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Le Labo – Blog de Papa Lion

J’explique à mesure que nous approchons qu’un atelier d’artiste, c’est simple, c’est un atelier avec au moins un artiste. Au premier abord les enfants cherchent un lien avec la nuée de petits cœurs fluorescents virevoltant comme des insectes hyperactifs sur les murs du proche voisinage et tout cela précède notre entrée ; il y a la musique dans la rue, aussi. Ma fille est fan du beat actif. Mon fils est fin dubitatif. Elle a déjà franchi la porte de l’établissement, il hésite. Il se lance : il est venu voir Ivan.

Y’a des coeurs des papillons

C’est coloré, c’est pâte à mâcher mais violent, menthe poivrée, du street and strip art. Bruyant et bouillant. C’est brillant.

La lumière noire, déjà. Rien que ça. La lumière noire…C’est bien Ivan. Occis mais pas mort.

C’est comme si les enfants étaient attendus, des sodas sont tendus, mon fils se détend. Ivan entreprend la visite du Labo. Je baisse le volume pour qu’ils aient d’une chance d’entendre. J’espère qu’ils y comprendront quelque chose, qu’ils m’expliquent, parce que je ne suis pas sûr d’avoir tout bien compris. Les enfants font le tour plusieurs fois, y’a des Vénus velues et nues venues d’un peu partout. Celle de Milo l’était bien. Celles d’Ivan ont leurs deux bras, elles. Et qu’est-ce qu’il fait de tout ça ? demande mon fils. Ben. Ivan. Les enfants reconnaissent notre tableau, enfin celui d’Ivan, enfin non d’ailleurs c’est le mien à présent. Il est reproduit, ça me gêne mais quand y’a de la gêne y’a pas de plexi. Alors pas de gêne ici. Nous en cherchons un autre et je les charge de choisir.

Mes enfants poids plume étudient les nains en plomb. C’est ce soir plein de personnes de petite taille, le Labo. Ivan met mon fils à l’aise et aux platines. Ma fille s’empare d’un feutre luminescent et se tatoue LOVE sur l’avant-bras. Ca flashe et ça promet. Son sourire est extatique. Elle se met à danser, sa tête tourne pas mal, bienvenue au Labo, là où tu prends des couleurs surtout la nuit. J’ai Labo-nnement. Les discussions s’enflamment, l’atelier d’artiste entre en mode nuit.

Le Labo demande de l’énergie or les enfants faiblissent : nous saluons les copains, les inconnus, les nains, Barbie, Snoopy, le Christ, Bart Simpson et toute la faune. Mes enfants viennent de vivre une drôle d’expérience. Je les avais pourtant prévenus : il s’agit bel et bien d’un Laboratoire.

 

