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le CP – Blog de Papa Lion

 

Bébé Lionceau entrera l’an prochain au CP et l’an prochain c’est cette année, du coup elle veut déjà lire et comme je ne lui apprends pas à lire elle s’impatiente et se demande bien ce que je peux faire dans ma classe de CP si je suis incapable de lui apprendre à lire, mais en fait je ne veux pas lui apprendre à lire, je voudrais qu’elle profite à mort de ses dernières semaines de maternelle parce que c’est la belle vie et que ce sont aussi les miennes et que je n’aurai plus d’enfant en maternelle, elle ne se rend pas compte ce que c’est, ça, pour un papa, plus d’enfant en maternelle, c’est un siècle pour elle, du sable pour moi, ça lui tarde, je lambinerais bien, les devoirs l’appellent, les devoirs à la pelle, ma poule, ne me font pas très envie. Elle lira et quand on lira tous les trois je ne servirai qu’à mettre le ton.

Elle voudrait bien aller dans mon CP.  Oh malheur ma poulette, si tu savais. Elle voudrait que je sois son Maître, mais je suis ton pèèère, comme il paraît qu’on dit dans un film qu’il paraît qu’il faudra bien que je regarde un jour. D’ailleurs elle a eu un Maître cette année, genre mon âge selon elle, genre dix ans de moins selon moi, genre taillé comme une saucisse selon elle, genre taillé comme moi selon moi, genre génial selon elle, genre un peu pas terrible selon moi. Mais je ne la prendrai pas chez moi parce que ça bouge un peu trop ma poulette, et puis il faudrait m’appeler Maître et je n’ai pas très envie qu’elle m’appelle Maître, ni qu’elle m’appelle Papa devant les copains. Ceci dit j’ai des élèves qui m’appellent Papa, le lundi matin quand ils n’ont pas bien fait la coupure, j’en ai aussi qui m’appellent Maman, ça fait rire tout le monde, moi je trouve ça chouette, je joue la Maman du coup, mais c’est rien, rien comparé à ce que m’a dit un jour mon pote Julien : un jour, ben y’a un élève qui l’a appelé Mamie. Ca c’est magique et ça, on me l’a jamais fait. Mais j’en rêve la nuit et je trouverais ça drôle que ça m’arrive tant que je ne suis pas trop vieux.

Chez moi mon cœur, quand les élèves sont polis, c’est en général qu’ils espèrent récupérer leur spinner ou qu’ils veulent retourner dans leur classe dont ils ont été bannis. On dessine des bonshommes patates parce que les bonshommes c’est rien que des patates. Enfin je sais pas, j’imagine que c’est pour ça. En même temps Grand Frère Lion en est encore aux bonshommes patates, et pourtant il est intelligent, enfin ça c’est un autre sujet. Dans mon école ma petite patate, peu d’élèves savent que la patate, c’est pas loin d’être une pomme de terre. Je leur apprends des trucs incroyables.

Elle me croit sévère mais je ne suis pas si terrible. Elle me croit bon Maître mais je ne suis pas si terrible.

Chez moi petite caille, les élèves se battent dans la cour, c’est leur récréation parce qu’en classe ils n’ont pas le droit. A les entendre, les mamans feraient toutes le même métier et on n’entend pas beaucoup parler des papas. On prête du matériel à longueur d’année, t’y crois ça ma grande ? On prête des crayons à longueur d’année. Et même, des fois, souvent, il y a des élèves qui embarquent le matériel de la classe. Ils disent que c’est à eux, même quand c’est écrit CP dessus et que c’est moi qui l’y ai écrit.

Elle fera sa lecture et dira B-A et puis BA. Elle comptera jusqu’à 100 et apprendra quelques trucs qu’elle sait peut-être déjà. Elle ne fera plus motricité parce qu’elle fera sport. Elle produira de l’écrit bien que je la trouve un peu jeune pour déjà produire. Mais elle ne fera pas de sciences, ah ben non, au lieu de ça elle questionnera le monde. C’est con ça, « questionner le monde ». Mais ce que c’est con ! Oh les programmateurs, vous n’avez rien d’autre à foutre ? Quand je pense qu’ils sont payés. Quand je pense qu’ils sont mieux payés que nous.

Elle pourrait faire tout ça dans mon école mais bon, c’est un peu dommage et pas très républicain, mais elle en ferait beaucoup moins que dans la sienne. Alors elle restera dans la sienne.

Elle joue à l’école avec son frère dans leur chambre, ils font une belle paire d’instits et je consens à jouer le rôle de l’Inspecteur. Je frelate des cordes vocales et des grands principes, je condescende, je bureaucrate. Je prends dans ma chambre les doudous qui ne se tiennent pas bien, bon ce n’est pas vraiment le rôle d’un Inspecteur, un Inspecteur serait bien emmerdé avec un enfant qui se tient mal, mais pour leurs doudous pas si vilains je fais l’effort.

Dans mon vrai métier j’ai un élève un peu pénible et un peu débile aussi, entre nous on peut se le dire, franchement il est débile, c’est pas parce que c’est la fin de l’année hein, dès le début je savais qu’il était débile, et qui me réclame encore, à la fin de son année de CP, de chanter les petits poissons dans l’eau qui nagent nagent nagent nagent. Pas trop dur à accompagner à la guitare, mais terriblement aquatico-niais. Je voudrais qu’elle ne le croise jamais dans sa vie. Alors oui, je ferai l’impasse et me résigne à n’avoir toute ma vie que les enfants des autres, dans ma classe. Et dans ma chambre, les doudous malins.

La classe découverte – Blog de Papa Lion

C’est l’Aven d’Orgnac et ça brille comme à la boum.

