une photo d’arthur…

Son unique cravate ne semblait pas avoir de trou.

Je connais mal la poésie alors j’ai décidé d’y initier ma fille, c’est un certain nombre de sujets comme ça, parfois ça nous tombe dessus, le développement durable, le deuil, les fleurs, il vient des questions comme ça auxquelles je réponds mal ou en touche, selon l’humeur, la méforme, l’actualité internationale, l’actualité familiale ou encore l’ennui, alors un jour d’ennui et de deuil, à défaut d’actualité, pour la forme et par pur plaisir de me faire plaisir et de le partager avec elle, j’ai choisi la poésie ; bon, j’ai choisi Rimbaud. 

Elle l’a dit avec son petit accent du Midi, il était seize heures : ré-im-baud, ou peut-être rainbow

Elle est parfois du Midi du Royaume-Uni. 

Elle a toujours un accent pour les noms de famille. 

Rimbaud, petit con prétentieux, surévalué et défoncé mais quelques jolis sonnets tout de même et puis il faut bien cultiver la culture alors j’ai foncé, va pour le môme avec les cheveux en vrac, il ressemble à son frère à elle, mais en plus mal élevé. Rimbaud. Même si, à coiffure égale, je préfère de loin Souchon. De près aussi. 

J’ai choisi Ma Bohème parce qu’elle aime bien Aznavour et qu’elle connaît déjà Souchon, alors là bien sûr c’est gênant parce qu’autant, dans une battle Aznavour vs. Bénabar, Aznavour l’emporte. (Qui perdrait ?) (Cali ?) (Géro ?) (Caligéro?) Mais dans une battle Aznavour vs. Rimbaud, j’aime autant le jeune qui est plus vieux. 

L’apanage du papa c’est encore, quand l’enfant a huit ans, de distinguer pour elle ce qui est bien de ce qui ne l’est pas. C’est une dictature, pour son bien. Pour Rimbaud, elle m’a cru. 

N’empêche qu’il ne faut pas confondre Ma Bohème et La Bohème , néanmoins elle les confond et je les ai confondues avant elle, alors j’ai rassemblé mes œuvres complètes et mes souvenirs de lycée ; je lui ai lu Ma Bohème. 

Nous nous en sommes allés les poings dans nos poches crevées.

C’était un bon soir de septembre, mais en mai. 

J’avais l’air d’un vieux, mais un rien beau. Je crois qu’elle me trouve beau. Comme on triche quand on est papa. 

Le premier quatrain est plutôt bien passé. Un petit rictus sur le « Oh ! Là ! Là ! que d’amours j’ai rêvées », alexandrin bricolé, un soir de biture sans doute, il en faut peu pour devenir icône, pourquoi pas « Oh là là là là là là là là là là là là » (en voilà treize à la douzaine). 

Mais Arthur filait-il droit ? 

Douze pieds ! Ce qui doit être bien encombrant pour marcher droit.

Je suis le féal de ma petite fille car, elle, ma Muse. Eh oui, nous sommes en 2019. 

Et puis l’alexandrin magique. Un bon Rimbaud et tu redonnes du baume, du rimbaume au cœur des petites filles, surtout en temps de deuil. Et qu’il se retourne dans sa tombe, il n’avait qu’à pas y tomber si jeune, morveux mort jeune, va. 

« Mon unique culotte avait un large trou. » 

Pas la mienne, la sienne ! 

Alors bien sûr, douze pieds. Dans une culotte. Et qu’il avait unique en plus ! Un garçon qui n’a qu’une culotte.

Le con. 

On a bien ri. Ce qui est beaucoup, beaucoup plus important que les sonnets de l’autre sonné, que le charme de Charles, que ce con vieux Bénabar.

Les tercets n’ont pas été gagnants, à l’inverse du mistral qui soufflait (2019 !!) 

Nous riions trop. Une culotte avec un large trou ! Et unique en plus ! 

Douze pieds près de nos cœurs, nous riions. 

Je lui lirai le Dormeur un soir d’insomnie, et de non-deuil. Pour lui redonner encore le sourire. 

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