Le journal intime – Blog de Papa Lion

Capture d’écran 2016-05-11 à 21.10.51Je lis le journal intime de mon fils, c’est mal. C’est bon ! J’y vois beaucoup de points d’exclamation et je lis en narration interne la vie qu’on mène. Du kayak en Ardèche, des loups dans le Gévaudan, des après-midis où l’on fait les devoirs et les sorties avec les amis. Ce journal ne durera qu’un temps mais il a le mérite de le coucher noir sur blanc et c’est plaisant. Grand Frère Lion se rencontre de plein de choses. « Papa, tu te rencontres que Bébé Lionceau ne s’est pas rencontrée que ? ». Je laisse faire, c’est la statue de l’erreur. Au Gévaudan, mon mini-trappeur redoutait de se faire dévorer. Sa sœur envisageait au contraire de caresser les gros chiens. On s’est contenté des meilleures places devant les enclos. La régalade. Je lis aussi que Papa a gardé les sacs pendant qu’il faisait de l’accrobranche, l’envie me prend d’annoter en rouge « et c’est qui qui a paniqué au parcours vert et s’est fait descendre en rappel ? ». Je ne me grille pas. Je reste froid. Des pas dans le couloir : je referme le calepin. Il lui suffirait de ranger ses affaires. J’arrange les miennes comme je peux, j’embrasse deux fois plus que d’habitude égale cent fois plus que nécessaire car demain soir c’est la semaine 20 et donc la semaine sans. Le petit sac bleu en provenance de la rue machin et à destination du boulevard truc est attendu devant la porte d’entrée de sortie. C’est lourd de remplir un sac lourd. C’est dur à porter même en bandoulière. On dit à la semaine prochaine mais on se dit vivement la semaine prochaine. Il faut que je trouve un endroit où accrocher l’affreuse peinture de Bébé Lionceau à l’épreuve du mélange des couleurs et c’est finalement assez marron. C’était le printemps, ça ressemble à l’automne son truc mais c’est quand même beau, à mettre sur le compte de la narration interne. En narration externe c’est plutôt marron. Il y a des légos kapla rangés celui qui les a sortis, je verrai ça demain. Des sillons de dentifrices roses sur le bord du lavabo et le bouchon ad hoc sans doute quelque part dans le petit coin. Pas trop envie de finir les petits suisses à la banane, je truquerai les dates de péremption. Et les courgettes, ben…je ne les ai pas faites. C’est blette. Je laverai les draps, ça sentira bon, ils se jetteront dedans. Tiens on dit des Journal de Mickey ou des Journaux de Mickey ? Les canards de Mickey ? Ah non les canards de Donald plutôt. En deux mots faut ranger.

 

Je me demande tiens si mon fils lira un jour mon journal intime. Quand on est un team on partage ses secrets.

 

Les élections au CE2 – Blog de Papa Lion

Urne blog de Papa Lion

Son programme est simplissime, qu’on vote pour lui puisqu’il est poli, sage et qu’il respecte les adultes. Ca peut prêter à sourire et j’avoue me tordre de rire et de plaisir en voyant son affiche. Je fais chauffer la photocopieuse pour la campagne électorale mais c’est inutile: cette campagne, elle est qu’orale, m’explique-t-il.

Puis je réalise qu’une personnalité politique polie, sage et qui respecte les adultes, on n’en a jamais vue. Quel génie. Alors je soutiens sa campagne en mettant mon petit QI au service de son petit QG. Si j’étais en CE2, je voterais pour lui, lui dis-je. Il lève les yeux au ciel : non Papa, il faudrait que tu votes pour Anna. Mais pourquoi ? Parce qu’elle était déjà députée au CE1.

Bon je m’énerve et je lui explique qu’on voit toujours les mêmes en politique et qu’il n’y en a pas un pour rattraper l’autre et que le changement ce ne sera décidément jamais pour maintenant si on ne confie pas les responsabilités à des petits gars polis, sages et qui respectent les adultes mais je lis dans son regard quelque chose du goût de « je vous demande de vous arrêter » alors j’arrête. Je reprends un peu quand j’apprends que lui-même ne votera pas pour lui-même. « Mais tu voteras pour qui banane ? – Ben pour Eliott, parce que lui personne ne le connaît et il risque de finir bredouille. »

La semaine passe et la campagne électorale aussi. J’imagine la campagne électorale de Grand Frère Lion, je pense très fort à Edouard Balladur dans le métro parisien. Je suis en 1993.

C’est vendredi et nous y sommes. Mon fils n’a pas l’air particulièrement nerveux. Il enfile un jogging, je trouve ça classe et inédit.

Et puis comme c’est vendredi nous nous disons au revoir à l’école le matin, un au revoir de sept jours, ceux-là qu’on se promet de faire passer mais qui ont du mal à passer et qui font paraître bien lourde la grande porte en métal. « Clang », je pars en courant me cacher dans ma voiture. Avant cela la bonne humeur est un peu exagérée dans la voiture et je suppose que les enfants comprennent que quand la musique est encore plus forte que d’habitude, qu’on monte sur les chaises et que Papa regarde beaucoup le rétroviseur, c’est que c’est vendredi dans ma tête.