Grand Frère Lion qui part en classe de découverte c’est un événement dans une vie alors pour sa production d’écrit du lundi il a écrit dans son cahier qu’il n’était pas très motivé et que la perspective de partir une semaine loin de sa maman de son papa et de sa petite sœur, « ça ne lui allait pas trop ». Puisque c’était écrit sans erreur, dans la marge, la maîtresse a noté « TB ». Très bien, très bien, fallait le dire vite : nous n’étions pas rassurés.

Ils ont constitué les chambrées en classe, chaque élève devant proposer deux copains. Grand Frère Lion a indiqué qu’il voulait bien dormir avec E. et L., mais comme L. a préféré être avec S. et que E. a souhaité partager une chambre avec Y., notre petit garçon s’est retrouvé avec quatre copains qui n’en étaient pas. Mais il avait l’air de s’en foutre un peu. Je crois qu’il n’a pas vraiment de copain, alors du coup ça n’avait pas d’importance.

Il s’est montré finalement plutôt partant à l’idée de partir. Je lui ai sorti une valise, sa maman l’a remplie. Il a glissé un doudou dedans, un koala qu’on a naïvement nommé John et qu’on a toujours affublé d’une origine australienne, du coup il parle avec un accent australien, mais je ne connais pas bien l’accent australien alors disons qu’il a un accent british et qu’il ne connaît pas tous les mots, on le fait souvent parler ce doudou, depuis que Grand Frère Lion est né et maintenant qu’il a neuf ans ce doudou continue de lui parler, souvent, avec son accent mal bricolé et les mots qui lui manquent. J’ai dit à mon fils qu’il serait sans doute le seul à avoir un doudou et qu’il fallait peut-être le laisser dans le rabat de la valise et ne le sortir qu’en cas de chagrin mais non, à ce moment-là autant ne pas l’emmener, et comme ne pas l’emmener c’était ne pas partir, ben John serait du voyage et resterait pendant la journée sur son oreiller, comme à la maison, comme à les maisons.

Il y a eu un blog de classe, c’était sympa, on a pu voir notre fils en virée avec ses copains, enfin avec ses camarades de classe. Pas de photo de John, mais plein de photos de tous ces mômes bientôt grands qui prennent la pose en faisant le V de la victoire. Des mamans bizarres ont laissé des messages bizarres et un peu culpabilisants : « tu me manques Machine », dans ce goût-là. J’ai eu envie de commenter les commentaires mais j’ai fermé ma tronche et mon ordi. Pourtant mon fils me manquait. J’ai croisé une maman un matin en déposant ma fille, je lui ai demandé si ça allait, elle m’a dit que sa fille lui manquait, et qu’une semaine sans elle c’était dur. J’ai bafouillé que tout cela  était question d’habitude.

Le jeudi, c’était boum. Un événement de la plus haute importance pour la plupart des enfants, plus important en tout cas que l’Aven d’Orgnac ou la grotte de la Salamandre. Pour notre petit grand garçon, la boum, c’était plutôt la corvée. Comme la maîtresse avait informé les familles qu’on pouvait s’y déguiser, Grand Frère Lion a emmené son déguisement de pompier. Je ne suis pas sûr qu’il ait fait beaucoup de conquêtes à la boum. En tout cas, d’après ce que j’ai compris, c’était le seul enfant déguisé. C’est pas une préadolescence qu’il nous fait : c’est une post-enfance. Ca me touche beaucoup, ce manque d’appétence profond pour l’adolescence. Je suis fier de lui, de son doudou australien et de son costume de pompier. Et puis des fois ça me fait de la peine. Je m’en fous parce qu’il est beau comme un astre et que le Soleil, il aurait pu l’inventer, mais il y a comme un décalage et les gens décalés ne sont pas toujours très heureux. Je ne suis pas certain qu’avoir Michel Delpech comme idole à neuf ans soit très rassurant.

Je trouve ça séduisant, être précoce et en retard à la fois.

Alors heureux, l’a-t-il été cette semaine ? Il est descendu du bus assez fatigué, il s’est plaint du bruit mais il avait passé une bonne semaine. Nous lui avons demandé si les autres enfants avaient emmené un doudou, mais non, il était le seul. Et qu’est-ce qu’il s’en foutait ! Doudou s’en fout, au mois d’août on mettra les bouts, peut-être à l’Aven d’Orgnac, il se souviendra de tout et ce sera chouette.

Hier soir j’ai taquiné un collègue ami au prénom composé et j’espère qu’il ne l’a pas mal pris, il était le seul déguisé pour le film d’école et j’ai trouvé ça mieux que tout, puisqu’il m’a fait penser à mon fils.

Ma semaine, je l’ai passée seul avec sa sœur, donc pas tout seul. On a passé une chouette semaine, on est allé au jardin mercredi, on le fait souvent mais c’était extraordinaire parce que Grand Frère Lion n’était pas là. Mais enfin il était bien temps qu’il rentre et sa sœur l’a serré très fort, quand il est descendu du bus.

J’aime beaucoup qu’il ait l’air indifférent alors que tout cela le touche énormément. J’aime bien qu’il ait l’air indifférent et qu’il soit si différent. Sa maman m’a raconté une anecdote que j’espère garder en mémoire toute ma vie : quand elle l’a déposé au bus, lundi dernier, un de ses camarades avait une valise énorme. Maman Lionne a demandé à cet enfant pourquoi sa valise était si imposante et le camarade de mon fils lui a expliqué qu’il avait pris plein de pantalons de jogging, un par jour parce qu’il aimait bien se rouler dans l’herbe et qu’il avait bien l’intention de se lâcher sur le jogging boueux pendant cette semaine, ça servait à ça une semaine de classe de découverte. Alors notre fils lui a répondu que c’était un peu pareil pour lui : il avait mis un boxer en plus dans sa valise, au cas où il avait un accident.

