petite dernière avant d’aller au lit ?

Je donnais le bain à mes bébés en chanson. L’une d’elle aurait pu devenir un monument. Appréciez donc :

« Moi j’aime bien prendre mon bain avec mon Papa.
Moi j’aime bien prendre mon bain avec mon Papa.
Moi j’aime bien, prendre mon bain, avec mon Papa (avec moooon Papa)
Moi j’aime bien, prendre mon bain, avec mon Papa (avec moooon Papa). »

Et puis quand je les sortais, je m’enflammais :

« Moi j’aime bien sortir d’mon bain avec mon Papa.
Moi j’aime bien sortir d’mon bain avec mon Papa.
(etc) »

Les partoches dans le prochain post. Punaise. La carrière que j’ai loupée.

Puis de retour à la maison nous mettons le curseur fréquence sur Radio Pomme d’Api. C’est quelque part entre Skyrock et France Culture, mais pour les 0-6 ans. Le Superloustic des temps modernes. C’est génial : la programmation alterne des chansons, des poésies, il y a de la musique classique et du jazz. Et des histoires à écouter bien sûr.

C’est devenu en quelques jours LA radio de Bébé Lionceau. Sa pwéféwée, évidemment.

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Dans la chambre de Bébé Lionceau, il y a mes trois guitares. Les miennes. Dans celle de Grand Frère Lion, une seule. Mais c’est la sienne. Dans le salon, il y a un piano. Le nôtre à tous. Je joue très mal chacun de ces instruments et je chante faux, mais mes enfants sont encore trop petits pour s’en rendre compte. Et certaines casseroles font carrière. Je pense en particulier à un palindrome en trois lettres (surtout, faire simple) qui n’a manifestement rien à raconter (et visiblement rien à se mettre). Mais si, mais si ! Ca commence par un Z.

« Tu sais Papa, quand j’étais bébé, c’était ma pwéféwée celle-là. »

Ah bon. Ils écoutent tranquillement la webradio. Je me souviens des émissions de libre antenne sur les radios les plus populaires du début des années 1990. Je les écoutais jusque tard, planqué dans le capharnaüm de ma chambre et de mon adolescence dessus dessous. Il est tôt, mes enfants ne se cachent pas. Leur monde est encore mignon.

« Tu sais Papa, c’est ma chanson pwéféwée, celle-là.

Je sais. Quand t’étais bébé c’est ça ?

Non, quand j’étais petite. »

Ah. Quand je vous dis que le temps passe vite.

Chronique dans Parole de Mamans – Blog de Papa Lion

paroles de maman

Salut à tous, voici la chronique que je viens d’écrire pour le magazine Parole de Mamans. C’est le numéro d’été 2014, il est dans les kiosques, avec notamment un dossier sur l’apprentissage de la musique de 0 à 6 ans. Il sera d’ailleurs très prochainement question de musique sur ce blog.

Suis-je le même Papa avec mon fils et avec ma fille ?

Je fais semblant de jeter mes enfants à la mer, ça marche à tous les coups, je les traîne par les pieds jusqu’au rivage, mes deux petites victimes s’agitent vainement, je crie « un petit garçon et une petite fille à la mer ». Je ne m’apitoie pas quand les algues se prennent dans leurs cheveux. Leur maman laisse faire, fataliste, rodée, désabusée, et puis je les soulève enfin. « A la une, à la deux, à la deux et demi etc ».

Je suis le même Papa avec mon fils et avec ma fille.

Bon à trois en général je ne les lance pas. Ca fait toujours la blague : soit qu’ils sont bon public, soit qu’ils n’ont pas complètement confiance en leur Papa, en tout cas ils hurlent immanquablement passé le deux et demi. Ils doivent me savoir distrait : il ne faudrait pas que, sous l’effet du soleil ou celui du Ricard, je les jette pour de bon.

Toutefois la fin du jour s’impatiente. Nous ne sommes qu’au printemps et, même si les fondamentaux d’une longue et belle saison sont déjà posés (serviette qui gratte, record de triples seaux et châteaux de sable à la pelle) je déclare et j’insiste, père en pétard péremptoire: « c’est l’heure ! ». « On n’est pas à la minute » tente de négocier l’aîné qui rejouerait bien sa vie un mètre quatre-vingts au dessus des premières vagues. « Si si, c’est l’heure, on range », insisté-je. « Quelle heure ? » demande la cadette ingénue. « L’heure du Ricard, ma grande ». Ma fille resterait bien quelques minutes de plus. Son visage envisage une colère mais elle se raisonne finalement. Son Papa pourrait bien, pour une fois, mettre à exécution sa menace et la laisser toute seule là avec les mouettes si elle s’obstine à ne pas vouloir ramasser ses tatanes et filer droit – c’est cette histoire de Ricard, sans doute.

Mais nous avons joué au bord de l’eau et les grains de sable collent aux pieds. En bas des marches, j’essuie avec délicatesse les petons douillets de la petite fille. Ce que c’est doux, ces tout petits pieds de toute petite fille. Des coussinets. Mais ce que ça gratte de son point de vue sans toutes les consonnes : « Ca gatte ! Ca gatte ! ». Mais ça se gâte, mon fils jalouse. Je lui dis que non, hein, qu’il a six ans, qu’il peut bien s’essuyer les pieds tout seul. « C’est pas juste, t’es gentil avec elle et t’es méchant avec moi ».