La soirée électorale bat son plein mais mon député en herbe est chez sa maman. J’appelle. « Bon alors coco t’es député ? ».

Ben non, il n’est pas député. Pas dépité non plus, plutôt l’air de s’en foutre. Il se dit toutefois étonné de ne pas avoir été élu, en toute humilité. Anna a été élue avec quatre voix. Mon fils n’en a obtenu qu’une.

« C’est bien, t’as un copain qui a voté pour toi. »

Non plus, parce qu’il a finalement voté pour lui-même. Dans un éclair de lucidité façon BVA Harris , Grand Frère Lion m’informe que personne d’autre n’a voté pour lui, du coup.

J’ai envie de lui dire qu’ils sont tous cons, qu’Anna est corrompue, que la France va mal. Pour ne pas l’embarrasser je me contente de l’embrasser puis je raccroche en me félicitant d’avoir un petit bonhomme poli, sage et qui respecte les adultes.

Vendredi – Blog de Papa Lion

re10

Y’a des jours dont on a manqué la nuit d’avant il semble alors que les élèves parlent très fort sous le préau, on a froid, on cherche le radiateur et ses mots et quand c’est à leur tour ils racontent des trucs qui n’ont rien à voir. On pense alors à partir et qu’il faudrait gagner au loto, au moins le droit de rejouer, et c’est à la récréation que ça fait le plus mal à la tête, une histoire de ballon quillé qu’il s’agirait de déquiller et faudrait bien arrêter d’inventer les mots. On rentre dormir chez soi et on oublie de manger, du coup on a faim et on boit un thé, on se souvient qu’on disait « sans rapport fils unique » sans se souvenir d’où ça venait ; comme quoi… On file l’après-midi, un long fil tout noueux qui fait la blague et ça tombe bien car on n’en fait pas beaucoup, on colmate les brèches tandis que les brêles comatent. On trouve à certains moments que les murs tapent quand même un peu fort sur la tête et ça soulage de ricaner en pensant au cholestérol que les charognards à marcel promènent sur les parois de ma vie. L’effet mère des sentiments fait penser qu’on dit et qu’on entend un peu n’importe quoi et que ça peut durer des années. Le ciel est bleu, les idées noires, l’atmosphère glaciale. On se convainc que les jours rallongent puisque Collado l’a dit, ah non il est parti à la retraite et même ça c’est triste, pourtant on devrait s’en foutre de Collado, ben on trouve ça quand même triste. Ils écrivent les devoirs. Aucun d’eux n’a inventé le soleil mais on les aime bien, à peu près tous, même les très crétins. Ils nous apaisent même, parfois.

 

On décolle d’école en école et la journée commence enfin.

 

Parce qu’à 16:30 y’a ma fille qui est assise toujours à la même place et qui fait toujours la même tête en attendant de me voir et jamais la même tête quand elle me voit, aujourd’hui elle sourit bon elle sourit à chaque fois quand elle me voit mais là elle fait un sourire qui veut dire un truc du style c’est la remplaçante elle est sévère je ne peux pas me lever mais attends, Papa, attends, alors j’attends mon tour, c’est vrai que la remplaçante a l’air strict mais enfin c’est pas facile comme métier, surtout à 16 :30 le vendredi et surtout avec des pères qui disent à peine bonjour tellement ils sont contents de revoir leur fille, alors je la regarde fixement jusqu’à ce que ce soit son tour, enfin le mien enfin le nôtre, on s’entreregarde avant de se rentrer et de se garder et la maîtresse me demande enfin qui je viens chercher, ben ma fille, enfin, Bébé Lionceau, elle me dit qu’elle travaille bien mais qu’elle n’a pas beaucoup d’amis, on voit qu’elle est remplaçante elle, bien sûr qu’elle travaille bien, bien sûr qu’elle n’a pas beaucoup d’amis mais elle prend son petit sac Barbapapa et son sac de chez Maman à chez Papa et elle se paie mon cou et comme j’ai encore un peu de dignité j’arrête là.