Il faut que je me souvienne de m’en souvenir toute ma vie.

 

 

La classe découverte – Blog de Papa Lion

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Je tends à mon épicier des sous et du bout de gras à tailler : « alors, bientôt la quille ? ». Il demande « c’est où la quille ? ». Je lui rappelle notre dernière bavette : la Thaïlande, fin novembre. Parce qu’on est fin novembre, là. Commerce de proximité convivialité, réveille-toi Ponpon ! Il part dimanche. Il me dit qu’il a 7 heures de décalage horaire. Je dois prendre l’air connaisseur pour qu’il me demande : « c’est bien non 7 heures ? » Je lui dis que oui, c’est pas mal, 7 heures, je lui souhaite un bon voyage en Thaïlande et repars avec mes yaourts bulgares. On fait les voyages qu’on mérite qu’on peut.

Y’en a un qui va se payer un beau voyage, d’ailleurs c’est nous qui allons le lui payer, c’est Grand Frère Lion et sans décalage horaire. Il part en classe de découverte en Ardèche. La première réunion avait lieu hier, on a chambré les maîtresses en chambrées et réveillé nos souvenirs de veillées. Ils vont faire de la spéléologie, c’est bien, julevernien, on a quand même touché le fond de l’abîme quand des mamans fillonistes se sont emparées du micro et du sujet qui fâche : le téléphone portable, parce que quand même elles voudraient bien téléphoner à leur enfant, j’ai trouvé la maîtresse formidable, je ne sais pas si elle l’avait préparée avant, celle-là, mais elle leur a bien cloué le bec : « pas sûre que ça capte dans l’Aven d’Orgnac ». Du coup les questions diverses et avariées se sont recentrées sur l’essentiel : l’hôpital le plus proche, l’emplacement précis des maîtresses dans le couloir, l’insécurité à Méjannes-le-Clap. Je me suis senti en danger, j’ai pris mes enfants sous le bras et je suis parti.

Dans ma bagnole Grand Frère Lion a reconnu un regain d’enthousiasme pour ce premier voyage en collectivité : c’est l’Aven – ture ! Bon mot mal an le petit homme qui est quand même encore et pour toujours dans mon cœur un tout petit garçon me demande si les copains se moqueront de lui quand ils verront son doudou.

Ben quoi il a de la gueule ton doudou, c’est un éléphant qui t’a été offert par tes grands-parents, un vrai éléphant qui a déjà bien baroudé et qui sait gober les petites angoisses, faudra voir la tronche des doudous des autres là, les CM1 qui jouent aux hommes. J’ai de plus en plus de mal à supporter les brutasses du cycle 3.

En fait j’espère qu’il ne sera pas le seul à emporter un doudou. En réalité, j’aimerais bien qu’il délaisse un peu son doudou en rentrant de sa classe découverte. Pour de faux je lui jouerai le clin d’œil complice quand il montera dans le bus. Pour de vrai je pleurerai ma mère quand je monterai dans ma bagnole.

Des marrons dans la tronche de Chou Papier Toilette – Blog de Papa Lion

marrons

Une figurinette en caoutchouc est suspendue depuis un bon mois au rétroviseur de mon tacot qui se métamorphose en limousine une semaine sur deux. On l’a appelée « Chou Papier Toilette » parce que c’est le joli nom que lui a trouvé Bébé Lionceau et que cette figurine ne valait rien avant d’être collée par la grâce d’un coup langue au miroir qui se trompe de direction, et de devenir alors un colifichet au grand banditisme car Chou Papier Toilette est un vilain : il gronde les enfants qui font les andouilles sur la banquette arrière. Quand ça canaille sur le deux tiers un tiers, les yeux de Chou Papier Toilette deviennent tout rouges. On se marre bien dans ma limousine.

Limousine qui vient fatalement de redevenir tacot par la disgrâce d’une fin de dimanche pluvieux donc imper. Je reviens marron chez moi et d’ailleurs il y en a jusque dans mon tiroir à chaussettes, des petits marrons surprise qu’on a ramassés par paquets de cent mille au jardin. J’ignore si je dois rire ou rire.