C’est vrai ça, je suis plus gentil avec ma fille. Mais enfin, c’est une fille, et puis elle a des couettes et des tâches de rousseur, elle sourit tout le temps et elle est amoureuse de son Papa. Elle ne prononce pas les « r », prend le Pont d’Avignon pour du Rimbaud (« les messieurs ils font…comme…ça… »), elle a les mollets tout ronds et me dit même que je suis beau. Alors oui, je suis gentil.

Mon fils sait pourtant bien que je suis gentil avec eux deux. Je suis avec mon fils comme avec ma fille, ce sont les mêmes sandwichs au kiri, c’est pour chacun trois cuillers de chocolat en poudre et cinquante secondes au micro-ondes, ce n’est jamais avant 8 heures le samedi matin, c’est toujours les vêtements du haut de la pile et, dans l’ensemble et pour l’instant, c’est bien, la vie.

Et mes enfants, eux, sont-ils les mêmes avec leur Papa ? Non. Le premier est un enfant faon, une plume, une crêpe dentelle. Je le verrais bien poète. La seconde sera dirigeante : elle mènera à la baguette son petit monde sinon le monde entier et se fait pour l’heure la main sur son père.

Alors les esprits taquins suggèrent que, non, je ne suis pas le même Papa avec les deux. Je ne m’y retrouve pas. Suis-je un Papa différent du fait que mes enfants sont différents ? Est-ce que je m’inquiète en permanence pour mon fils parce qu’il est fragile, ou bien est-ce parce qu’il est fragile que je m’inquiète ? Est-ce parce que je ne me fais aucun souci pour elle que ma fille n’a jamais pleuré à l’école ? Ou bien fonce-t-elle dans le tas parce que je ne l’accable pas d’anxiété ?

Je leur ai chanté les mêmes chansons. Ma femme et moi avons du reste proposé la même éducation à nos deux petits nous. On a le droit de rire sauf quand ce n’est plus le moment, on n’est pas obligé de finir son assiette mais il faut tout manger quand même, on laisse Papa se reposer mais on peut jouer au canasson sur sa vieille carcasse. Notre éducation est un genre d’anarchie remplie de règles. Bonne ou mauvaise, nos deux enfants reçoivent la même. Papa dit qu’il va punir et il ne le fait pas. Le système est bien rodé.

J’ai plus souvent dit à ma fille qu’elle est le petit amour à son Papa. Mais c’est à mon garçon que j’ai promis ma guitare et mes tee-shirts Wallace et Gromit pour ses 18 ans. Je les gâte pareil. « Ca gatte, ça gatte ! »

Nous rentrons donc de la plage, ma fille a les pieds déjà presque propres, mon fils est grognon, il charrie du sable de toute sa toute petite hauteur. Je les douche ensemble. Ils se marrent pareil. Les peaux brillent enfin. Le soleil se couche le premier. Nous lui emboîterons le pas tout à l’heure. Le marchand de sable est prié de laisser nos enfants dans l’état dans lequel il les a trouvés.

Le foot en famille – Blog de Papa Lion

Vincent Kompany Manchester City

Lui, c’est VIncent Kompany. Il a un joli prénom et un nom de famille très rigolo.

« Mais il font quoi tes copains dans la cour ?

-       Ben ils jouent au foot. Mais c’est pas mes copains.

-       Tous les garçons jouent au foot ?

-       Ah oui, tous les garçons.

-       Sauf toi ?

-       Ah oui, sauf moi. »

Il a bien fallu déniaiser Grand Frère Lion pour qu’il cesse de chercher des trèfles à quatre feuilles quand ses copains célèbrent Neymar et Kompany. Je le vois déjà, à terre et quatre pattes, la loupe à la main, les copains qui jouent à côté, Farès qui déborde, Kevin qui loupe le but mais pas la loupe et le ballon en pleine poire pour la pomme de mon fiston. Je ne peux pas l’obliger à jouer au foot avec ses copains : c’est pas ses copains et c’est fatigant. Mais qu’il fasse au moins semblant de s’intéresser.

Alors nous avons regardé un match ensemble, juste pour être au courant. Ca doit quand même être un peu ses copains car Grand Frère Lion est pour le Portugal, le Maroc et l’Algérie.

« Lequel de tes copains soutient le Maroc ?

- Ben, Farès. Mais c’est pas mon copain.

- Tu diras à Farès qu’il ne peut pas être pour le Maroc, parce que le Maroc ne participe pas au Mondial.

- Farès il dit qu’il est quand même pour le Maroc. »

Il m’a l’air fin, ce Farès. Nous nous postons devant le poste. Nous lisons :

« PO 0 – AL 3 ».

« Ah, Daniel va être triste demain.

-       Pourquoi ?

-       Ben le Portugal perd. »

Ca y est, il s’y connaît.

« Mais Jibril sera content !

-       Il est allemand Jibril ?

-       Ben non, il est algérien. »

L’Allemagne bat le Portugal, donc. Et Bébé Lionceau s’en mêle.

« Oh y’a du tennis dans la télé. Y’a des garçons dans la tennis de la télé. Il a des baskets jaunes le garçon de le tennis. Oh il a des grands cheveux. Ah non c’est une fille de le tennis. Pourquoi elle a des baskets jaunes la fille de le tennis dans la télé Papa ? »

Je vais pour éteindre mais soudain, regain d’intérêt, éclair de lucidité, passion soudaine de mon petit sportif :

« Papa au fait, c’est lequel Christiane Ronaldo ? »

Je crois l’avoir trouvé mais Maman Lionne qui s’y connaît est catégorique : « Il ne joue pas Cristiano Ronaldo, il est brésilien. »

Si Grand Frère Lion répète tout ce qu’il a appris, demain à la récré, la star du Mondial, ce sera lui.