Forçons-nous à rire et quoi de plus drôle que le métier d’enseignant ? Par exemple, le Directeur académique des services de l’éducation nationale du Gard, en vocabulaire terrien le chef de chez nous s’appelle M. Pathos. Ca ne fera rire que les collègues mais c’est déjà ça. Au hasard encore : la mère de mon petit élève M. s’est convoquée d’elle-même l’autre jour parce que M. est un peu comme moi : il est dans le rouge à chaque fin de journée. Alors on fait le point. Moi : M. est très fatigué, ben oui mais il ne dort pas. Ah d’accord c’est pour ça. Moi, très psy (6 années d’études supérieures) : il pourrait dormir un peu plus par exemple. Mais c’est pas possible parce qu’il n’arrive pas à s’endormir. Moi : alors il devrait regarder un petit livre avant de se coucher. Mais c’est pas possible non plus ça parce qu’il regarde la télé très tard. Moi : ben vous pourriez éteindre un peu plus tôt et lui montrer un livre mais ça aussi c’est impossible car M. joue à la tablette après la télé. On arrive quand même à négocier un peu moins de tout ça et puis ce n’est pas fini, j’apprends que M. dort dans un lit parapluie. Un lit parapluie ? Ce n’est pas pour les bébés ça ? Ben si mais il a peur dans son grand lit. Mais sa tête ne touche pas les parois ? Ben si. Mais ça aussi ça l’empêche peut-être de dormir ? Ah oui peut-être. On négocie de refermer le lit parapluie (je le refermerais bien avec M. dedans mais ça je le garde pour moi) et je demanderai demain à M. s’il a dormi dans son lit de grand. On parle un peu du travail, quitte à enfoncer une porte ouverte parlons boulot : M. n’aime pas du tout, mais alors pas du tout, mais alors carrément pas travailler. Ca je vous le fais pas dire Monsieur, de toute façon M. il veut faire comme ses deux tontons plus tard. Lueur d’espoir quand même et semblant d’intérêt : et ils font quoi du coup les deux tontons ? Ben, rien. Ah. Verdict, le travail, c’est sûr, M. le maudit. On évoque aussi les gros mots parce que moi même si je dormais dans un lit parapluie je n’insulterais pas les copains à longueur de journée et la maman de M. s’indigne: avant le CP, M. ne disait jamais de gros mots. D’accord c’est donc de ma faute (je commence à perdre patience, j’ai mes enfants qui attendent avec Mathilde à la maison, Mathilde c’est la baby-sitter, une crème, mais enfin une crème qui a quand même une vie). Non ce n’est pas votre faute mais quand même l’autre jour y’a un camion poubelle qui est passé dans la rue et M. s’est précipité à la fenêtre pour crier : « P…..de s…… de f……… de etc. de camion poubelle ». Dans cette phrase, « camion poubelle » n’est pas un gros mot, je ne soupçonnais pas que tout le reste puisse sortir de la bouche d’un enfant de 5 ans et la maman de M. a une explication : M. est de la fin de l’année. Là je ne vois pas le rapport mais mes enfants qui m’attendent à la maison et Mathilde qui a une vie quand même, Mathilde si tu lis ces lignes sache que tu es la meilleure baby-sitter du monde, bref j’abrègerai après avoir pu évoquer un peu l’agitation de M. en classe. M. est très agité. Vous voyez, bon, c’est pas dramatique, mais M. passe son temps à se retourner et à agiter ses jambes, ça fait du bruit, ça dérange sa voisine et ça dérange tout le monde. Je m’attends à ce que ce soit la faute du lit parapluie ou ma faute à moi à y être. Eurêka je n’y suis pour rien : ça tombe là, d’un coup sec, d’ailleurs je crois que je n’oublierai jamais ce rendez-vous avec la maman de M. ; si M. est très agité, ce n’est ni ma faute ni la sienne. C’est parce qu’il a des vers.

On se serre la main et on se promet de se tenir au courant. M. me dit au revoir Maître, je lui réponds au revoir M., ce n’est qu’un enfant finalement, un enfant qui n’a pas beaucoup d’aide. Ah oui mais un sacré client. Je me demande ce que Céline Alvarez ferait avec M.

Dans les yeux de M., je crois lire un début de réponse : Céline Alvarez, elle ferait ch…

Ca m’échappe.

Voilà, c’est ça qui m’attend demain. N’empêche, penser à tout ça en me remettant au travail me fait oublier la pluie. Et aussi que dans le rétroviseur, tout à l’heure, à côté de Chou Papier Toilette, il y avait les deux yeux sombres ou peut-être devenus tout rouges d’un joli petit garçon qui attendait que la limousine de son Papa disparaisse au coin de la rue. Oui car c’est sûr : ma limousine soudain sous-équipée a attendu d’avoir déboîté pour redevenir tacot.

Blog de Papa Lion – les paradoxes déconnent

Ca c'est un stylet stylé.
Ca c’est un stylet stylé.

Avant la réunion j’ai un moment d’intimité mais disons plutôt d’aparté pour qu’il n’y ait pas de malentendu car nul malentendu avec les parents de M., jamais de malentendu avec les parents de M, prenons nos gardes. Je les informe quand même : ce matin, mon stylet était en panne, impossible de faire fonctionner le tableau blanc interactif. Alors M. a analysé : ben ton stylo Maître il déconne alors je l’ai fait répéter et il déconnait encore le stylet alors j’ai appris à M. que déconner est un gros mot et qu’il valait mieux dire qu’il ne marchait pas ou mieux qu’il ne fonctionnait pas ou encore mieux qu’il dysfonctionnait. Et la maman de M. m’a rassuré : face à la stupéfaction tenace de M. le soir venu devant cette incohérence lexicale, le papa de M. a dit à M. que déconner était un gros mot à l’école et qu’il ne fallait l’employer qu’à la maison. Je ne déconne pas, c’est vrai, il le lui a vraiment dit. Je ne déconne pas.

J’ai un certain succès pendant la réunion avec mon tableau blanc interactif sur lequel je montre sans regarder ma montre à quoi ressemble une séance de lecture : le peuuu avec le aaaaa fait paaaaa et la plupart des élèves l’ont encapé sauf M. dont le père prend la parole, du coup ça sent un peu la bière et le tabac dans la salle de classe dans laquelle j’ai pris soin de ménager un courant d’air confère un précédent article.

« Et comment ben c’est pas à cause de votre tableau là ben comment que M., eh ben il arrive pas à déscotcher de sa tablette ? »

Je mords ma lèvre mais pas la poussière et ne lui réponds pas que c’est à cause de lui, la tablette, non, toujours professionnel je vante les mérites d’une pratique équilibrée des nouvelles technologies, j’utilise des mots simples sans illusion. Et puis je poursuis ma séance de lecture : avec le peuuu et le aaaaaaa on apprend à faire paaaaa et pa et pa ça fait papa, j’interprète des regards confiants, pas mal ce maître, et j’annonce fièrement que nous lisons les premiers mots : papa, papi, et fatalement pipe.

Le père et la mère de M. éclatent de rire. Pipe. Ils sont vraiment hilares, sourires gênés dans l’assistance. Bon. Problème de références, d’environnement social, intellectuel et là j’ai les fesses entre deux petites chaises de CP : on est l’institution et on aide car enfin ce n’est pas la faute de M. si ses parents boivent et fument à tel point que son cahier de liaison sent le tabac et la bière, il n’y est pour rien hein, et sans doute que ce n’est pas sa faute s’il insulte à tour de bras et qu’il parle sans cesse et que quand un stylo déconne ben M. le dit très fort dans la classe. « Maître il déconne ton stylo. ». C’est vrai moi j’ai été élevé sans gros mots parce que mes parents ont été élevés sans gros mots, dans les livres et la douceur, j’ai grandi avec des parents bien élevés et avec des livres et de l’attention et des rêves mais enfin y’a des moments où on craque et là j’ai envie de penser très très fort qu’ils pourraient faire un tout petit effort pour aider leur enfant. Mais non c’est mon boulot rien qu’à moi. Allez tous ensemble : ce n’est pas la faute des parents de M.

D’abord c’est un stylet, pas un stylo !

La réunion touche au but et donc à sa fin. J’oriente qui vers la responsable des activités périscolaires, qui vers l’orthophoniste, qui vers la sortie.

A peine plus tard je suis dans un bureau immense, trois salles de classe réunies, moquette blanche, bureau acajou, lampes design et bing je me mange une lampe design. Maître, elle déconne votre lampe. Enfin elle dysfonctionne. Enfin elle est trop basse quoi, on se fait mal ! Maman Lionne et moi signons une convention de divorce à l’aide d’un Bic bleu dysfonctionnant piqué à l’école. Je paraphe d’une main tremblante. Maître Truc, lui, montblante. Nous entérinons notre perte réciproque sans courir à notre perte et c’est là la magie du paradoxe et je me demande si un jour le paradoxe me foutra la paix.

Ben je suis triste et puis je m’égaye en pensant à vendredi. Je m’en fous de tout ça : je retrouve mes enfants vendredi.

Dans la rue je croise les parents de N. Attention à ne pas confondre M. et N. Tous ces parents-là picolent mais N. est roumain et ça c’est mon petit challenge parce que j’aimerais bien visiter Bucarest à l’œil. Ils ont rendez-vous devant le temple et c’est ça qui est magnifique dans une ville à tradition protestante peuplée de roumains à tradition templiste voire trappiste c’est qu’ils vont s’enquiller des bières devant le temple et qu’ils te le disent. Le père m’appelle Maître comme si j’étais son avocat à lampe trop basse et pourtant je ne suis que l’humble et incompétent Maître d’école de N., 1700 euros par mois, le nirvana pour les uns, Nirvana pour les autres. Alors je leur souhaite une bonne soirée, pourtant ils ne vont que boire des bières devant le temple et je ne suis pas sûr que N. saura ses voyelles demain. Je glisse quand même à son père que je prendrai N. en soutien et qu’il faudra signer un papelard, le père de N. signera tout ce que je voudrai. Je crois qu’il m’aime bien. Le temple me tend les bras mais non, je rentre chez moi et à demain, N.

Je m’en fous, je retrouve mes enfants vendredi.

La bienveillance – Blog de Papa Lion

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Lors de ma réunion parents-professeur de jeudi je promets sur la tête de mon tableau blanc interactif que le directeur fera court et qu’il y aura un courant d’air, de la fenêtre à la porte ou l’inverse.

C’est la réunion de grande section. J’y vais pour faire plaisir à ma fille et à sa maman parce que je sais déjà qu’on pratique la motricité tous les jours et la motricité fine tous les jours aussi. Au fait c’est quoi la motricité pas fine ? Ben la motricité large, la motricité bourrine, l’EPS, le sport quoi. Enfin on joue avec des cerceaux. Il fait chaud dans la classe et les deux maîtresses assurent qu’elles correspondent tous les mercredis (mon œil) et qu’elles entretiennent un cahier de liaison (mes fesses). Moi j’ai chaud je voudrais partir d’ailleurs je pars, présentant des excuses excessivo-maladroites à la maîtresse et demandant à un enfant passant par là où on peut se rafraichir un peu, voire s’asperger d’eau, foutue cagnasse, foutues salles exiguës, foutue situation. Je reprends ma place tout con tout confit tout confus, mon ex-femme qui n’est pas encore mon ex-femme me demande si ça va je dis ben oui, ça va. Mes genoux sont à l’étroit sous la table de maternelle, je préférerais une marelle avec Bébé Lionceau ou un baby-foot avec Grand Frère Lion mais ce ne serait pas bien vu d’autant que la directrice arrive. Elle nous parle de communication bienveillante mais elle n’est pas foutue d’ouvrir la fenêtre qui donne sur la rue, pourtant ça ferait un joli courant d’air bienveillant mais non, sans ouvrir le moindre carreau elle nous suggère de venir le samedi échanger. A propos de la communication bienveillante. Mais c’est pas vrai, ils tapent tous leurs enfants ou quoi ? Moi je suis bienveillant avec mes enfants, je les serre un peu fort parfois ça doit leur faire mal dans les côtes mais ils ne s’en plaignent pas. Je n’ai pas besoin de leçons de bienveillance, je suis bienveillant avec mes enfants et aussi avec mes 25 élèves et je suis même bienveillant avec leurs parents, et ça c’est méritant. Enfin l’autre jour dans la rue j’ai hurlé sur la mère d’A mais ils faut dire qu’elle n’était pas bienveillante avec le portail et qu’elle voulait appeler la police parce que son fils était à l’étude et qu’elle n’avait pas que ça à faire, attendre comme ça dans la rue. Je pense au contraire qu’elle n’a que ça à faire et comme ça l’ennuie que son fils étudie elle s’occupe en démontant le portail de l’école, bon d’accord je lui ai hurlé dessus, mais de façon bienveillante, après elle a juré dans une langue inconnue, j’ai juré aussi, on n’était plus très bienveillants mais et pour une fois ça m’a rendu service qu’elle ne parle pas français.

Il fait de plus en plus chaud, je sens la présence de la maman de mes enfants derrière moi, je sais qu’elle voudrait bien s’en aller elle aussi, on est cons aussi à y aller tous les deux.

Ca finit enfin, je m’offre une petite marelle avec ma fille, elle se marre, elle, elle a bien de la chance, elle, et moi aussi parce que son petit rire là, celui qu’elle a inventé pendant l’été ou qu’elle est allée pécher je sais pas où ben c’est pas qu’un rire, c’est de la bienveillance en barre pour son papa, je voudrais qu’elle rie de longue alors pour qu’elle rie un peu plus je demi-tourne sur « Ciel ». Si elle avait eu un élastique, je lui aurais appris la chaise. J’aurais inventé en tout cas parce que la bienveillance ça ne s’apprend pas le samedi matin avec la directrice, ça se passe par la main et par le rire.

Nous quittons l’école en pestant et en rigolant. C’est bon de pester et rigoler, c’est fédérateur. C’est malveillant pour la directrice mais c’est bon.

Il y a un fond de champagne sirupeux genre pas bon mais paraît-il bon quand-même alors je monte les escaliers et descends le champagne. On se reverra demain pour la réunion de Grand Frère Lion, on va se revoir alors je m’y revois un peu. Mais l’heure tourne, j’aurais bien aimé être bienveillant encore un peu. Mais non, je brise les côtes de mes deux enfants et puis  je pars.

 

La petite Josette et le grand malade – Blog de Papa Lion

thermomètre

Lundi c’était quoi de neuf sur le front, eh bien trente, trente-neuf et des brouettes bien lourdes à porter alors je l’ai porté jusque chez le médecin, il s’agrippait à moi et sa grippe à lui. Bébé Lionceau a singé l’enfant malade et je me suis fait avoir, son mal de gorge à elle était surtout hallucinatoire mais je l’ai gardée avec son frère puisque jamais deux sans trois et que plus on est de fous, plus on mange du riz. A propos, à table, à trois et à trente-neuf, on s’est ennuyé ferme et on a vomi son yaourt. Bébé Lionceau s’est indignée : quand même, du bio ! Logique. Blanc comme un cachet, mon cachou s’est couché, sa sœur l’a appelé « Petit chou malade », j’ai trouvé ça mignon et lui ça l’a fait pleurer. Quelle chiffe. Il nous a quittés. Nous étions quitte pour disserter et desserter en tête-à-tête, et quelle tête elle a, ma fille, quand elle fait semblant d’avoir mal. Elle m’a fait rire, j’étais fichu. Quelle chiffe. J’ai appris par exemple que L. ne voulait pas aller à son anniversaire, je me suis bien demandé pourquoi, je lui ai demandé « ben pourquoi ? » et elle s’est de nouveau indignée : la maman de sa copine a bonnement refusé de prendre des billets pour Paris. Mais pourquoi Paris ? Parce que Bébé Lionceau, son anniversaire, elle l’a organisé chez son Papi et sa Mamie, enfin chez mes parents. A 700 km de chez nous. Elle a invité pas mal de monde mais n’a eu pour l’instant que la réponse de L.

« C’est la petite Josette qui n’en fait qu’à sa tête… ». C’était le CD que le malade écoutait dans le salon pendant ce temps. Bébé Lionceau a jubilé et entonné à son tour « c’est la petite Chaussette qui n’en fait qu’à sa tête… ». J’ai soudain démissionné devant cette soudaine rémission. Elle n’avait plus mal à la gorge mais désignait quand même pour faire bonne figure une petite douleur sur sa belle figure, quelque part entre la joue et l’autre joue, au bout du nez ? Oui au bout du nez. C’est par là qu’elle me menait et j’ai décrété la sieste. Jamais mieux servi que par soi-même, j’ai été seul à dormir.

L’ambiance redescendue, la fièvre est remontée. Les remontants pris il n’y avait plus rien de bon à prendre dans cet après-midi fébrile. A y être j’ai allumé la télévision et nous sommes tombés sur du football que ma fille a continué d’appeler tennis. Elle a trouvé le gardien de but très nul parce qu’il tombait tout le temps. Nous avons déployé les grands moyens et la banquette du canapé pour regarder un bon film de malade, autrement dit un Astérix, j’avais la Petite Josette à la gauche et Petit Chou Malade à l’agonie. Nous avons cherché sans succès le numéro d’un druide dans les pages jaunes.

Et puis ce n’était même pas quatre heures et le paracétamol c’est toutes les six heures alors pas le choix il a fallu choyer. Mais la petite sœur de moins en moins malade entonnait à présent : « c’est la petite Zézette qui n’en fait qu’à sa tête. ». Elle commençait à me prendre la tête, la petite Josette. Comme elle m’énervait et que je suis très sévère je l’ai chatouillée, je l’ai crapoutée, je l’ai fricassée et je l’ai même fripipoutée, on s’est bien marrés et il me semble même avoir vu son frère sourire.

J’ignore si c’est lié : le lendemain, elle avait 39 de fièvre. Je l’ai gardée.

L’ours Cannelle – Blog de Papa Lion

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Je suggère à mon fils de parler chiffons avec Honorette et Marie-Gwendolyne pendant que je vais chercher Bébé Lionceau devant sa classe. Devant sa classe, j’attends, il y a là queue des parents. Les enfants de rang élevé élevés au rang de ceux qui se mettent en rang saluent un à un la maîtresse et lui souhaitent de bonnes vacances. La maîtresse est radieuse : c’est vendredi et c’est vacances. Je connais ça. Il ne peut rien arriver de grave sur Terre à un professeur dézécol le vendredi des vacances au moment du lâcher d’élèves.

L’élève mal élevée sort en pleurant et sans saluer sa maîtresse qui pourtant m’assure qu’elle a passé une bonne journée et que ça y est, elle a des amis. Elle fait connaissance le jour des vacances, c’est bien ma fille tiens. A propos, c’est précédée d’un immense ours en peluche et bandoulière qu’elle franchit la porte de la classe. Ah oui sourit la maîtresse qui a oublié de nous prévenir : voici Cannelle et son carnet de voyage qu’il est à notre tour d’alimenter. L’ours Cannelle…Quel choix étrange et ma mémoire se met en branle, un vrai poisson rouge en Alzeihmer, je revois tout de même les images d’un feu ours ariégeois abattu il y a une quinzaine d’années pour s’être trop gavé de pyrénéens. C’était donc à Noël. Soit la maîtresse est chasseuse, ce qui n’est pas facile à dire, soit la maîtresse défend les animaux, ce qui est plus facile à entendre. Quoi qu’il en soit c’est un coup fumant.

Grand Frère Lion se chargera de prendre Cannelle et Bébé Lionceau en photo. Bébé Lionceau racontera à la rentrée ses vacances quatre étoiles avec la grande ourse. Il faudra des photos chez sa mère et des photos chez son père, elle va voir du pays, Cannelle, et ma fille racontera ses histoires gourmandes de retour à l’école. Des histoires de Cannelle au nid.

La ressemblance de Cannelle avec Portos est frappante. Portos c’est le doudou de toujours de ma fille, même marque et même regard triste, ce sont les mêmes. Bébé Lionceau m’explique qu’il n’y a pas de Papa, en revanche. J’ignore pourquoi je lui demande mais je lui demande pourquoi et ma fille m’explique que le papa de Portos est mort, ça me tue moi alors je lui dis que c’est trop triste ; ma fille me rassure : mais non, il n’est pas mort, c’est uste que la maman de Cannelle et lui sont uste séparés. Me voilà rassuré.

La réunion parents maîtresse – Blog de Papa Lion

tequilaLe plus dur dans le métier d’enseignant c’est les réunions parents professeurs de ses propres enfants. C’est comme le boulot, mais en plus pénible. La directrice n’a pas manqué d’indiquer ma profession à l’assemblée des autres parents et ça m’a mis mal à l’aise. Et puis elle a parlé de la charte de la laïcité et le malaise s’est accru quand elle m’a demandé, alors que je n’écoutais évidemment pas, « que pensez-vous de la laïcité Monsieur Lion » ? J’ai bredouillé « Ma foi… ». Ca commençait mal.

La maîtresse est super jeune et dynamique, je me demande comment on peut être aussi dynamique pour les parents à 17:30. Elle a passé des C’est pas sorcier à ses élèves toute la journée pour garder du jus, ou bien elle se drogue, ou alors elle est juste dynamique. Du coup j’ai essayé d’être dynamique lors de ma réunion à moi, devant les huit parents d’élèves (record battu) qui avaient eu la délicatesse de s’y déplacer, je ne suis pas sûr d’avoir fait aussi bien qu’elle. Ah si, quand la mère de je ne sais plus laquelle m’a informé que sa fille n’irait jamais à la piscine, là je suis devenu tellement dynamique qu’elle est partie et ils n’étaient plus que sept, nouveau record à battre.

La maîtresse de Grand Frère Lion avait préparé un powerpoint presqu’aussi dynamique qu’elle : il y avait des puces de partout et des fondus au noir godardiens. « La classe est sympathique, c’est une classe qui bouge un peu mais avec une bonne ambiance » : elle a du métier, celle-là je n’ai notée pour ma réunion à moi. On s’est souri Maman Lionne et moi quand elle a évoqué un de ses élèves qui lit le dictionnaire quand il a fini son travail, c’était de loin le meilleur moment de la réunion. Quand elle a parlé d’îlots j’ai rêvé de vacances mais quand elle a évoqué le cycle rugby j’ai pensé à mon fils, son dictionnaire à la main, broyé entre Kevin et Nolan. L’animateur s’appelle Fabrice et c’est le moment qu’a choisi la directrice pour m’extraire de mes rêveries : « Fabrice, vous le connaissez sans doute, Monsieur Lion ? ». C’est fou cette manie d’interroger les élèves quand ils bâillent. « Fabrice ? Oui, c’est un excellent pédagogue. » Je ne sais pas ce qui m’a pris : Fabrice, je ne le connais pas, sans doute un gros balaise qui va au contact comme on dit probablement dans le métier et qui va forcer mon fils à manger des fourchettes dans la mêlée. Lui qui ne sait même pas tenir ses couverts et qui déteste le contact.

Le powerpoint et les projets de l’année, c’était plutôt intéressant. J’ai cru que c’était fini mais elle a donné la parole aux parents pour la sempiternelle séance de questions réponses. J’ai noté sur ma petite feuille : « penser à ne pas donner la parole aux parents ». La pauvre, elle a eu des questions qui tuent. La meilleure a été « Et les récrés, ça se passe comment ? »

Mais comment peut-on répondre à ça ?

Elle a gardé son calme : « 2 adultes en permanence, sous le préau quand il pleut, c’est écourté quand il fait très froid et ça se passe plutôt bien.

– Non parce que ma fille l’autre jour elle m’a raconté… »

J’aurais voulu qu’elle réponde que les récréations durent plus d’une heure, qu’on fournit les pierres très lourdes pour qu’ils se les jettent à la tronche, qu’on boit des tequilas au chaud pendant qu’ils jouent en t-shirt sous la pluie et qu’on les désinfecte avec les fonds de verres.

Et puis la réunion s’est terminée. Grand Frère Lion nous a demandé ce que la maitresse nous avait appris, j’ai trouvé ça mignon. On ne lui a pas dit, pour le rugby, laissant le soin à la pédagogue de lui annoncer la bonne nouvelle.

J’ai raccompagné Maman Lionne et les enfants. Bébé Lionceau m’a demandé s’il fallait vraiment que je rentre chez moi. J’aurais eu besoin de pédagogie ou d’un powerpoint avec des puces. Mais il n’y a eu qu’un fondu au noir godardien.

 

La rentrée dans la nouvelle école – Blog de Papa Lion

Bébé Lionceau

On m’a suggéré de redevenir drôle et ça tombe bien car ma fille pleure toute la journée depuis sa rentrée dans sa nouvelle école alors rions. Essayons. Je fais le clown dans la voiture, je pensais qu’aller à l’école en voiture participerait de la nouveauté et d’une rentrée réussie alors qu’en vrai on longe des boulevards tristes, surtout quand on est assise derrière Papa et qu’on reconnaît le chemin et qu’on n’aime pas vraiment le parcourir dans ce sens. Je fais le clown, Grand Frère Lion est plié en deux, tu m’étonnes : la maîtresse est gentille et ils font de la musique. Bébé Lionceau est pliée en deux et c’est plutôt d’angoisse. Elle ne pleure plus dans la voiture, ce serait un léger mieux si elle ne faisait pas cette mauvaise mine. Elle me regarde impassible à travers le rétroviseur, je ne la reconnais pas.

La fille de l’accueil du matin n’est visiblement pas lève-tôt non plus, ça tombe mal. Elle lève les yeux au ciel en voyant Bébé Lionceau en larmes, Bébé Lionceau regarde ses pieds ; leurs regards ne risquent pas de se croiser. Je n’ai pas connu pire dans ma vie que le regard des autres parents sur moi quand ma fille s’agrippe et manque de m’arracher le falzar en hurlant papa papa.

Bon. On me dira qu’on a tous connu ça ben moi c’est nouveau parce que Bébé Lionceau avant c’était Ponyo qui sourit et elle n’a pas beaucoup pleuré pendant son année de petite section. Elle encaisse les coups que je lui ai portés, j’ai du mal à me regarder dans mon rétroviseur. Pourtant si je devais effeuiller la marguerite je l’aimerais à la folie, à la folie, à la folie, à la folie. Elle est belle et elle est drôle, quand elle s’arrête de pleurer elle est vraiment très drôle, et puis ce ne sont pas des dessins, ce sont des chefs d’œuvre et ce ne sont pas des câlins, ce sont des étreintes, ce n’est pas de la douceur c’est de la tendresse, ce n’est pas de l’amour, c’est la passion. Elle lit Tintin en cherchant surtout Milou, elle parle avec des haricots plein les dents et elle trouve que ce n’est pas une cantine mais un restaurant puisqu’on n’y mange autant de pain qu’on veut.

La journée passe : des élèves qui sans faire exprès ont mis un coup de poing à d’autres qui n’ont pas fait leurs devoirs parce qu’ils ont oublié. Ces petits d’aujourd’hui sont moins mis en danger par les jeux vidéo que par le manque d’imagination.

17h30, je file à l’école de mes enfants. L’ATSEM de Bébé Lionceau me dit que ce n’est pas mieux, que c’est préoccupant mais que ça va s’arranger, je trouve ça contradictoire, elle m’agace. Nous montons chercher Grand Frère Lion à l’étude. « Ca s’est vraiment bien passé pour Bébé Lionceau » me dit-il. Je suis surpris : on vient de me dire l’inverse. « Je ne l’ai vue pleurer que deux fois ! ». Je compte le nombre de fois qu’il a pu la croiser dans la cour : avant la cantine, après la cantine. Bref, il veut rassurer son papa.

C’est la franche rigolade sur le chemin du retour et punaise c’est bon. Grand Frère Lion a passé une super journée, mis à part le handball parce qu’il faut dribbler et il n’y arrive pas. Sans blague ? La maîtresse lui a suggéré de s’entraîner à la maison, je trouve que c’est une bonne idée, il me rappelle qu’on n’a pas de ballon de handball et que de toute façon j’habite dans un appartement, maintenant. Grand Frère Lion regrette qu’il y ait deux fois sport et une fois musique dans la semaine. Il aurait préféré l’inverse. Il me montre une clé de sol dans le rétroviseur mais je regarde surtout sa sœur. Elle observe à travers le carreau le défilé des gens dans la rue et doit se demander pourquoi tout le monde ne reste pas à faire des dessins à la maison avec son papa, ou avec sa maman, ou avec les deux. Je lui demande ce qu’elle regarde, elle me dit « rien ». Bon.